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"Jamais je n’avais ressenti à un tel point la présence de l’Esprit Saint." Voici le témoignage du grand-père d’un prêtre ordonné ce 24 juin 2006 à Notre-Dame de Paris.
Samedi 24 juin 2006 en la fête de St Jean Baptiste, ordination sacerdotale de 8 diacres pour le diocèse de Paris, à Notre-Dame, dont mon petit-fils. La chaise où je suis placée est située dans le carré central du transept, à une quinzaine de mètres de l’entrée du chœur et, donc, très près du nouvel autel où l’archevêque va officier. Et je devine, plus loin, la splendide Vierge de pierre. Comme nous sommes arrivés 1 h 30 à l’avance, j’ai le temps de méditer, de re-visiter par la pensée ces lieux que j’ai jadis souvent visités, où je suis venu prier, admirer. La cathédrale se remplit vite. Du chœur, la Scola répète son programme media voce. Puis c’est le grand orgue qui déverse sous les voûtes, ses harmonies. Je ne ferai pas une relation de la liturgie de l’ordination sacerdotale. Chacun peut la trouver dans le Rituel romain. Les textes sobres, profonds, les rites, etc., tout est à méditer. Je me contenterai d’évoquer quelques souvenirs (…) "Jamais je n’avais ressenti à un tel point la présence de l’Esprit Saint." Bien des liturgies ont laissé en moi des empreintes ineffaçables ; mais je dois avouer que celle-ci restera parmi les plus fortes. Je résumerais volontiers en disant que jamais je n’avais ressenti à un tel point la présence de l’Esprit Saint. Il est vrai que le cadre s’y prêtait. Beaucoup plus de mille ans d’histoire, presque dix siècles d’architecture. Dans cet immense vaisseau de pierres, généralement bruyant de visiteurs, les 3000 (environ) fidèles en ce jour présent communièrent certainement à la même source spirituelle. En preuve le silence impressionnant (on aurait entendu une mouche voler) qui suivait les nombreux appels de l’archevêque. De longs moments de recueillement suivis d’une prière, d’une imposition, etc.… Oui, l’Esprit Saint était là. Ce silence fut strictement observé pendant le très long cérémonial de l’imposition des mains du prélat consécrateur sur la tête des 8 jeunes hommes appelés au sacerdoce, geste réitéré par des évêques et les prêtres du clergé de Paris (combien étaient-ils, 100 ? 200 ?...) je ne sais… Et comme fond sonore, le grand bourdon des cloches de Notre-Dame, celui qui ne sonne que pour les événements majeurs. Combien de Parisiens surent et se réjouirent que leur ville allait avoir 8 prêtres de plus à leur service ?... Petit nombre à côté du grand nombre qui, chaque année, émigrent vers la vie éternelle… Ce silence, ce grondement sourd de la plus grosse cloche de la cathédrale, alors oui là aussi je l’atteste, l’Esprit Saint était présent. "Durant ces invocations de tous les anges et saints du Paradis…"  © esprit-photo.com Autre point fort : la grande prostration des 8 ordonnés et le chant des grandes litanies de l’Eglise, invoquant en faveur de "nous tous", prêtres bien sûr, mais aussi toute l’assistance, toute la chrétienté. Jusqu’alors je jetais des regards fréquents sur les deux immenses rosaces occupant le haut des murs des deux transepts ; mais durant ces invocations de tous les anges et saints du Paradis, j’avoue que mes pauvres yeux quasi-aveugles ne quittèrent pas les deux rosaces, immenses, colorées de leurs vitraux aux cent couleurs, dont les encadrements de pierres semblaient danser.Les siècles défilèrent ainsi, après les Apôtres, les premières générations de martyrs, les ascètes des déserts, les grands ordres et tous et toutes. C’était comme si toute l’Eglise triomphante se groupait sous les voûtes de Notre Dame pour encourager l’Eglise souffrante (oh combien !) assaillie de toute part dans un combat d’Apocalypse. Enveloppant le temps, l’Esprit Saint donnait un seul cœur et une seule âme à ce peuple en marche. Si long que cela fut je sentais que cela était trop court. Encore un point fort : l’hymne liturgique si émouvant, emporté sur les ailes de la maîtrise de la cathédrale. "Il était l’un d’eux…" Dans les moments de détente spirituelle et de la messe qui suivit, je demandais de temps en temps à ma petite-fille Laetitia : "Où est-il mon petit prêtre ?" Car je voyais bien 8 formes devant, en cercle ou à genoux, mais je ne pouvais dire lequel il était parmi les 8 : quelle importance ! Il était l’un d’eux. "Je me remémorais alors les prêtres que j’ai connus..." Je me remémorais alors les prêtres que j’ai connus tout au long de ma longue vie. Tant que je puisse m’en souvenir. Ce si bon prêtre du monastère de Saint Wandrille que j’aimais comme un père et qui m’affectionnait si fort. Et Dom Helder Camara, l’évêque des pauvres au Brésil. Venu en France il y a quelques années il fut invité à Rocamadour. J’étais très curieux de l’observer de près tant sa réputation de saint prêtre m’avait toujours impressionné. Le jour où il devait célébrer une messe solennelle dans l’église St Sauveur, je m’arrangeais pour (contrairement à mes habitudes) me placer au premier rang, juste sous l’autel. Tout au long de la messe je fus impressionné par sa piété – on le sent tout entier avec son Seigneur – à la consécration des larmes coulèrent de mes yeux. Et encore un jeune moine de St Wandrille qui me fit cette confidence après son ordination sacerdotale : "je suis dans l’enthousiasme des premiers jours de mon sacerdoce. Mais je tremble à l’idée de m’habituer. L’habitude ! La banalité ! La médiocrité ! Peut-être le découragement, que sais-je ?" Et il me suppliait : "Priez le Seigneur que je ne sois jamais vaincu par tout cela. J’en ai tant peur." Il a vécu près de 40 ans après cela et je n’ai pas pu, voulu peut-être, lui demander avant sa mort : "où en es-tu ?"
 © esprit-photo.com Un vieux prêtre à qui j’en ai parlé me disait : "il ne faut jamais s’habituer et la grâce de Dieu est là pour nous y aider." "Je priais pour mon petit-fils…" Je méditais tout cela dans la cathédrale et je priais pour que mon petit-fils ne sombre jamais dans la routine, pour qu’il n’ait de cesse de s’émerveiller et pour cela d’écouter le grand St Augustin : "La mesure d’aimer c’est d’aimer sans mesure." Il n’y a pas de routine dans l’amour. Le Christ, après sa Résurrection, au bord du lac, à l’aube, a dit à Pierre, par trois fois : "Pierre, m’aimes-tu ?" Lorsque le gros bourdon de Notre Dame sonnait, il me semblait que cette voix grave et profonde répétait : "m’aimes-tu ?" Je sais que le jeune prêtre répondait comme Pierre, il y a deux mille ans : "Oui, Seigneur, tu le sais que je t’aime." "Tant que l’Amour les consumerait…" Je n’avais jamais passé un si long temps dans une cathédrale. Je pense intensément au destin de ces 8 nouveaux prêtres. Ce que je viens de dire, peut-être y ont-ils songé. Leur a-t-on dit que la ferveur profonde (et non l’émotion passagère) durerait tant que l’Amour les consumerait et pour cela tant que vie intérieure et pratique de la prière personnelle seraient cultivées ? Sans aucun doute. Tout chrétien (à plus forte raison, prêtre) a besoin de vivre "en cathédrale" mais plus encore en solitude avec son Seigneur. Pensez à ces petits oratoires romans que nos pères édifiaient dans les bois et autres solitudes… Il nous faut les deux. "Allez par toute la terre propager la Bonne Nouvelle" Les 8 nouveaux prêtres de ce jour, en cette cathédrale ont entendu, comme chaque chrétien, la question de Jésus-Christ : "toi, m’aimes-tu ?" Ils ont répondu avec une particulière générosité. Ils se sont rappelé la question du Fils de Dieu à ses disciples : "Que dit-on de moi ?" Cette même interrogation reste posée de nos jours comme en Terre Sainte il y a deux mille ans : "Et vous, que dites-vous de moi ?" La grande rumeur païenne de la ville de Paris assaille notre cathédrale. Ces jeunes prêtres ont répondu comme Pierre, jadis : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant." Ils viennent d’aller plus loin encore en disant : "Oui, me voici" il y a un instant, à leur évêque les "appelant" à se consacrer entièrement à cette mission spirituelle inaugurée par le Ressuscité : "Allez par toute la terre propager la Bonne Nouvelle" C’est ce que, en ce jour, clame le gros bourdon de Notre-Dame de Paris. Oui, aujourd’hui, l’Esprit Saint était présent en cette cathédrale. |