À 28 ans, Thierry de Lesquen avait presque tout du modèle de "vie réussie" qu’il voulait. Cet ingénieur originaire de l'ouest parisien avait un bon travail et une vie confortable. Il ne lui restait qu’à fonder une famille pour avoir atteint les buts qu’il pensait nécessaires pour être "un succès".
Thierry de Lesquen3 min 16
Interview à l'approche de son ordination

En sortant de la chapelle, plus question de continuer comme avant. Thierry commence alors un chemin difficile, car "quand on classe toute sa vie dans des cases, c’est un vrai deuil de découvrir que ce ne sont pas les bonnes". Il s'ouvre au don de soi en s'engageant avec l'association “Aux captifs la libération”. Une fois entré au séminaire, les personnes de la rue font écho aux situations de celles qu'il rencontre dans ses services pastoraux et un constat se dégage : "Que ce soit chez les enfants du catéchisme ou auprès des toxicomanes que j'ai croisés, un enjeu m'apparaît fondamental dans mon futur ministère : la famille. Car l’avenir des enfants passe par la famille."
Après un voyage en Terre Sainte, il s’intéresse aussi au dialogue entre les cultures religieuses et commence à suivre des cours d'arabe. A la maison du séminaire parisien à Bruxelles, N.-D.de la Strada, la théologie des religions est au coeur de la fin de son cursus.
Et après l’ordination ? "On entend souvent : “Qu’est-ce que tu veux faire après ?”, mais c’est une fausse question, insiste-t-il. Les apôtres étaient dépassés par l'oeuvre de l'Esprit, ils ne contrôlaient rien. Le ministère correspond au don total de soi. Il s’agit d’être disponible à ce que l'Eglise veut." Pour celui qui a mis du temps à apprendre le don de lui-même et qui a remis en cause ses priorités pour embrasser celles de Dieu, pas question de refaire les mêmes erreurs. Pour l’instant, une chose est sûre : Thierry restera à Bruxelles, pour faire son mémoire de licence sur la famille ou le dialogue interreligieux.
Propos recueillis par S.L, avec l'aimable autorisation de Paris Notre Dame - Pour vous abonner à Paris Notre Dame
REPÈRES
Naissance : 7 juin 1973, à Paris.
Ordination diaconale : le 27 septembre 2009 à l’église ND des Champs.
Phrase d'ordination : "Il faut que lui grandisse et que moi je diminue" (Jn 3,30).
Ordination sacerdotale : le 26 juin 2010 à Notre-Dame de Paris.
Première messe : dimanche 27 juin, à 10h30, à Ste-Anne de la Butte aux Cailles (13e).
Ci-dessous, un témoignage de Thierry de Lesquen recueilli par Paris Notre-Dame quelques jours auparavant
J’ai commencé à me poser la question de la prêtrise assez tard, quand j’ai eu 28 ans. Avant, j’ai fait une école d’ingénieur, durant laquelle j’ai expérimenté les excès de la vie estudiantine. J’ai travaillé dans une bonne entreprise, en Allemagne d’abord, puis en France.
Le dimanche, je fréquentais mécaniquement la messe, comme un rendez-vous dont j’avais oublié le sens depuis longtemps. Au fur et à mesure que j’atteignais mes objectifs de confort, les questions ont émergé.
Avec un petit groupe d’amis catholiques que je retrouvais une fois par mois, nous sommes allés dans une communauté des frères de St-Jean pour un week-end. Ils avaient renoncé à tout ce qui constituait une vie réussie, et ils semblaient tellement plus heureux que moi !
Dans la nuit, je me suis glissé dans la chapelle où se déroulait l’adoration. Devant le Saint-Sacrement à peine éclairé, il m’est apparu évident que tout ce que j’avais édifié n’avait aucun sens sans l’Amour. Pour la première fois, j’étais capable d’entendre le message du Seigneur, son appel. En sortant, je ne voulais plus vivre comme s’Il n’était pas là.
J’ai beaucoup puisé dans la prière, jusqu’à prendre des pauses régulières au bureau. J’avais aussi besoin d’un engagement gratuit envers les autres. Alors, je suis allé voir « Aux captifs la libération » et j’ai rendu visite aux prostituées.
Il a fallu que je rencontre Dieu pour que l’autre prenne de l’importance à mes yeux. Quand on rentre toute sa vie dans des cases, c’est un vrai deuil quand on découvre que les cases ne sont pas les bonnes. Changer de regard n’a pas été facile. Mais je suis beaucoup plus heureux maintenant qu’à l’époque où j’étais une réussite aux yeux du monde.

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