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(Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4,6-8.17-18 ; Mt 16, 13-28)
Enguerrand,
Luc,
Éric,
Pierre-Benoît,
Laurent,
Albin,
Geoffroy,
Stéphane,
Olivier,
Nicolas, |
Ecoutez l'homélie de Mgr Vingt Trois
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Il n’est jamais banal d’être ordonné prêtre. Mais être ordonné prêtre au moment de la clôture de
l’année Saint Paul et au moment de l’ouverture de l’année
sacerdotale marquant le cent cinquantième anniversaire de la mort de
saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, est une circonstance assez
exceptionnelle pour colorer votre ordination d’une manière particulière.
Il est certainement stimulant d’entrer dans le ministère sacerdotal
sous le double patronage de l’Apôtre des nations et du patron des
curés du monde. Mais saint Paul autant que saint Jean-Marie Vianney
nous ramènent, l’un comme l’autre, à celui qui est
le seul fondement de notre mission et de notre ministère, Jésus,
le Christ, notre Seigneur. Car nous avons un seul vrai et bon pasteur qui n’est
ni Paul, ni Jean-Marie Vianney, ni aucun autre modèle. Le seul " pasteur
de nos âmes", c’est le Christ lui-même. Ce n’est
pour imiter aucun modèle que vous allez être consacrés,
sinon le modèle de Jésus qui " ayant aimé les
siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême." (Jn.
13, 1)
Pour beaucoup de nos contemporains et peut être de vos amis ou de vos
proches, la démarche que vous avez engagée, il y près
de dix ans, reste énigmatique. Comment comprendre
que des hommes qui
ont une bonne formation et une bonne profession, parfois des responsabilités
importantes dans leurs entreprises, et, en tout cas, une vie sociale réussie,
décident un jour de tout quitter : métier, perspectives
familiales et autres projets pour s’orienter vers une vie de service
dans l’Église catholique romaine ? Si on réfléchit à votre
décision comme à une option personnelle que vous auriez faite
parmi tant d’autres possibilités, elle reste largement inexplicable,
voire déraisonnable. Comment justifier par une option personnelle toujours
révocable ce qui relève d’un engagement définitif
dont la seule raison est de répondre à un appel. Le Christ lui-même
nous a donné la clef de cet alliance mystérieuse : " Ce
n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis
et institués pour que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure." (Jn.
15, 16)
L’histoire de chacune de vos existences pourrait être passée
au crible de l’analyse sans qu’à aucun moment l’observateur
puisse désigner tels événements, telles circonstances,
telles personnes dont on pourrait dire : "Voilà la
cause." La seule cause réelle est le regard aimant de Jésus
qui s’est posé sur chacun d’entre vous et sa voix qui vous
a dit secrètement: " Suis moi." Certes, quand
vous relisez vous-même votre propre histoire, comme vous avez eu tant
d’occasions de le faire au cours de vos années de formation, vous
reconnaissez que ce regard et cette voix vous ont atteints par des intermédiaires
humains : des personnes qui ont croisé votre route, des événements
qui vous ont marqués et pour lesquels vous rendez grâce. Mais
vous ne pouvez dire sérieusement d’aucun de ces intermédiaires
qu’il serait la cause de votre engagement dans le ministère sacerdotal.
La seule explication raisonnable que l’on puisse retenir, c’est
l’histoire d’une amitié profonde qui s’est nouée
entre vous et le Christ.
Le Christ est non seulement à l’origine de votre cheminement
jusqu’à ce jour. Il est aussi le compagnon fidèle de chacune
de vos journées comme il sera le compagnon de toute votre vie. C’est
lui qui parle à votre cœur au long de vos temps de prière
et c’est lui aussi que vous voulez annoncer aux hommes comme leur espérance.
Votre vie de prêtres, nul ne peut vous en prédire
ni la forme ni le contenu. Elle se développera à travers l’évolution
de votre vie et à travers l’évolution de la vie de l’Église
et de la société. Chacun des prêtres jubilaires qui vous
entourent aujourd’hui pourrait vous dire après 70, 65, 60, 50,
25 ou dix ans de ministère comment le Seigneur l’a conduit au
long de ces quelques année ou de ces trois quarts de siècle.
Tous vous diraient comment ils ont affronté les péripéties
d’une histoire humaine parfois dramatique. Ils vous diraient surtout
comment le Christ leur a permis de renouveler sans cesse le premier don de
leur amour. Ils témoignent que la fidélité du
Christ n’est
pas une illusion. Elle a été le fondement de leur propre
fidélité.
Jésus l’a promis à ses disciples et il tient ses promesses : "Je
vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite." (Jn.
15, 11).
Votre joie, cette joie du Christ, cette joie de l’amour,
n’est
jamais exempte d’épreuves, pas plus que la vie d’aucun être
humain. Elle n’est pas la joie de l’insouciance ou de l’indifférence.
Elle est la joie de celui qui se donne par amour et qui se reçoit par
amour. Les troubles, les drames, les malheurs frappent notre humanité de
toutes sortes de façons. Alors même que nos sociétés
imaginaient avoir atteint la tranquille certitude d’une prospérité à l’abri
de tout danger, alors qu’elles rêvaient au mythe d’une vie
sans risque, elles se trouvent brusquement confrontées à de nouvelles
expériences de précarité. Quand on pensait que l’État
avait inventé une nouvelle providence, on découvre ce qu’elle
a d’illusoire et d’incertain. Oui, l’homme a besoin de sécurité et
il la cherche, mais où la cherche-t-il ? Nous sommes des témoins
nécessaires de la fragilité de ce monde, "car elle
passe la figure de ce monde" (I Cor. 13, 7),
en même temps
que nous annonçons la fidélité de l’amour de Dieu
pour les hommes et du bonheur qu’il leur apporte dès cette vie.
Nous sommes doublement témoins de l’amour et de la fidélité de
Dieu. Nous en sommes témoins structurellement par l’engagement
irrévocable de notre vie dans l’Église pour l’annonce
de l’Évangile au service des hommes. Le Dieu que nous servons
et que nous annonçons est un Dieu qui ne reprend pas ce qu’il
donne, comme nous ne reprenons pas l’engagement que nous prenons. Mais
nous en sommes aussi témoins par la manière personnelle dont
chacun de nous assume son existence et traverse les événements
avec la sérénité de la foi sans se laisser dominer par
les impressions spontanées. Un tel ministère serait une supercherie
ou une illusion s’il ne se nourrissait pas de la communion
quotidienne et aimante avec le Christ qui en est à la fois la source
et le garant.
Il serait une aventure présomptueuse si nous imaginions de le vivre
seuls comme un destin exceptionnel.
Dans quelques instants, après avoir invoqué l’intercession
de tous les saints, par l’imposition de nos mains, vous serez consacrés
pour ce ministère, en même temps que vous serez agrégés
au presbyterium du diocèse de Paris, accueillis avec joie par vos frères
prêtres. Croyez-moi, c’est une grâce très particulière
d’entrer dans ce collège des prêtres parisiens. C’est
un corps vivant et stimulant d’hommes tout entiers donnés à leur
mission. C’est une véritable fraternité qui les unit à leur évêque
et qui les unit entre eux. Vous en connaissez assez pour savoir qu’ils
ont des personnalités très différentes, chacun avec ses
talents et ses limites, mais tous unis dans la communion du Christ pasteur.
En priant avec eux et pour eux je rends grâce à Dieu qui m’a
appelé à en être l’évêque, le père
et le frère.
Leur générosité et la fécondité de la grâce
de leur ministère est au service de la belle vitalité des communautés
chrétiennes de notre diocèse. Celles-ci sont très différentes,
mais toutes animées par la foi. Dans les paroisses d’où vous
venez, comme dans celles où vous avez vécu votre temps de formation,
et comme dans celles où je vous envoie aujourd’hui, vous pouvez
constater que l’appel à la mission, que notre Église renouvelle
de génération en génération, ne tombe pas dans
le vide. Il trouve un écho réel et motivé. Nous l’avons
encore vécu cette année au cours des Assises Diocésaines
pour la Mission. Nous allons le vivre encore dans les années qui viennent
avec le projet : "Paroisses en mission". Je suis
heureux pour vous que votre ministère commence dans ce climat dynamique
et j’en rends grâce à Dieu. Vous ne vous engagez pas pour
devenir les druides d’une tribu en voie d’extinction. Vous
vous engagez pour être les pasteurs d’une Église vivante et
missionnaire.
Pour terminer je voudrais m’adresser à vous, frères et
sœurs, qui êtes venus entourer ces nouveaux prêtres de votre
amitié et de votre prière, et tout d’abord remercier leur
famille qui ont veillé sur eux par de longues années d’amour
et de soin. L’an dernier, avant que le Pape
ne décide d’une année sacerdotale pour le monde entier,
j’avais plus modestement invité le diocèse de Paris à vivre
une "année du prêtre" et je me réjouis
que, dans beaucoup d’endroits, cette proposition ait été l’occasion
pour les chrétiens de réfléchir au ministère des
prêtres et d’en parler entre eux. Nous avons la chance d’avoir
devant nous une deuxième année offerte par le Saint Père.
Nous pourrons ainsi continuer la réflexion et l’échange.
Nous devons mieux mesurer le rôle irremplaçable du prêtre
dans la mission de l’Église. Nous devons mieux comprendre le service
que les prêtres rendent à l’humanité. Nous
devons désirer que de nombreux hommes répondent à l’appel
du Christ. Nous devons prier pour soutenir leur réponse. Nous
devons demander à Dieu d’appeler parmi les jeunes de nos familles, pas
de la famille d’à côté.
Aux jeunes qui sont ici ce matin, à ceux qui nous écoutent à la
radio ou qui nous regardent sur KTO, je voudrais rappeler les paroles que le
Pape Benoît XVI leur adressait ici même, il y a bientôt un
an. " Paul avait compris la parole de Jésus – apparemment
paradoxale – selon laquelle c’est seulement en donnant ("en
perdant") sa propre vie qu’on peut la trouver (cf. Mc 8 ,35 ;
Jn 12, 24) et il en avait conclu que la Croix exprime la loi fondamentale de
l’amour et est la formulation parfaite de la vraie vie. Puisse
l'approfondissement du mystère de la Croix faire découvrir à certains d'entre
vous l'appel à servir le Christ de manière plus totale dans la
vie sacerdotale ou religieuse !"
Oui, la Croix du Christ est le signe de l’amour fidèle de Dieu
pour les hommes. Elle est le signe du don que Jésus fait de sa propre
vie pour notre vie et notre bonheur, pour notre salut. Elle est un appel adressé à chaque
chrétien pour entrer dans ce mystère d’amour. Elle est
un appel particulier pour celles et ceux qui vont tout quitter pour le service
de l’Évangile. C’est à l’intérieur du
Mystère de la Croix qu’aujourd’hui de jeunes hommes sont
appelés à devenir les prêtres du Seigneur pour témoigner
de la foi, de l’espérance et de la charité. C’est à l’intérieur
du Mystère de la Croix qu’en septembre prochain, seize nouveaux
séminaristes commenceront leur formation vers le sacerdoce pour notre
diocèse de Paris.
Toi qui as
entendu un jour cet appel, reçois le à nouveau et vérifie
que ta réponse est toujours d’actualité dans l’amour
que Dieu te donne. Toi qui l’entends pour la première fois, ne
le laisse pas s’enfouir sous l’indifférence ou la crainte.
Porte le avec joie dans la prière et parles en avec un prêtre
pour qu’il t’aide de ses conseils. Aujourd’hui, le monde
a besoin de vous pour connaître le Christ. Demain plus encore le monde
aura besoin de vous pour vivre de l’espérance.
Le Christ veut continuer à donner les clés pour lier et délier
et pour conduire les hommes à la liberté du Royaume. Ne lui faites
pas défaut. Ne manquez pas le rendez-vous de la grâce et
du service.
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