La vie du prêtre

Etre prêtre constitue une exigence extrême, en même temps que le plus beau cadeau qui soit. Il voit avec gratitude comment des hommes, par son entremise, découvrent la gloire de Dieu. Il voit combien Dieu accomplit de grandes choses à travers lui, en se servant de sa faiblesse

Quelle est la place de la prière dans la vie du prêtre ?

La montagne est le lieu de prière de Jésus. C’est le lieu de solitude, de son colloque avec le Père. (…) La vocation des disciples naît du dialogue de Jésus avec le Père. Nous ne pouvons la recevoir que si nous effectuons cette ascension intérieure en compagnie de Jésus. Si nous voulons trouver la vocation, l’accueillir et la mener à maturité, nous devons trouver la montagne de Jésus : la liberté à l’égard de la vie de tous les jours, la tranquillité, le recueillement, le dialogue avec le Dieu vivant. Nous devons atteindre cette transparence et cette hauteur d’où la voix de Jésus se fait entendre.

Extraits d’une homélie écrite en 1984, en vue d’une visite de grands séminaires aux Etats-Unis

Celui seul qui est auprès de Jésus peut être envoyé en mission. Et seul celui qui se laisse envoyer, celui qui transmet son message et son amour, est auprès de lui. (…) Les apôtres sont des témoins oculaires et auriculaires. Seul celui qui connaît le Christ, qui connaît ses paroles et ses gestes, celui qui l’a rencontré en s’entretenant avec lui durant de longues journées et de longues nuits, seul celui-là peut le porter aux autres. C’est encore vrai aujourd’hui. " Pour demeurer avec lui" : telle est la composante fondamentale de la vocation sacerdotale.

Prêtre avec un enfant
© esprit-photo.com

Lorsque, comme évêque ou d’abord tout simplement comme confrère, je cherchais les raisons pour lesquelles une vocation initiale, avec son enthousiasme et ses espérances, s’était ensuite graduellement perdue, ce qui apparaissait toujours c’est qu’à un moment donné la prière silencieuse avait été abandonnée ; peut-être par zèle pour tout ce qu’il y avait à faire, mais alors ce zèle devenait vide, car il avait perdu son élan intérieur. A un certain moment, la confession personnelle avait cessé et avec elle un contact même avec l’exigence de la confession et le pardon, indispensable rénovation intérieure en présence du Seigneur. "Pour demeurer avec lui" : ce "avec lui" n’est pas seulement nécessaire pour un certain temps initial, pour qu’on puisse y puiser par la suite. Ce doit être le cœur du ministère sacerdotal. Mais on doit s’y exercer, s’y entraîner, de façon à ce que cela devienne d’une certaine manière une chose facile, naturelle, et qu’ainsi cela se maintienne dans les moments difficiles.

C’est pourquoi je voudrais vous demander de tout cœur de voir en cela une tâche capitale de votre séminaire et plus tard de votre vie sacerdotale : être avec lui, apprendre à tourner son regard vers lui, à l’écouter, à connaître toujours davantage le Seigneur dans la prière et dans l’étude constante de la Sainte Ecriture . Il est important de toujours veiller à la prière, et pas seulement lorsque nous en avons envie. De même qu’on n’arrive à rien de grand dans la vie sans discipline et sans méthode, de même la vie intérieure a besoin de ces deux qualités. (…) La vie intérieure ne doit pas avoir pour nous moins de valeur que les activités pratiques, telles que le sport et les performances techniques. La "croissance de l’homme intérieur" mérite tout notre engagement : le monde a besoin d’hommes qui soient mûrs et riches intérieurement ; le Seigneur a besoin d’eux pour les appeler et les envoyer.

Extraits d’une homélie écrite en 1984, en vue d’une visite de grands séminaires aux Etats-Unis

Quelles places tiennent la Joie et la Croix dans la vie du prêtre ?

Le prêtre ne peut pas se contenter de proférer des paroles ou d’accomplir des gestes extérieurs ; il doit y mettre une part de son sang lui-même. Son destin est lié à Dieu. Ce que cela signifie, nous l’avons entendu dans l’épître (2 Co 11, 19-33 ; 12, 1-9) ; cela signifie toutes sortes d’oppositions et d’échecs extérieurs ; cela signifie aussi le tourment intérieur de rester en deçà des exigences, la peine de ne pas être vraiment le grain de blé, et c’est peut-être ce qu’il y a en tout de plus oppressant et de plus lourd à supporter – le caractère dérisoire de ce que l’on fait en comparaison de la grandeur de la mission. (…)

Mais, pour le même prêtre, le grain de blé ne fait pas seulement signe en direction de la Croix. Pour lui aussi, il est un signe de la joie de Dieu. Pouvoir être un grain de blé, un serviteur du grain de blé divin qu’est Jésus-Christ, voilà qui est en mesure de rendre un homme heureux au plus profond de son cœur. La grâce triomphe au sein même de la faiblesse, comme nous l’avons entendu une nouvelle fois dans l’épître de Paul qui, au beau milieu de sa misère, éprouve la joie débordante de Dieu. Ce n’est pas sans confusion que le prêtre constate combien sa faible et minuscule parole parvient à redonner le sourire à des hommes arrivés à la dernière heure de la vie ; comment, par sa parole, des hommes retrouvent un sens dans l’océan de l’absurde, un sens qui leur permet de vivre, et il voit avec gratitude comment des hommes, par son entremise, découvrent la gloire de Dieu. Il voit combien Dieu accomplit de grandes choses à travers lui, en se servant de sa faiblesse. (…) Il sait que pouvoir être prêtre constitue une exigence extrême, en même temps que le plus beau cadeau qui soit.

Extraits d’une homélie prononcée en 1962, lors de la première messe d’un jeune prêtre, en Rhénanie

Prêtre priant
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Le sacerdoce ne tolère pas un mi-temps ni un cœur partagé. C’est une chose qui a besoin d’un homme se donnant lui-même, et ne donnant pas seulement une partie de son temps, de ses capacités. (…) Il existe une parole de Jésus qui nous as été transmise par Origène : "Celui qui est près de moi est près du feu." Celui qui ne veut pas être brûlé reculera d’effroi devant lui. Le oui de qui suit le Christ implique le courage de se laisser brûler par le feu de sa Passion, qui est en même temps le feu salvifique du Saint Esprit. Ce n’est que si nous avons le courage d’être près de ce feu, si nous nous laissons enflammer nous-mêmes, que nous pourrons aussi allumer son feu sur cette terre, le feu de la vie, de l’espérance et de l’amour. Le noyau de l’appel, c’est au fond toujours ceci : la nécessité d’être prêts à nous laisser embraser par lui, à être transformés en braises ardentes, d’un cœur brûlant de la force de la Parole . Si nous sommes tièdes et ennuyeux, nous ne pourrons pas allumer de feu dans ce monde, nous ne pourrons pas apporter la force de la conversion. (…)

"Mais toi, laisse le travail de mort de ce monde et annonce la joie", voilà le noyau véritable de l’appel que le Seigneur adresse à ceux qui doivent propager sa Parole. Annoncer la joie : n’est-ce pas pour cela que Paul appelait les serviteurs de l’Evangile "serviteurs de votre joie" ?

Extraits d’une homélie prononcée en 1986, au grand séminaire de Balberg

En définitive, tout quitter pour suivre Jésus dans le sacerdoce, cela rend-il heureux ?

Prêtre à la sortie de la messe
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Le chemin terrestre de Jésus touche à sa fin : les disciples se posent la question de savoir où tout cela va aboutir (Mc 10, 28-31). Ils sont préoccupés de leur sort et se demandent si leur choix a vraiment été le bon. Pierre exprime ce que pensent les autres : "Et nous, qui avons tout quitté pour te suivre ?" (…) Jésus leur donne une réponse étonnante : "En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de moi et à cause de l’Evangile, qui ne reçoivent le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs avec des persécutions, et dans le monde à venir, la vie éternelle" (Mc 10, 29-30).

Qu’y a-t-il d’étonnant dans cette réponse ? Le Seigneur ne fait pas seulement allusion à la récompense de l’au-delà. Il dit quelque chose de très audacieux, de presque incroyable : sans doute votre vie restera-t-elle sous le signe des persécutions ; ce sera une vie très humaine, remplie de tribulations et de soucis. Mais votre salaire ne sera pourtant pas repoussé purement et simplement dans l’au-delà. Vous obtiendrez dès maintenant le cent pour un. "Dès cette vie, Dieu donne le centuple" : c’est ainsi que sainte Thérèse résume cette parole de Jésus. Lorsque nous nous détachons de quelque chose, le Seigneur nous le redonne au multiple. Dieu est généreux et ne se laisse pas dépasser par nous en générosité. Le détachement est l’une des premières exigences du service apostolique ; le célibat est l’une des modalités très concrètes que doit revêtir ce détachement. Celui qui, au bout d’un temps plus ou moins long, jette un regard sur sa vie sacerdotale, sait à quel point la parole de Jésus est vraie. (…) Celui qui apporte aux hommes la parole de foi voit croître autour de lui une très grande famille de frères, de sœurs, de pères, de mères et d’enfants. Et c’est toujours vrai : Dieu donne cent pour un, même en ce monde. Nous devons avoir le courage de donner un, d’oser faire le saut comme Pierre l’a osé lorsque, le matin de sa vocation, il est sorti une fois de plus en mer de Galilée, et a obtenu un signe pour les temps à venir, la pêche miraculeuse qui lui fit connaître le pouvoir de Jésus. Donnons le pauvre "un" de nos capacités, de notre renoncement à notre petit monde personnel ; prions le Seigneur chaque jour pour qu’il nous donne la générosité de savoir nous confier à lui. Marchons avec lui. Laissons-nous envoyer. Alors nous serons entre de bonnes mains.

Extraits d’une homélie écrite en 1984, en vue d’une visite de grands séminaires aux Etats-Unis

Cet article est composé d’extraits d’homélies prononcées par le Saint-Père Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger, rassemblées en 1988 dans un livre intitulé Serviteurs de votre joie, méditations sur la spiritualité sacerdotale, Edition Fayard, 1990. Les questions sont de mavocation.org.


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