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Homélie de Mgr Beau, évêque auxiliaire de Paris
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| "Moi, Madeleine Cinquin, avec le caractère que j'avais - et que j'ai encore - j'ai eu besoin d'entrer au couvent, et ainsi, de devenir Soeur Emmanuelle (...). Il est essentiel que je fasse comprendre qu'en faisant ce choix, j'ai opté pour un plus grand bonheur. Tout remonte toujours à Jésus-Christ et à la fascination qu'Il exerce sur moi. Il m'a "eue" comme on dit. En le regardant Lui, je suis poussée à me dépasser et je suis heureuse."
(extrait de 8 min 45)
(Renseignements sur cet enregistrement)
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Sur la porte de sa cabane, était inscrit en trois mots le sens même de sa vie : « Dieu est Amour ». L’amour est la clef et la compréhension de la vie de Sœur Emmanuelle.(...) Dans ses livres, et en l’écoutant évidemment aussi, on perçoit combien l’amour avait saisi dès sa jeunesse tout son corps, tout son être, toute son âme, avec sa passion. Ce que l’on comprend alors, c’est l’irruption de l’amour dans son existence. L’irruption de l’amour, c’est comme un feu qui jaillit soudain dans l’âtre d’une cheminée. Tout prend relief à sa lumière. L’amour est la lumière de nos existences. L’irruption de l’amour au jour de l’Annonciation à la Vierge Marie ; l’irruption de l’amour du tombeau fermé du Christ au matin de Pâques et de la Résurrection ; l’irruption de l’amour dans la manière dont elle guettait la Jérusalem céleste – Sion –, elle qui avait consacré sa vie avec les Sœurs de Sion à cet amour de Jérusalem. Savoir accueillir l’irruption de l’amour sans peur, en osant s’y donner, en osant s’y livrer, en osant faire de l’amour la règle de sa vie.  © Dany Docquois Mais ce qui est marquant aussi, c’est en 1971, à l’âge de 62 ans : voilà qu’elle s’installe dans une cabane à chèvres, une cabane en tôle, dans le bidonville des chiffonniers. A 62 ans. Peut-être y en a-t-il parmi vous qui ont plus de 62 ans ou qui ont 62 ans : qu’ils ne se disent pas qu’il est trop tard pour s’installer dans une cabane à chèvres, dans les bidonvilles du Caire ou d’ailleurs. En tous les cas, si ce n’est pas la vocation de tous, c’est sûrement la vocation de chaque personne humaine de ne jamais se dire qu’il est trop tard pour aimer, qu’il est trop tard pour se donner ; qu’ils sont trop vieux pour changer la face et l’histoire du monde par la toute-puissance du levier de l’amour, dont on accepte l’irruption dans sa vie pour le laisser jaillir dans la vie du monde. Il n’est jamais trop tard pour aimer, il n’est jamais trop tard pour se donner, il n’est jamais trop tard pour s’engager ainsi : à 62 ans, elle a osé.  © Dany Docquois
Car pour elle, l’amour est toujours un mouvement, l’amour n’est jamais statique. Ce n’est pas l’émotion d’un moment qu’on essaierait de retenir pour toute sa vie. Ce n’est pas un sentiment qui serait comme ce sentiment statique qui nous mettrait hors du temps et que l’on voudrait retenir et que l’on ne saurait pas construire. Lorsqu’elle parle de l’amour, l’amour est toujours mouvement, il est relation. C’est son amour de la Trinité, évidemment, qui lui a fait comprendre cette notion de relation. Et la relation pour Sœur Emmanuelle, c’est la réciprocité du mouvement, ce mouvement qui sort de soi et qui va vers l’autre. Ce mouvement qui comprend le cœur de l’autre, qui s’appuie sur l’enfant, sur l’autre, sur le jeune, sur celui qui a besoin de cet amour, qui a besoin de cette relation, que ce soit au Caire, que ce soit dans la désespérance d’autres jeunesses, parfois dans notre Europe de l’Ouest. Mais pas n’importe quel amour. Elle nous dit bien que l’amour, cela s’apprend et qu’aimer est une longue construction de notre cœur et de notre humanité. Et lorsque nous aimons à la manière de Dieu, alors nous aimons vraiment. L’homme passe infiniment l’homme lorsqu’il aime et l’homme ne comprend ce qu’il est, la naissance de sa vie, que lorsqu’il apprend ce que c’est qu’aimer.  ©Asmae Association Soeur Emmanuelle A 62 ans, elle a reconnu dans le chiffonnier du Caire son frère aîné, sa sœur bien-aimée, le Christ lui-même. A 62 ans, le visage du Christ, son frère aîné, s’est révélé à elle dans le visage du petit frère chiffonnier du Caire, du petit frère et de la petite sœur dans les bidonvilles de cette ville et de cette décharge. Elle a compris dans son petit frère le visage de son grand frère, le frère aîné : le Christ. Ainsi est la loi de l’Amour, qui voit sans cesse se dessiner le visage du Christ dans le visage de l’autre. Et dans ses derniers mots, dans ses dernières interviews, elle disait à la manière du Bienheureux Charles de Foucauld : "Je veux être une sœur universelle, une sœur réconciliant chacun avec lui-même, avec l’amour, avec la joie."Formons le vœu que dans l’avenir, tout le monde, chaque personne humaine sache – quel que soit son âge – qu’il faut décider d’aimer et de se donner pour les autres, qu’il faut décider de sortir de soi et de ne pas être enfermé dans les tombeaux de notre regard sur nous-mêmes, dans les tombeaux de nos angoisses ou de nos inquiétudes, dans les tombeaux de : « Qu’est-ce qu’il va m’arriver si je fais quelque chose ? » Mais qu’on accepte d’entrer dans le feu de l’amour, dans l’irruption de la joie qui est de sortir libre de soi-même pour aimer l’autre et de se demander : « Qu’arrivera-t-il à l’autre, si jamais je ne fais rien ? Qu’arrivera-t-il à l’autre, si je n’aime pas l’autre ? » Mais aussi : « Que m’arrivera-t-il à moi-même si je ne fais rien ? » Ce que nous gardons pour nous-mêmes, ce que nous ne voulons pas donner, sera dans le cœur de l’homme un germe de tristesse et de désolation. Oui, la tristesse du monde est l’enfermement du monde sur lui-même. Mais la joie est dans ce que nous donnons. Ce que nous donnons est ce qui nous fait vivre. Ce que nous donnons est ce qui donne un monde à naître, et aussi qui nous donne de naître à nous-mêmes, de devenir nous-mêmes. Il faut sortir de soi-même par le mouvement de l’amour. Et, en sortant de soi-même par le mouvement de l’amour, nous devenons pleinement humain car alors se dévoile dans notre humanité le visage de ce que nous sommes : image de Dieu. Lorsque l’homme aime, il manifeste ce qu’il est. Il naît à lui-même en devenant et en manifestant l’identité profonde de chaque personne humaine : l’image de Dieu. Alors, il sait la reconnaître dans le visage du pauvre, dans le visage de l’autre. Il sait alors redonner l’espérance et la joie dans ceux qui se sont laissé enfermer dans une vie dont ils ne voient plus le sens parce qu’ils ne croient plus en l’amour.  © Photo Gauthier Fabri / Nuptial Pictures Et peut-être que dans notre société occidentale, ce que sœur Emmanuelle nous dit avec le plus de force, c’est qu’il faut oser croire en l’amour, même si l’amour est blessé dans nos vies. Il faut oser croire que s’engager dans le chemin de l’amour est la seule voie du bonheur et de la libération de la personne humaine. C’est la source. Ce mouvement de l’amour, c’est la source même de nos existences. Ce mouvement de l’amour, il prend sa source en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. « Si nous nous aimons les uns les autres, alors Dieu demeure en nous ».(...)
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