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Montmartre : "se laisser prendre par ce coeur de bon pasteur" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par mavocation.org   

La relique du cœur du curé d'Ars a terminé sa visite au Sacré Cœur de Montmartre. L'occasion pour le Père Nault, recteur d'Ars, pour le Cardinal Vingt-Trois et Mgr Brouwet, de nous parler du cœur du St curé qui a tant aimé Dieu et les hommes.

Et dans l'album photo, retrouvez aussi les photos de ce grand moment diocésain…

Le coeur d'un pasteur

Homélies et conférences du cardinal Vingt-Trois, de Mgr de Dinechin et Brouwet et du Père Nault

20 mars : conférence et homélies de Mgr de Dinechin et du Père Nault
Pour une meilleure compréhension, nous retranscrivons l'homélie du Père Nault dans son intégralité

21 mars : Conférences et homélies du Cardinal Vingt-Trois
Lire le texte de la conférence du Cardinal…

22 mars : Conférences et homélies de Mgr Brouwet

Vous avez entendu le prophète Osée : « Reviens vers moi, Israël ! » Voilà l’appel du prophète. Le curé d’Ars, c’est vraiment quelqu’un qui va nous aider à entendre cet appel du seigneur.

[…] Jean-Marie a puisé dans l’Eucharistie et dans la prière, quotidiennement, une fidélité renouvelée, une générosité renouvelée, qui fait que, puisqu’on ne venait pas vers lui, lui, il allait vers les gens. Et à la surprise des paysans, c’est lui qui est venu les visiter. […] Quelle patience, quelle persévérance ! Et ça c’est vraiment le fruit de l’espérance. Jean Marie Vianney, le saint curé d’Ars, c’est dans l’Eucharistie quotidienne qu’il a trouvé la source, l’énergie, qui lui a permis de tenir année après année

[…] Un jour Jean Marie Vianney, le curé d’Ars, entre dans l’église. Il n’y avait personne sauf un paysan et il était devant le saint Sacrement, devant le tabernacle à genoux. Puis Jean Marie Vianney revient ; toujours le paysan était là, il ne bougeait pas, et puis, quand le paysan repart, il va l’aborder en lui disant : « Dis donc, père Chaffangeon, qu’est ce que tu faisais là ? » et le paysan lui répond : "Je l’avise et il m’avise." Et il n’en dit pas plus. Il n’a pas raconté comment ça s’est passé, sa prière, ce long temps de cœur à cœur, d’adoration, on dirait aussi d’oraison. Le paysan, la seule chose qu’il pouvait dire, c’est : "Je l’avise et il m’avise". C’est magnifique. Et ça c’est tout le secret de la prière, de l’alliance entre deux êtres, Dieu et l’homme, qui dans l’Esprit Saint, se rencontrent dans la foi. Pas forcément beaucoup d’émotion, pas forcément beaucoup de ressenti, mais une véritable relation, de personne à personne. Et cela, ça va marquer le curé d’Ars, et c’est pour ça qu’il l’a raconté, et c’est une leçon et un enseignement pour nous. Je crois que c’est important, dans la basilique du Sacré Cœur, de nous souvenir de ce témoignage dans ce véritable lieu de prière qui est la basilique du Sacré Cœur.

[…] Le curé d’Ars avait une très grande conscience de la douleur du péché. […] Aucun jugement, aucune condamnation, un accueil, l’accueil de l’homme humilié par son propre péché mais sanctifié par la miséricorde de Dieu qui chaque jour l’habitait. Merci Seigneur, de nous donner le curé d’Ars comme témoin, comme pasteur, comme patron des curés.

[…] Prions, puisque tel est le vœu de notre archevêque, prions aussi par l’intercession de Jean Marie Vianney pour que naisse dans notre Eglise de Paris des vocations de prêtres. Que le témoignage et la figure du curé d’Ars, et que l’Esprit qui nous est transmis par cette visite, éveille, dans le cœur de jeunes hommes, l’appel à consacrer toute leur vie au Christ prêtre dans le sacerdoce ministériel. […] Demandons l’intervention du curé d’Ars pour que des saints habitent notre génération.

Mgr de Dinechin, homélie

Quel est le premier commandement ? "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, le Seigneur notre Dieu". Tu aimeras Dieu. Et le second : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Aimer Dieu, aimer son prochain. Il me semble que, quand on pense à ce qu’est un cœur, par rapport à notre corps, immédiatement on fait le lien avec le mot amour. Le mot cœur est lié par nature avec le mot amour. Et la symbolique est si forte que, quand on veut symboliser l ’amour, on parle de cœur. Ce soir, nous avons le cœur du saint curé près de nous. Le cœur du saint curé, c’est le lieu où il a beaucoup aimé, c’est le lieu où s’est exprimé son amour. Et quel type d’amour ? Un amour pour Dieu et un amour pour les autres.

Voyez, quand on rencontre un saint, et le curé d’Ars est un grand saint, il me semble, que immédiatement, de façon presque naturelle, on est conduit vers Dieu en pensant à cet amour que Dieu nous donne, qui nous fait vivre, qui doit brûler notre cœur, et qui doit, disait saint Irénée, "nous porter vers les autres". On retrouve bien ces deux commandements : aimer Dieu, et aimer son prochain : "aime ton prochain comme toi-même". Le cœur est par excellence le lieu de l’amour. Nous qui voyons devant les yeux ce ce cœur, nous savons que c’est le cœur d’un pasteur qui a beaucoup aimé, qui a beaucoup aimé Dieu, comme j’ai essayé de vous le dire tout à l’heure, d’une amitié profonde, intense, qui l’a fait vivre, et qui a beaucoup aimé ses frères. Et les deux sont intimement liés : aimer Dieu, aimer ses frères. Plus on aime Dieu, plus on aime ses frères, et l’amour de nos frères est à la mesure de notre amour de Dieu. Et l’Ecriture de ce soir nous rappelle que ce sont des commandements. Pour nous, aujourd’hui, ce mot de commandement est un mot qui peut être difficile à entendre, parce qu’on a l’impression que c’est quelque chose qui nous est, j’allais dire, presque "imposé" de l’extérieur. Or pour nous, dans l’Eglise c’est tout différent. Le commandement nous révèle ce qui profondément habite nos cœurs, ce que je suis, comment je suis. Un commandement me révèle vraiment qui je suis. Et comme je suis pécheur - et nous en faisons tous la douloureuse expérience - parfois nous oublions ce que nous sommes, nous oublions vraiment qui nous sommes, pour nous-mêmes, pour Dieu et pour les autres. Et que les commandements nous sont donnés pour nous rappeler cela, pour nous rappeler vraiment qui nous sommes, ce qui doit nous faire vivre, ce qui va, vraiment nous donner la joie d’être enfants de Dieu. Dans le passage que nous venons d’entendre chez saint Marc, ces commandements qui me révèlent qui je suis, me rappellent que ce qui me constitue, c’est l’amour de Dieu et l’amour de mes frères. Et comme je vous le disais tout à l’heure, en parlant du saint curé, l’amour dans le sens biblique est une réciprocité. L’amour de Dieu est à la fois l'amour que Dieu me donne, et à la fois l’amour que, moi, je donne à Dieu. L’amour pour mes frères, c’est à la fois un amour que je leur porte, pour eux, en me donnant pour eux, et en accueillant l’amour qu’ils nous donnent vraiment. Du coup, cette double communion nous fait vivre. Nous en faisons l’expérience quotidienne et c’est source de joie.

Jésus dit à la fin de ce passage de la lecture : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Il fait cette remarque, en voyant le côté judicieux de l’intervention de son interlocuteur. Le Royaume de Dieu, c’est d’être aimé. Et Dieu est amour. Et le Royaume de Dieu, c’est cet échange et cette communion d’amour où nous sommes nourris de la grâce, c’est-à-dire de la charité, de cet amour qui jaillit, qui nous irrigue, nous fait vivre profondément, qui brûle notre cœur, et que nous sommes invités à redonner, à laisser déborder. Je vous rappelle cette phrase que je vous ai citée plusieurs fois tout à l’heure : "Etre missionnaire, disait le saint curé, c’est laisser déborder son cœur." Et oui, ce cœur que nous voyons devant nous, il l’a laissé déborder. Et pour qu’il déborde, il faut qu’il soit plein de l’amour de Dieu. Et il était plein de l’amour de Dieu parce que d’abord il s’est laissé aimer par Dieu. Je vous racontais qu’il avait passé de longues heures, au moins dans les premiers temps de son ministère, devant le Seigneur, pour se laisser aimer, pour que son cœur "s’habitue", comme disent les Pères de l’Eglise, à cet amour et qui l’irrigue vraiment.

Alors puissions-nous faire cette expérience extraordinaire de l’amour de Dieu, peut être tout spécialement en ce temps de carême. J’ai été touché tout à l’heure par cette parole que nous avons entendue pour l’acclamation de l’Evangile : "Convertissez-vous, dit le Seigneur, car le Royaume de Dieu est proche !" Voyez, c’est la phrase que l’Eglise nous donne en présence du Seigneur. Pratiquement tout le ministère du saint curé s’est résumé, quelque part, à cette invitation : "Convertissez-vous, parce que le Royaume est proche !" "Convertissez vous", accueillez le Seigneur, tournez-vous vers Dieu, vivez devant lui en vérité. N’ayez pas peur de vous laisser raviver par Dieu. Dans la foi, avancez.

Au début de ce carême, le pape Benoît XVI nous a invités à parcourir le carême comme un chemin de conversion, où nous avançons. La conversion, c’est se tourner, se tourner vraiment vers Dieu, se tourner vers le Christ. Durant cette année jubilaire à Ars, nous avons ouvert une porte sainte, sur laquelle il y a un grand Christ représenté, parce que dans la tradition de l’Eglise, pendant les années jubilaires, on veut signifier que l’Eglise donne largement ses grâces. On ouvre des portes supplémentaires et on invite à les passer. Passer la porte sainte, ce n’est pas seulement franchir un seuil, c’est poser un acte de foi dans le Christ, notre unique Sauveur. Poser un acte de foi : "Oui, Seigneur, je crois que tu es mon unique sauveur ! Et j’ouvre mon cœur pour que tu viennes, pour me convertir, pour me sanctifier, pour que tu me donnes la grâce de la conversion." Alors je vous invite de tout mon cœur, ce soir, en présence du saint curé, alors que nous allons accueillir dans quelques instants le Seigneur réellement présent, à dire oui à Dieu de tout notre cœur, à nous laisser convertir, à accueillir cette grâce de conversion dont il veut nous inonder, avec laquelle il veut nous laver, avec laquelle il veut nous sanctifier. Amen.

Père Nault, homélie

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