Le prêtre a « les entrailles de Dieu »

Pape François

Que signifie la miséricorde pour les prêtres ?
De très beaux extraits du discours du Pape François aux prêtres du diocèse de Rome, le 6 mars 2014.

Les sous-titres sont de mavocation.org

Etre proche !

Les prêtres s’émeuvent devant les brebis, comme Jésus lorsqu’il voyait les gens fatigués et épuisés comme des brebis sans berger. Jésus a les « entrailles » de Dieu, Isaïe en parle beaucoup : il est plein de tendresse pour les personnes, surtout pour celles qui sont exclues, c’est-à-dire pour les pécheurs, pour les malades dont personne ne s’occupe… Ainsi, à l’image du Bon Pasteur, le prêtre est un homme de miséricorde et de compassion, proche de son peuple et serviteur de tous. C’est un critère pastoral que je voudrais vraiment souligner : la proximité. La proximité et le service, mais la proximité, être proche !... Quiconque est blessé dans sa vie, de quelque façon que ce soit, peut trouver chez lui attention et écoute…

« Si l’on vit cela en soi-même, dans son cœur… »

En particulier, le prêtre manifeste des entrailles de miséricorde lorsqu’il administre le sacrement de la Réconciliation ; il le manifeste dans tout son comportement, dans sa manière d’accueillir, de conseiller, de donner l’absolution… Mais cela vient de la manière dont lui-même vit le sacrement en personne, de la manière dont il se laisse embrasser par Dieu le Père dans la confession et dont il reste dans ses bras… Si l’on vit cela en soi-même, dans son cœur, on peut le donner aux autres dans le ministère. Et je vous pose cette question : Comment est-ce que je me confesse ? Est-ce que je me laisse embrasser ?

La prière d’un « grand confesseur »

Il me vient à l’esprit un grand prêtre de Buenos Aires, il est plus jeune que moi, il doit avoir 72 ans… Un jour, il est venu me voir. C’est un grand confesseur : il y a toujours la queue pour le voir... Les prêtres, la majorité, vont le voir pour se confesser... C’est un grand confesseur. Et un jour, il est venu me voir : « Mais, Père… », « Dis-moi », « J’ai des scrupules, parce que je sais que je pardonne trop ! »; « Prie… si tu pardonnes trop… ». Et nous avons parlé de la miséricorde. À un moment, il m’a dit : « Tu sais, quand je sens que ce scrupule est trop fort, je vais dans la chapelle, devant le tabernacle, et je Lui dis : “Excuse-moi, mais c’est de ta faute, parce que tu m’as donné le mauvais exemple !” Et je repars tranquille… ». C’est une belle prière de miséricorde !

Comme un « hôpital de campagne »

Si dans la Confession, l’on vit cela pour soi, dans son cœur, on peut aussi le donner aux autres. Le prêtre est appelé à apprendre cela, à avoir un cœur qui s’émeut. Les prêtres — je me permets ce terme — « aseptisés », ceux « de laboratoire », tout propres, tout beaux, n’aident pas l’Église. L’Église d’aujourd’hui, nous pouvons l’imaginer comme un « hôpital de campagne ». Excusez-moi, je répète cela parce que je le vois comme cela, je le sens comme cela : un « hôpital de campagne ». Il faut soigner les blessures, tant de blessures ! Tant de blessures ! Il y a tant de personnes blessées par les problèmes matériels, par les scandales, même dans l’Église… Des personnes blessées par les illusions du monde… Nous, les prêtres, nous devons être là, auprès de ces personnes. La miséricorde signifie avant tout soigner les blessures. Quand quelqu’un est blessé, il a immédiatement besoin de cela, non pas d’analyses, comme le taux de cholestérol, de glycémie… Mais il y a la blessure, soigne la blessure, et après on verra les analyses. Après, on donnera les soins spécialisés, mais d’abord, il faut soigner les blessures ouvertes. Pour moi, en ce moment, c’est cela le plus important.

« Connaissez-vous les blessures de vos paroissiens ? »

Et il existe aussi des blessures cachées, parce qu’il y a des personnes qui s’éloignent pour ne pas montrer leurs blessures… Il me vient à l’esprit l’habitude, pour la loi mosaïque, des lépreux au temps de Jésus, qui étaient toujours éloignés, pour ne pas contaminer… Il y a des personnes qui s’éloignent par honte, parce qu’elles ont honte qu’on voie leurs blessures… Et elles s’éloignent peut-être un peu en regardant de travers, contre l’Église, mais au fond, à l’intérieur, il y a la blessure… Elles veulent une caresse ! Et vous, chers confrères — je vous le demande — connaissez-vous les blessures de vos paroissiens ? Est-ce que vous les devinez ? Est-ce que vous êtes proches d’eux ? C’est la seule question…

« Donne-moi la moitié de ta miséricorde ! »

À Buenos Aires — je parle d’un autre prêtre — il y avait un confesseur célèbre : c’était un prêtre du Saint-Sacrement. Presque tout le clergé se confessait à lui. Quand, l’une des deux fois où il est venu, Jean-Paul II a demandé un confesseur à la nonciature, c’est lui qui y est allé. Il est âgé, très âgé… Il a été provincial de son Ordre, professeur... mais toujours confesseur, toujours. Et il y avait toujours la queue, dans l’église du Saint-Sacrement.

À cette époque, j’étais vicaire général et j’habitais à la curie et tous les matins, tôt, je descendais au fax pour voir s’il y avait quelque chose. Et le matin de Pâques, j’ai lu un fax du supérieur de la communauté: « Hier, une demi-heure avant la Veillée pascale, le père Aristi est mort, à 94 — ou était-ce 96 ? — ans. Les funérailles seront célébrées tel jour… » Et le matin de Pâques, je devais aller déjeuner avec les prêtres de la maison de retraite — je le faisais en général à Pâques — et puis — je me suis dit — après le repas, j’irai à l’église. C’était une grande église, très grande, avec une très belle crypte. Je suis descendu dans la crypte et il y avait le cercueil, et seulement deux petites vieilles qui priaient là, mais pas de fleurs. J’ai pensé : mais cet homme, qui a pardonné les péchés de tout le clergé de Buenos Aires, et les miens aussi, même pas une fleur… Je suis remonté et je suis allé chez un fleuriste — parce qu’à Buenos Aires, aux croisements des rues, il y a des fleuristes, dans les rues où il y a du monde — et j’ai acheté des fleurs, des roses… Et je suis revenu et j’ai commencé à bien arranger le cercueil avec les fleurs…

Et j’ai regardé le chapelet qu’il avait entre ses mains… Et aussitôt il m’est venu à l’esprit — ce voleur qui est en chacun de nous, non ? — et pendant que j’arrangeais les fleurs, j’ai pris la croix du chapelet et, en forçant un peu, je l’ai détachée. Et à ce moment, je l’ai regardé et j’ai dit : « Donne-moi la moitié de ta miséricorde ». J’ai senti quelque chose de fort qui m’a donné le courage de faire cela et de faire cette prière ! Et puis, cette croix, je l’ai mise ici, dans ma poche. Les soutanes du Pape n’ont pas de poches, mais je porte toujours sur moi une petite pochette en tissu et depuis ce jour-là, jusqu’à aujourd’hui, cette croix est avec moi. Et lorsqu’il me vient une pensée mauvaise contre quelqu’un, ma main se pose toujours ici. Et je sens la grâce ! Je sens que cela me fait du bien.

Que de bien fait l’exemple d’un prêtre miséricordieux, d’un prêtre qui s’approche des blessures…

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