La mission de tout prêtre : méditation sur la vie du Curé d’Ars

Montage vidéo réalisé par mavocation.org à partir de reportages de KTO et de photos d'Esprit-photo pour illustrer une homélie de Mgr Beau à l'occasion de la venue des reliques du curé d'Ars à St Honoré d'Eylau en mars 2009

A la rencontre de ses brebis...la visite du pasteur

« Il était tout petit le village d’Ars lorsque le nouveau curé d’Ars y arriva. Il s’exclama même : "Que c’est petit !". Ce village pratiquement inaccessible tellement les chemins boueux étaient mauvais. On parle même pour ce village perdu d’une "solitude inaccessible". Et voilà qu’arrive au milieu de ce village le nouveau curé d’Ars, saint Jean-Marie Vianney et le lendemain matin à 10 heures les cloches sonnent et l’on sait que le village d’Ars a un nouveau curé. Ce village-là n’était pas un village dans lequel la foi aurait été étrangère. Quelques années plus tôt, avant la révolution française, il y avait eu les traces d’une vraie vie spirituelle, d’une forte vie de foi. Il y avait eu un pèlerinage jubilaire avec l’ensemble des paroissiens et des villageois d’Ars.

Mais voilà qu’il était arrivé comme un cataclysme, un tournant, un moment où tout avait semblé être balayé pour une génération et ce curé d’Ars dira que pour ceux de 25-35 ans, c’était comme s’ils ne connaissaient rien, comme s’ils n’avaient rien vécu : ils ne savent pas. La mémoire s’était perdue. Que fit donc ce nouveau curé? Il commença par aller visiter sa vigne, son village. Les soixante foyers reçurent sa visite : un pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Oh certes, l’accueil n’était pas toujours semblable d’un endroit à l’autre mais il savait quand ses brebis étaient chez elles, à l’heure du déjeuner. Ainsi il pouvait entrer dans les maisons où il était accueilli et c’était une sorte de Visitation. La visite de celui qui porte Dieu, de celui qui vient montrer à chaque foyer le sens de ce qu’il est : chaque foyer est effectivement un lieu habité par le Seigneur. Il me semble que le curé d’Ars venait révéler à chaque famille ce sanctuaire que chaque famille est parce qu’elle est le lieu où la vie est donnée, parce qu’elle est le lieu de la vie commune, parce qu’elle est la première cellule d’Eglise.

Un homme donné, un homme mangé

Ainsi le curé d’Ars a commencé son ministère par cette visite, cette connaissance. "Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Pour elles, je donne ma vie". "Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne". Le père Chevrier dira : "un prêtre, c’est un homme donné, un homme mangé". Un homme "mangé" parce que le prêtre est l’homme de l’Eucharistie. Après ces visites, le curé d’Ars rejoignait son poste d’intercession car, dans cette vigne du Seigneur, il s’avérait qu’il fallait sans cesse intercéder pour cette vigne, intercéder pour chacun.

Eucharistie
© esprit-photo.com

Son poste d’intercession il le tenait jour et nuit, il priait pour son peuple. Le prêtre est celui qui intercède pour son peuple, qui intercède pour la communauté qui lui est donnée. Il connaît ses brebis et il porte ses brebis vers le Père. Il connaît ses blessures, il connaît ses joies, il connaît ses pauvretés, il connaît ses hésitations, il connaît la grâce et le pardon que Dieu veut répandre en elles. Alors il se donne, alors il intercède. Comme à chaque Eucharistie, le prêtre est l’intercesseur de la communauté entière auprès du Père, sachant dans la foi et la certitude de son ministère combien cette intercession est exaucée en Celui qui nous sauve, en Celui qui se donne à nous dans le Pain eucharistique, Corps du Christ livré pour nous, dans le Vin de la vigne eucharistique, Sang du Christ versé pour nous, répandu pour célébrer, pour dire, pour manifester cette Alliance.

Le curé d’Ars enseignait. C’était un enseignant. On disait de ses prédications qu’elles étaient brèves et claires parce que c’est un homme qui, comme je le disais, a été marqué par cette méconnaissance de la foi, par une jeunesse ravagée par les conséquences de la Révolution et qui du coup ne connaissait pas Dieu, qui avait besoin d’être enseignée, qui avait besoin de connaître, par le catéchisme tout simplement. Il a été un homme d’apprentissage. C’est l’exemple même de l’étudiant. Je dirais qu’il est l’exemple même du savant, peut-être pas par ses résultats mais par sa persévérance. Il lui en a fallu de la persévérance pour suivre ses études, pour étudier la théologie, il lui a fallu de la persévérance et il fallu toute la délicatesse de ses professeurs pour qu’il réussisse ses examens. Ce rapport de confiance était quelque chose d’extraordinaire et cette ascèse qu’il a manifestée dans les études, il l’a manifestée ensuite dans toute sa vie, dans sa persévérance à aimer et dans sa persévérance à vivre l’humilité.

L'homme de la miséricorde et du pardon

Car c’est peut-être l’autre visage du prêtre. Le curé d’Ars est un homme de très grande humilité et je crois que c’est là un grand appel pour le prêtre : le prêtre doit être l’homme de l’humilité. Il savait demander pardon pour les gestes offensants que les autres avaient commis sur lui, parce qu’il portait le péché de l’autre, parce qu’il comprenait cette contagion du péché et qu’il savait, lui, l’homme de la miséricorde et du pardon, la toute puissance de l’amour infini, victorieux de cette contagion du péché car la grâce est plus contagieuse que le péché ; car l’amour est infini et le péché est fini.

Statue du Curé d'Ars
© esprit-photo.com

Le péché peut se contenir, l’amour ne peut pas être contenu. L’amour est plus fort et plus puissant que tout, le péché est faible et c’est pour cela qu’il se venge. Ainsi il a compris la force de l’amour de Dieu. Ainsi il a compris que le prêtre est l’homme qui porte un autre, le prêtre est l’homme qui porte la parole d’un autre en osant dire, pour que l’homme sache qu’il est aimé, un "je" : "je te pardonne", "c’est mon corps". Le "je" d’un autre, pour que l’autre sache la parole que Dieu lui adresse. S’il n’y avait plus de prêtre, l’homme ne saurait plus que Dieu lui dit : "je te pardonne". S’il n’y avait plus de prêtre, l’homme ne saurait plus que le Corps est livré pour lui, que le Sang est répandu pour lui, pour cette alliance entre Dieu et les hommes. S’il n’y avait plus de prêtre, l’homme ne saurait plus qu’il est icône de Dieu. S’il n’y avait plus de prêtre, nous ne connaîtrions plus la toute puissance de l’Amour et nous méconnaîtrions la toute puissance, car nous ferions de la toute puissance une force qui domine, une force qui écrase, une force qui change par la force. Mais parce qu’il y a des prêtres, nous savons que la toute puissance est d’un autre ordre : de l’ordre de Dieu, de l’ordre du ministère ordonné ; que la toute puissance, c’est le Dieu de vie qui a remis ce qu’il est, la Vie, à l’homme et à la femme pour que l’homme et la femme puissent donner la vie ; que la toute puissance, c’est un Dieu qui aime et qui pardonne et qui a donné à l’Eglise, par le ministère du prêtre, de pouvoir dire ce qui n’appartient qu’à Dieu : "je te pardonne".

Ainsi est la toute puissance, ainsi est l’identité de l’Eglise, ainsi est l’alliance de Dieu avec les hommes. La toute puissance de Dieu se dit par le ministère du prêtre qui ainsi fait comprendre à l’homme que la toute puissance est dans ce don total de la vie et de la surabondance de la vie qu’est le pardon dans l’abandon total de soi-même, jusqu’à ce que l’homme, dans l’abandon total de soi-même, s’en remette à Celui qui sauve, au Père qui ressuscite le Christ, pour que tout homme ressuscite et que nous vivions de la vie éternelle. Le prêtre est le témoin privilégié de la vie éternelle répandue sur le monde puisqu’il est celui qui par le ministère des sacrements peut donner cette vie qui n’appartient qu’à Dieu.

Un père qui enfante à la joie

Ainsi est la double paternité qui est donnée aux hommes. Pour les uns, ceux qui vivent dans le sacrement du mariage, il leur est donné la paternité charnelle d’enfanter des fils. Pour le prêtre, il lui est donné cette paternité étonnante d’être signe de la paternité de Dieu qui enfante ses fils en les enfantant à la vie éternelle et à la vie divine, en les enfantant par cette divinisation progressive qui est celle de notre enfantement au long de notre chemin sur terre, jusqu’à ce qu’à notre dernier souffle, nous nous élancions dans l’abandon de notre vie en disant à Dieu : "Abba, Père", pour que Dieu ouvre ses bras et, en nous recueillant comme ses fils, nous élève à la communion avec lui pour la vie éternelle de ressuscités.

Ainsi est la joie du prêtre qui accompagne l’homme depuis sa naissance, en le portant de la mort à la résurrection par le baptême, jusqu’à l’ultime nouvelle naissance qu’est la mort, où, avec toute l’Eglise rassemblée, il dit et prononce avec le défunt que nous confions à la miséricorde du Père, en disant ensemble "Père", sachant alors que dans les bras étendus de l’intercession du prêtre au nom de sa communauté vers Dieu notre Père, Dieu lui-même ouvre ses bras pour accueillir celui que nous pleurons dans la vie éternelle et dans la joie sublime.

Ainsi est ce mouvement étonnant qui est la vie du prêtre et la joie du prêtre. La joie du prêtre c’est de voir quotidiennement, minute après minute, seconde après seconde, notre Dieu qui enfante la création nouvelle, notre Dieu qui enfante l’humanité à sa divinité, notre Dieu qui enfante le monde entier, la création entière à ce qu’elle est vraiment dans le dessein bienveillant du Père.

Ainsi est le curé d’Ars dans son témoignage extraordinaire, au long de ses confessions successives, au long de ses jours et de ses nuits dans son confessionnal où il voyait la miséricorde de Dieu. Il voyait ainsi cet amour qui enfante, il voyait des hommes et des femmes se relever. Il voyait des hommes et des femmes repartir vers la joie. Il voyait l’enfantement sans cesse en cours. Il voyait l’homme en cours de son enfantement et le pardon comme le chemin par lequel l’homme est enfanté à ce qu’il est vraiment. Il voyait l’homme se relever, il voyait la Jérusalem céleste déjà venir à Ars, dans ce petit village.

Que c’était petit ! Quelle solitude inaccessible, ce village ! Mais ce village était devenu ainsi la Jérusalem céleste, le lieu de l’enfantement, le lieu où l’homme et la femme retrouvaient le chemin de leur vie, retrouvaient le chemin de leur joie. Ainsi est la joie du prêtre : contempler la joie qui renaît dans le cœur de ses fidèles. Puisse ce service de la joie être sans cesse dans le cœur des hommes qui, entendant l’appel de Dieu, osent y répondre car le prêtre est le serviteur de la joie. Ceux qui répondent à l’appel à être prêtre ne se trompent jamais car ils répondent à l’appel le plus profond de ce que l’homme attend et de ce qu’il désire, de ce que Dieu veut pour l’homme, le bonheur et cette joie infinie. »

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