|
"Quand je parle avec des jeunes de la vocation de la vie du prêtre, ils me demandent "Mais
pour quoi faire ?". Voici un certain nombre de missions pour lesquelles j’ai besoin d’avoir des prêtres debout." Dans son intervention au lycée Stanislas en décembre dernier, le Cardinal Vingt-Trois a présenté aux jeunes les diverses missions pour lesquelles il a besoin de prêtres
"Quand je parle avec des jeunes de la vocation de la vie du prêtre, ils
me demandent "Mais pour quoi faire ?". Voici
un certain nombre de missions pour lesquelles j’ai besoin d’avoir
des prêtres debout.
À Paris, il y a la prison de la Santé. Tous les ans, on m’explique
qu’il y a de vastes projets de restructuration et de reconstruction et à chaque
fois le démarrage des travaux est retardé. Donc cette prison
existe, elle est habitée par des prisonniers. Au nom du Christ, je dois
envoyer quelqu’un auprès d’eux. Il me faut donc un prêtre
qui exerce son ministère avec une équipe de laïcs qui le
secondent. Je ne sais pas si j’aurai ce prêtre dans dix ans !
Nous avons à Paris, des hôpitaux très importants (Robert-Debré,
Georges-Pompidou, Cochin, la Pitié-Salpêtrière) et une
multitude de petites maisons de retraite. Qui vais-je envoyer comme aumôniers
dans ces hôpitaux et ces maisons dans les dix ans qui viennent ? Certes,
il y a des laïcs qui y travaillent. Mais les gens
ont besoin aussi de rencontrer des prêtres.
 © esprit-photo.com Il y a sur Paris, grâce à Dieu, une quantité importante
et vivante de groupes scouts. On sait très bien que la vitalité et
la fécondité d’une troupe scoute dépend évidemment
de la présence d’un aumônier. Les jeunes qui sont engagés
dans une troupe scoute doivent avoir l’occasion de rencontrer un prêtre, à l’occasion
d’un camp ou d’un week-end, dans des conditions plus calmes et
plus détendues que pendant l’année scolaire. Même
si la médecine fait beaucoup de progrès et que la générosité n’ a
pas de limites, il va quand même être difficile de demander à tous
les prêtres septuagénaires de reprendre leur sac de couchage et
de se mettre à refaire des camps scouts ! Il me faut des jeunes
prêtres pour aller avec les groupes scouts.
Les aumôneries de lycées, d’établissements catholiques,
les aumôneries d’étudiants, c’est pareil. On trouve
toujours un prêtre de 70 ou 80 ans qui a le charisme particulier pour
rencontrer des jeunes. Mais ce n’est pas parce qu’il en existe
un, qu’ils sont tous comme ça. Il y a aussi une tranche d’âge
où on n’est plus en phase, plus ouvert au dialogue avec les jeunes.
On n’a plus la patience et la souplesse nécessaires.
Quelques paroisses parisiennes importantes n’ont plus un prêtre à plein
temps. Tout un aspect de la mission de la paroisse dans un quartier, celui
d’être une présence permanente ouverte et disponible, qui
permette aux gens de venir rencontrer le prêtre, n’existe plus.
 © esprit-photo.com Nous avons là quelques éléments de la situation parisienne.
Mais passons le périphérique : le Cardinal Lustiger, il
y a quinze ans, a fondé la Fraternité Missionnaire des Prêtres
pour la Ville (FMPV), précisément pour appeler des prêtres à se
constituer en équipes, pour aller exercer leur ministère dans
des lieux particuliers et où l’annonce de l’Evangile est
importante. Par exemple, en ce moment se construit en Seine et Marne une ville
nouvelle, dans le secteur du Val d’Europe. Dans quelques années,
il y aura là-bas 25 ou 30 000 habitants, avec des activités économiques,
commerciales, scolaires, etc.… Il faut y envoyer des prêtres et
constituer une équipe qui va s’impliquer dans la naissance de
cette ville nouvelle. De même, le développement de Marne-la-Vallée
n’est pas achevé. On projette aussi actuellement un nouveau plan
d’aménagement sur le plateau de Saclay, avec de nouvelles grandes écoles,
une concentration de chercheurs et d’étudiants, etc.… Il
faut envoyer des équipes là-dedans. Pour les constituer, il faut
que j’aie des prêtres. Nous avons aujourd’hui 40 prêtres
de Paris qui sont dans des équipes de la FMPV. Cela signifie que nous
acceptons de nous en passer pour les rendre disponibles pour ces missions.
 © esprit-photo.com Si nous restons sur le registre du travail intellectuel et de la recherche,
pour avoir des formateurs qualifiés, non seulement pour les séminaristes
qui sont ici ce soir, mais aussi pour les laïcs qui se forment, pour avoir
des théologiens, des responsables de Séminaire, des canonistes,
cela suppose qu’il y ait des prêtres qui soient engagés
pendant des années dans un investissement intellectuel fort.
Autre registre, plus lointain mais aussi important : le service universel
de l’Eglise. Chaque fois que je vais à Rome, je rencontre des
gens de la Curie qui me disent : "Quand allez-vous envoyer
des français pour travailler dans les services de l’Eglise universelle ?".
Il y a aujourd’hui des congrégations romaines où la langue
française n’est plus représentée par des français.
Ca veut dire que notre présence dans cette partie vitale qu’est
la mission universelle de l’Eglise, et notre capacité à être
en communication avec les Eglises du monde, se réduisent. Dans les services
des nonciatures, s’il y a trois ou quatre français, c’est
le bout du monde.
Enfin, moins visible, mais peut-être plus important que tout le reste, à quoi
servirait-il que j’invite les chrétiens à se confesser,
s’il n’y a pas de confesseurs ? Il y a à Paris un certain
nombre d’églises où on confesse toute la journée :
Notre Dame de Paris, le Sacré-Cœur, St Louis d’Antin, St
Sulpice,... Si vous avez un jour la curiosité d’entrer dans une
de ces églises et d’avoir recours au ministère de ces prêtres
qui accueillent, vous vous apercevrez certainement que la plupart sont âgés.
Comment allons-nous assurer ce ministère d’accueil dans les dix
ans qui viennent ?
 © esprit-photo.com Encore autre chose : je parlais tout à l’heure, comme d’un
cheminement très important, de la découverte des talents que
nous possédons. Or, pour parcourir ce chemin, il
faut être accompagné.
Il faut avoir des pères spirituels qui aident à voir clair par
leur expérience, leur sagesse et le ministère qu’ils ont
reçu. Ces prêtres, ont un charisme particulier. Tout le monde
n’est pas nécessairement un père spirituel. Mais statistiquement,
pour que ceux qui ont le don d’être des accompagnateurs spirituels
existent, il faut qu’il existe des prêtres. Sinon, ceux qui en
ont la capacité et la grâce ne pourront jamais être repérés.
A qui va pouvoir parler un jeune qui se pose des questions
sur sa vie ?
J’ai énuméré simplement quelques têtes de
chapitres pour que vous réalisiez qu’il est impossible que ceux
qui s’engagent vers le sacerdoce, puissent un jour être victimes
de l’oisiveté, c’est-à-dire se trouver équipés
de tous les dons spirituels que donne l’ordination, mais ne plus savoir
trop quoi en faire parce qu’il n’y a pas de travail. Cette perspective,
je vous le dis clairement, est exclue ! Si, par grâce, il se trouvait
que le diocèse de Paris regorge de prêtres, j’ai les moyens
de les occuper, non seulement à Paris, mais ailleurs aussi !
Actuellement, nous avons une quinzaine de prêtres parisiens qui sont
au service de l’Eglise à travers le monde. Certains sont âgés,
d’autres sont plus jeunes : cela s’appelle des prêtres fidei
donum. Ils partent pour deux, trois ou six ans, pour se mettre au service
de l’Eglise au Pérou, en Chine, en Afrique, etc.… Je
peux vous dire qu’il y a encore de la place, le réseau n’est
pas saturé !
Je vais faire une entorse discrète au secret pontifical. Quand je vais à la
réunion de la congrégation des Evêques, tous les mois,
nous avons quatre dossiers, pour proposer au Pape la nomination de quatre Evêques.
Dans chaque dossier, il y a une présentation du diocèse, de sa
réalité géographique, sociale, historique, et tous les éléments
d’information utiles pour que les béotiens comme moi, qui n’ont
jamais mis les pieds dans ces pays, se fassent une idée de ce qu’est
ce diocèse, s’il est rural, urbain, etc.… Il arrive très
fréquemment, en Amérique Latine en particulier, que dans des
diocèses qui ont à peu près la surface d’une bonne
moitié de la France, et où il y a 400 à 500 000 catholiques,
on affiche bravement 30 paroisses et 25 prêtres. Si on fait le rapprochement
avec notre ratio parisien de fonctionnement, ça voudrait dire qu’on
fonctionnerait avec 50 prêtres ! Actuellement, on fonctionne avec
600."
Tout ceci vous dit donc que l’espace est grand ouvert !
La question est alors de savoir comment nous laissons monter dans notre cœur la parole que rapporte l’Evangile : "Seigneur, que veux-tu que je fasse ?".
Plutôt que de se poser la question : "suis-je fait pour être prêtre ?", il faut se poser la question : "Seigneur, qu’attends-tu de moi ?". Car c’est en répondant à cette question-là, qu’on saura si on est fait pour être prêtre.
Si je n’avais pas été encouragé à me poser cette question, non pas simplement une fois tous les cinq ans, mais régulièrement dans la prière, je n’aurais jamais trouvé la réponse. C’est une question extraordinaire parce que c’est nous qui posons la question, et c’est aussi nous qui trouvons la réponse. D’habitude, nous posons la question à quelqu’un et celui-ci répond. Là c’est nous qui répondons. En réalité, d’ailleurs nous ne répondons pas tout seul, nous répondons avec le Christ qui nous souffle la réponse de l’intérieur, en guidant notre liberté, si nous nous laissons conduire par l’amour.
|