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“Je jure de te suivre en fier chrétien,
et tout entier
je livre mon cœur
au tien” Le dernier couplet du chant de la promesse est adressé au
Seigneur. C’est le moment le plus solennel de la vie scoute,
l’engagement qui est prononcé sous la forme d’une
promesse devant tous les compagnons, devant les chefs
qui la "reçoivent" et devant Dieu.
L’originalité exemplaire du scoutisme, qui fête cette
année son centenaire, est de proposer aux jeunes des
activités liées au sérieux d’un engagement. Le scout ne
sera pas seulement un camarade de jeu, mais un frère au
service des autres. Il acquerra des responsabilités qui lui
feront comprendre que la maturité n’est pas uniquement
une affaire personnelle : elle donne part à l’aventure
humaine et spirituelle.
Sur ce terrain un grand nombre de vocations ont germé et se
sont épanouies. Les fêtes du centenaire en témoignent.
 © D.R. Voici bientôt sept décennies,
La Revue des Jeunes publiait un
article du Père Forestier : "Du
scoutisme au sacerdoce". Il faisait état "depuis 15 ans, entre 1922 et
1937 de plus de 2000 vocations
sacerdotales issues du scoutisme
avec 400 prêtres déjà ordonnés".
Cela peut surprendre si l’on sait
les réticences initiales à admettre en France les bienfaits de "l’éducation nouvelle" - le
scoutisme -, dont l’origine est
anglaise. On notera toutefois deux
réalités de l’époque.
D’abord le scoutisme catholique
est adopté outre-Manche et en
Belgique, dès 1913, et en Italie en
1915. Mais chez nous, la place était prise : les groupes de l’ACJF
(Association catholique de la
jeunesse française) marchaient bien et le réseau des patronages était dense. Quoi de plus naturel que
de craindre leur dévitalisation ?
Les Scouts de
France placent la
barre plus haut que
Baden-Powell
Néanmoins, dès 1926, 60 diocèses
sur 86 étaient gagnés, le chanoine
Cornette étant parti à la conquête
des évêques. Quant au Père
Jacques Sevin, théoricien et premier
responsable de la formation des
chefs au camp de Chamarande,
il a revu et corrigé la loi. La notion “d’utilité”, si chère à une
conception instrumentalisée de la religion, disparaît : le scout "ne
sert pas à quelque chose, il sert
quelqu’un, Dieu d’abord et le
prochain" (Le Scoutisme, 1922).
De même, dans l’article 10,
substitue-t-il "pur" à "propre".
"Sans pureté, pas de franchise, pas de dévouement, pas de charité, et
point de joie" (Pour devenir scout
de France, 1931). Les Scouts de France placent ainsi la barre
sensiblement plus haut que ne
l’avait fait Baden-Powell.
Par le jeu, les badges de
compétences et l’organisation en
patrouilles, le savoir tend à devenir
un "savoir-faire". Atout considérable
qui préparait les jeunes à leurs
futures responsabilités dans la
société, comme dans l’Église. Une
méthode d’éducation, sans doute,
mais aussi une spiritualité,
plus ascétique que mystique
conjuguant plusieurs inspirations :
la joie franciscaine avec le sens dela nature et l’importance de la
route ; le monachisme qui invite
au détachement ; l’appel à l’effort
sur soi et à la responsabilité selon
les jésuites et l’éducation à la
liberté propre aux dominicains. Au
final, une spiritualité foncièrement
positive, incarnée à la veille de 1940 par le "routier de légende",
Guy de Larigaudie.
 © D.R. Au lendemain de la guerre de
1914-1918, le nombre des
ordinations sacerdotales est loin
de compenser celui des décès.
L’idéal recherché par les diocèses
d’une France encore largement
rurale est de compter un prêtre
par clocher ou presque. Les 800
ordinations annuelles sont
considérées comme dangereusement
insuffisantes, comme l’écrit
le Père Doncœur dans La Crise du
sacerdoce, en 1932. La remontée
(plus de 1200 ordinations)
commence en 1935. En 1954,
une enquête faite par les Scouts
de France souligne l’importance
du vivier scout pour l’Église :
17 % des séminaristes et 23 %
des novices, religieux et religieuses,
en sont issus. La formation religieuse
et liturgique donnée aux jeunes
scouts y a contribué.
Ancien routier, le Père Pie Duployé
a fondé en 1943 le Centre de
pastorale liturgique. De la Route
ont émergé les "Comédiens
routiers" et des chorales qui ont
contribué au renouveau du chant
choral en France. Avec Léon
Chancerel ont été organisés des
Noëls dans les banlieues. Les
Cercle Saint-Paul et Sainte-Jehanne
du Père Doncœur donnent une
culture religieuse approfondie aux
cadets, aux routiers et à une élite
de cheftaines. En 1944, à
Boran-sur-Oise, le Père Sevin a
fondé une congrégation féminine,
la Sainte-Croix-de-Jérusalem pour les cheftaines et les guides.
Le rétrécissement
des vocations accroît
la proportion des
anciens scouts
 © D.R. Comme les autres mouvements
de jeunesse, le scoutisme a connu
de nombreuses divisions et il a
traversé les crises qui étaient celles
de la société tout entière : forte
diminution du nombre des
familles nombreuses, fermeture des petits séminaires où passaient
un nombre
considérable de
garçons du monde
rural, abandon des
patronages urbains, crise des
mouvements
d’action catholique.
Par ailleurs, dans
les années
1960-70, l’option
préférentielle de
l’épiscopat pour
l’Action catholique
spécialisée a, entre
autres, pour conséquence, une
diminution rapide du nombre des
aumôniers : 2000 en 1964, 400
en 1980… Le rétrécissement du vivier de recrutement a eu comme résultat d’accroître notablement la
proportion des séminaristes et des
novices passés par le scoutisme : souvent plus du tiers, et plus
encore chez les moines et les
moniales. Ceci est nettement
perceptible parmi les prêtres âgés
aujourd’hui de moins de 40 ans
qui pourtant ne peuvent suffire
aux besoins pastoraux actuels.
Parmi les diacres permanents ou
les laïcs engagés en Église, très
nombreux sont ceux qui ont fait
du scoutisme. On soulignera par
ailleurs combien la formation
scoute a dégagé une élite de laïcs
chrétiens présents dans des fonctions de responsabilités de la
société civile : hauts fonctionnaires,
cadres de l’industrie, directeurs en ressources humaines ou présidents
d’Université. En 2000, le Conseil
constitutionnel comprenait trois
femmes, dont deux issues du
scoutisme, Simone Veil - desÉclaireuses -, et Monique Pelletier,
des Guides de France. © D.R.
Gérard Cholvy
Professeur émérite à l’Université
Paul Valéry – Montpellier III
Auteur d’une Histoire des
organisations et mouvements chrétiens de jeunesse en France
(XIXe-XXe siècle), Cerf, 1999
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