Père Bertrand Auville, Délégué de l’Evêque de Nanterre pour la Pastorale des Vocations.
Une vocation saisit la personne dans sa totalité, depuis le tréfonds du cœur où se trouvent ses aspirations les plus intimes jusqu’aux activités et relations les plus extérieures. Aider les jeunes à répondre à leur vocation, c’est donc être attentif à ce que toutes les dimensions de la personne humaine puissent s’ouvrir à ce « don » et ce « mystère » qu’est l’appel de Dieu.
En matière d’éducation, d’orientation et de vocation, je plaide pour que la personne humaine soit au centre de toute décision ! Encore faut-il s’entendre sur ce que ce mot signifie. Toute personne humaine comprend trois dimensions invariantes : l’incarnation, la vocation, la socialisation.
L’incarnation : je suis d’un temps et d’un lieu. Je suis défini par mes talents, mais aussi par mes incapacités. Je ne suis pas un bon à rien. Je ne suis pas non plus un phénix ou un demi-dieu. Je suis un homme rien qu’un homme et c’est très bien ainsi. Je dois vivre le présent en faisant mon miel du passé et en construisant l’avenir. Dans l’optique d’une orientation cela suppose de se connaître et de s’aimer tel que l’on est. Cela requiert aussi que l’on soit capable de développer ses talents et de reconnaître que nos talents sont limités (belle preuve d’intelligence !). Cela est vrai aussi pour la vocation. Lors de l’ordination d’un prêtre, j’ai toujours été très marqué par la première question que pose l’évêque au sujet du candidat au sacerdoce : « Savez-vous s’il a les aptitudes requises ? » On aurait pu imaginer que la question posée soit : « est-il bien pieux ? », « a-t-il bien travaillé au séminaire ? » ou mieux encore « Dieu l’appelle-t-il ? » Certes tout cela n’est pas illégitime mais la question retenue est celle des aptitudes. L’homme est heureux quand il sait qu’il est à sa place, à la place que Dieu lui a assignée. L’homme est heureux quand sa mission correspond à sa vocation. Aidons-le à trouver le bonheur, c’est le travail du pédagogue !
La vocation : ma vie est marquée par la transcendance. Ma vie n’est pas banale. Du corps social, je suis un membre. Si je venais à manquer le corps social serait boiteux. Dieu a un projet pour moi. Je suis un membre du corps dont le Christ est la tête. Ma place est unique et irremplaçable sauf à ce que le corps du Christ qu’est l’Eglise ne soit un corps malade. Combien de jeunes n’ont pas été éveillés à la dimension transcendante de leur existence ! Pauvres jeunes ! Sans cette dimension constitutive de leur personne, la vie des hommes n’est régie que par le matériel voire le matérialisme. Si je ne me sens pas appelé à la vie, alors je vis au jour le jour, sans but, sans finalité. Qui peut marcher durablement sans connaître la destination finale de sa route ? Je suis même heureux de voir des jeunes cultivant l’idéalisme, voire l’utopie. C’est de leur âge ! Force est de constater que dans le système éducatif français, toujours marqué par le positivisme laïque, il y a un déficit de la prise en compte de la dimension transcendante de l’enfant. On se focalise plus sur l’instruction que sur l’éducation, laquelle suppose de considérer la globalité de la personne humaine : corps, cœur et esprit.
La socialisation : je ne vis pas seul sur une île déserte. Je suis un être social. Je vis avec mes frères, ceux que je me choisis mais aussi ceux qui me sont donnés. Mon existence doit se penser en terme de co-existence. Pour vivre ensemble, il convient de faire des compromis, mais en aucun cas il ne faut se compromettre, ce qui reviendrait à nier sa personne. La socialisation suppose le dialogue : j’ai un point de vue, tu as un point de vue, nous nous enrichissons de notre confrontation. Or, au dialogue, notre société actuelle préfère le débat : j’ai mon point de vue, tu as le tien mais ni toi ni moi ne nous laissons déplacer. Au contraire, nous campons sur nos positions. Les décisions que nous prenons doivent être bonnes pour tous, ou à tout le moins pour le plus grand nombre et pas seulement pour moi contre les autres.
Face à ces invariants de la personne, il faut constater, et déplorer, le contexte actuel de notre société marquée par : le pluralisme qui tend à imposer l’axiome : « à chacun sa vérité » ; l’individualisme qui valorise l’autonomie contre la dépendance. Or, il n’est pas si mal d’accepter de dépendre les uns des autres. Non ? ; le communautarisme qui prime sur la notion de bien commun.
Fort de ces constatations, comment aider les jeunes à répondre à leur vocation ?
En respectant leur liberté, ce qui suppose de les aider à choisir. Plutôt que de leur dire « fais ce que tu veux », manière de se défausser, mieux vaut les inciter à faire le bon choix, restant sauve leur décision ultime. Rappelons-nous la phrase du Seigneur, dans le livre du Deutéronome (30, 19) : « Je te propose de choisir entre la vie et la mort (…). Choisis donc la vie ». Une fois la décision prise, le travail de l’éducateur consiste à accompagner le jeune dans la décision qu’il a prise. Il est bien dommage que nous déployions beaucoup d’énergie pour aider à la prise de décision et qu’une fois la décision prise nous laissions celui qui l’a prise seul pour s’y tenir. En fait, ce qui compte le plus, c’est le compagnonnage. Les jeunes ont besoin d’avoir un parrain qui sera un modèle, malgré ses défaillances et un guide, malgré ses propres aveuglements. Bref, les jeunes ont besoin de retrouver la confiance : confiance en eux, confiance en demain, confiance en l’autre, confiance en Dieu, le Tout-Autre qui leur sera alors tout proche.
Article paru dans le Courrier aux Responsables d’Aumônerie - Juin 2011
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