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En présence de tous les séminaristes de Paris, dimanche
3 mai, Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, la messe de 11h de la paroisse Saint Séverin, a été retransmise sur France 2 dans l’émission "Le
jour du Seigneur".
Retrouvez ici l'homélie du Père Gueguen, supérieur du Séminaire de Paris.
Appelé à donner sa vie comme le Christ
"Je suis le Bon Pasteur". Jésus résume
ainsi la protection qu’il accorde à ceux qui lui sont confiés,
la connaissance intime qu’il a d’eux, et enfin sa capacité à les
guider vers le lieu de son repos.
D’où vient ce titre de pasteur ? Tout au long de l’histoire,
Dieu a appelé des hommes pour être les chefs de son peuple, et
c’est vrai que nombre d’entre eux, Abraham, Moïse, David,
pour ne citer que les plus connus, étaient pasteurs quand Dieu les appela.
Serait-ce que ce travail donne une compétence particulière pour
la mission que Dieu veut confier ? Est-il une condition de l’appel ?
En réalité, ce titre ne vient pas des hommes, mais de Dieu lui-même.
Car être pasteur, c’est donner la vie. Seul Dieu est donateur de
vie, au sens où il est seul capable de mener ce don initial jusqu’à son
terme, jusqu’à la plénitude de la vie.
Certes, Dieu a choisi des hommes pour le représenter et les qualités
qu’ils avaient, ont sans doute aidé à cette représentation.
Il n’empêche : entre leurs qualités, leurs compétences,
et la mission que Dieu leur confiait, quelle distance il y a ! Jésus
est le Bon Pasteur, c’est-à-dire celui qui a franchi la distance,
celui qui représente parfaitement Dieu qui l’envoie : il
n’est pas simplement à l’image de Dieu, il est l’image
de Dieu, il est le Fils, parfaite image du Père, signifiant sa présence
au milieu de son peuple pour le protéger, le connaître et le guider.
Si être pasteur, c’est donner la vie, Jésus l’a donnée
absolument : il est mort pour nous, il a été mis au
tombeau. Il est venu pour que les hommes aient la vie, il a donné sa
vie pour qu’ils l’aient en abondance.
Cette mission de pasteur, Jésus l’a confiée à ses
apôtres et ce fut un nouveau départ, de nouveaux appels tout au
long de l’histoire. Nouveau parce que Jésus a réalisé parfaitement
la mission de pasteur et qu’il est désormais le modèle à suivre ;
nouveau parce que Jésus a donné à ses apôtres l’ambition
de gagner le monde entier. Jésus prévient dans l’Evangile
qu’il a d’autres brebis qui ne sont pas de la bergerie. Jésus
a toujours aujourd’hui d’autres brebis qui ne sont pas dans la
bergerie. Cette ambition a de quoi saisir, et sans doute les apôtres
furent saisis. La première lecture nous a montré un Pierre puissant
en paroles et en actes. Mais il commença par avoir peur ! Les Actes
des apôtres témoignent de l’extraordinaire labeur missionnaire
de Paul. Mais il commença par s’opposer de manière radicale
! En réalité, la peur, l’opposition, la fuite venaient
de la mort de Jésus, car elle était comprise comme un échec,
comme le signe indubitable d’une impasse. Alors comment ont-il été retournés,
ces apôtres, pour que nous les célébrions aujourd’hui,
pour que nous nous reconnaissions comme leurs fruits, fruits de leur labeur,
fruits de leur foi ?
Nous rappelons le titre de Bon Pasteur dans le temps pascal. Et c’est
heureux : car le temps pascal est le temps de la Résurrection,
c’est-à-dire de la victoire de la vie sur la mort. Si Jésus
a donné sa vie de manière absolue, il s’est montré vivant
le premier jour de la semaine. Car il a le pouvoir de donner sa vie et le pouvoir
de la reprendre. Non que Jésus ait donnée sa vie de manière
illusoire. Car il est bien mort ! Sa résurrection, loin de nier
ce don total de lui-même, l’atteste encore. Car la vie n’est
pas faite pour être prolongée, mais pour être donnée.
C’est en allant jusqu’au bout de cette vérité, en
donnant sa vie sans réserve, que Jésus a parfaitement manifesté le
mystère de la vie, a manifesté qu’il est la Vie. En lui,
le mystère de Dieu s’est rendu présent, mystère
de vie et d’amour. En lui, dans une existence et une chair humaines,
l’amour absolu de Dieu s’est manifesté.
Que s’est-il alors passé pour les apôtres ? Que se
passe-t-il pour tous ceux que Jésus appelle aujourd’hui à sa
tâche ? Les apôtres ont fait l’expérience de
la résurrection, ils ont rencontré le Christ vivant, ils ont été séduits à nouveau
par lui, séduits au-delà de toute séduction. Jésus
a parlé à leur cœur comme seul peut le faire celui qui
a connaissance du cœur humain : je connais mes brebis et mes brebis
me connaissent. Jésus a parlé à leur cœur comme
seul peut le faire celui qui a le pouvoir de donner, par sa vie, un cœur
nouveau et un esprit nouveau. Bouleversés par ce mystère, les
apôtres ont appris à vaincre avec lui leurs peurs et leurs oppositions,
découvrant que pour répondre à l’ambition de Jésus,
il leur suffisait de rejoindre Jésus, de partager son intimité,
pour donner à sa suite leur vie, pour avoir la fécondité qu’il
promet, pour être en sa vie des vivants.
Aujourd’hui, nous sommes appelés à prier pour
les vocations.
Nous prions parce que Jésus le demande. Jésus, à la vue
des foules qui étaient comme des brebis sans pasteur, en eût pitié et
s’adressa ainsi à ses disciples : « la moisson est
abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le Maître de la
moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ».
Prier parce que Jésus le demande, ce n’est pas prier pour être
exaucé, mais prier parce que nous sommes exaucés ! Dieu
ne demande jamais sans donner les moyens d’accomplir ce qu’il demande,
et si Dieu demande de prier, c’est qu’il s’est résolu à donner.
Et la preuve que Dieu donne est précisément Jésus, mort
pour nous, ressuscité pour notre salut. En priant pour les vocations,
nous prions donc pour le salut, et le salut de l’humanité entière.
Nous prions pour ceux que Dieu appelle à tout quitter pour cette œuvre.
Nous prions pour qu’ils fassent l’expérience de la résurrection,
d’un cœur à ce point renouvelé qu’il n’ait
d’autre ambition que de ressembler au cœur du Christ. Nous prions
pour que ceux que Dieu appelle répondent avec générosité au
service de l’Eglise et du monde entier, pour qu’ils assument avec
fidélité et courage ce signe qu’ils sont appelés à donner,
de l’amour absolu de Dieu pour les hommes. Enfin, nous prions pour qu’ils
soient comblés de joie, de cette joie qui habite ceux qui, à la
suite du Christ, donnent leur vie pour leurs frères.
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