Les Fraternités Missionnaires de Prêtres pour la Ville

Depuis une dizaine d’années, des prêtres diocésains d’Ile-de-France vivent en fraternité, pour mieux répondre aux réalités citadines. Rencontre avec l’une de ces équipes à Cergy-Pontoise, puis témoignage d’un prêtre en mission à Aubervilliers.

Cergy-Pontoise, à 30 kilomètres à l’ouest de Paris. Gaël Réhault, Gérard Ploix, Olivier Ségui et Marc de Raimond sont prêtres à la Fraternité missionnaire des prêtres pour la ville (FMPV). Gaël, Gérard et Olivier appartiennent au diocèse de Paris, Marc à celui de Versailles et c’est à eux quatre qu’a été confiée la paroisse de cette ville nouvelle de 58 000 habitants.

De gauche à droite: Marc de Raimond, Olivier Ségui, Gaël Réhault, Gérard Ploix.
© D.R.

Mais contrairement à une équipe de prêtres vivant simplement dans la même maison, les prêtres de la FMPV sont soumis à des règles destinées à favoriser la fraternité sacerdotale. Ainsi ces quatre prêtres récitent les laudes ensemble tous les matins, du mardi au dimanche. Ils concélèbrent aussi au moins une messe par semaine, avant une heure d’adoration commune devant le Saint-Sacrement, en présence des paroissiens. À ces temps de prière s’ajoutent ceux des repas, mais aussi des sorties culturelles, ainsi qu’un lundi par mois passé ensemble et une retraite annuelle avec les autres membres de la FMPV.
"Dans certaines paroisses, il est très rare que les prêtres se retrouvent pour manger ensemble. C’est une chance pour nous de pouvoir passer du temps ensemble", remarque Benoît Sibille, un séminariste du diocèse de Pontoise présent à Cergy tous les week-ends depuis un an.

Au-delà de Paris

"Je ne conçois pas forcément mon sacerdoce comme exclusivement parisien", explique Olivier Ségui, curé de la paroisse depuis un an et demi et prêtre depuis sept ans. Déjà, séminariste, il avait demandé à son évêque de pouvoir étudier en dehors du diocèse de Paris, et avait été envoyé à Bruxelles pendant quatre ans. À son ordination, il rejoint une FMPV dans le 19e arrondissement de Paris puis passe deux ans à la paroisse de Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (3e). "C’est alors que j’ai été appelé comme curé de Cergy", raconte-t-il.
Le père Gaël Réhault, lui aussi, a demandé à faire partie d’une FMPV dès son ordination. À Cergy, il est notamment aumônier des collégiens. "J’ai grandi vingt ans en Essonne", dit ce Parisien d’origine, ordonné il y a six ans et arrivé à Cergy en septembre 2009. "Le fait d’entendre des confrères raconter leur mission en banlieue m’a confirmé dans le désir de vouloir aller servir au-delà de Paris", explique-t-il.
Le père Marc de Raimond, ordonné depuis trois ans, vient du diocèse de Versailles. Il voit dans cette vie fraternelle un soutien pour sa mission. "Nos missions sont chargées. Alors si on ne s’engage pas à suivre une règle commune, on ne fait que se croiser", confirme ce jeune prêtre, aumônier d’une école de commerce (l’Essec) et des lycéens de Cergy-Pontoise.
Est-il facile d’être envoyé en dehors de son propre diocèse ? "Il n’y a aucun souci d’adaptation, répond le père Marc. C’est même plus facile car, lorsqu’on arrive dans un autre diocèse, on n’a aucune attache ni aucun préjugé".
Quant au père Gérard Ploix, 73 ans, dont 45 de sacerdoce, il souligne l’importance de savoir que "les autres prêtres de la fraternité ont la même volonté de partager leur lieu de travail et leur lieu de vie". Il évoque aussi la nécessité d’ "inventer" une pastorale particulière en fonction des lieux de Cergy dans lesquels il peut se trouver.
Car la paroisse compte trois clochers principaux, chacun au centre d’un quartier. Et entre l’église Saint-Christophe, datant du XIIe siècle et située dans le vieux centre de Cergy, et l’église Frédéric Ozanam, inaugurée en 2004, il n’y a a priori pas grand chose en commun. Dans les trois églises, les besoins des paroissiens sont très différents. "C’est le Christ qui fait l’unité", dit Olivier Ségui.

S’adapter aux paroissiens

Dans cette ville nouvelle, la moyenne d’âge de certains quartiers ne dépasse pas la trentaine et la mission de nos quatre prêtres est un défi permanent. D’autant plus que la ville continue à s’étendre. 6 000 à 8 000 habitants supplémentaires devraient investir de nouveaux ensembles immobiliers d’ici à cinq ans.
Au nord de la ville, l’église Sainte-Marie-des-Peuples a été inaugurée en 1986 au beau milieu d’un quartier populaire. "Ici, le Seigneur est attendu, espéré, les paroissiens ont une soif expressive de Dieu", explique le curé, en soulignant l’importance d’une "parole capable de dire la simplicité de l’Évangile". "Comme prêtre, ça nous oblige à bouger, à changer, poursuit-il. Quand à certaines messes vous voyez des gens se lâcher dans l’expression de leur foi, notre tradition, qui peut être hiératique, explose en vol".

Les quatre prêtres tournent à tour de rôle dans les trois églises de la ville. "L’évêque n’a pas nommé trois curés, explique-t-il. Mais nous avons été nommés en fraternité, pour une ville entière". Chaque année, à la rentrée, à l’Épiphanie et le Jeudi saint, trois messes réunissent ainsi les 1 500 paroissiens de la ville à l’église Frédéric Ozanam. "À ce moment-là, on voit concrètement l’unité de la paroisse et aussi de la fraternité", poursuit le curé.

"Ce n’est pas un parachutage de prêtres, mais un accord entre les évêques d’Île de France pour envoyer des prêtres en mission dans des lieux choisis, au service de l’église locale", insiste le père Olivier Ségui. "Nous arrivons ici, comme arrive la population", poursuit-il.
"C’est une mission ouverte, où beaucoup de choses sont à inventer", commente Benoît Sibille, en expliquant que sa mission est aussi dynamisante que fatigante. "Notre vie fraternelle est exigeante, concède Olivier Ségui, mais aussi fructueuse". Avant d’ajouter : "On n’est pas prêtre tout seul. Et on n’est pas prêtre pour soi non plus".

Père Jean-Marc Danty-Lafrance : en fraternité missionnaire à Aubervilliers

Six ans à Aubervilliers, cela vous plonge dans un autre univers. Un laboratoire de la mondialisation, où les cobayes sont des femmes et des hommes, des jeunes et des enfants, emportés dans le tourbillon des galères, galère du travail, du logement, de la langue, etc. Quand on me demande si ça va, je réponds comme les Africains : "Un peu !", car ça ne peut pas aller si les gens autour de vous ne vont pas.

Eglise d'Aubervilliers
© D.R.

Quand je m'échappe trois jours, pour prendre un temps de solitude dans un petit monastère bien caché en pleine forêt, je pense toujours à "eux", à ces femmes et ces hommes, ces jeunes et ces enfants (moyenne d'âge de la messe de 11h, sur 450 personnes : 30 ans maxi !). Dans la prière, je me tiens devant le Seigneur et je les lui présente. Ces temps de repos, marche, prière, sommeil sont absolument indispensables à mon équilibre global, spirituel et physique. Dans ces moments de relecture, je prends la mesure, non pas de mon travail, mais du travail du Seigneur.

Est-ce une conséquence de mon âge (61 ans) ? Je vois le Seigneur de plus en plus à l'action et j'ai l'impression de maîtriser de moins en moins mon action ! En fait, plus je fais de choses (avec l'expérience, on arrive à faire de plus en plus de choses en même temps) et plus je rencontre de gens (tout le temps gagné par une bonne organisation doit être donné aux personnes, c'est ma règle), plus je sens que tout me dépasse et que l'Esprit-Saint arrange tout par derrière. Pourquoi telle personne vient-elle offrir ses services juste au moment où on avait une demande pressante ? Pourquoi telle autre se présente-t-elle pour demander à être baptisée alors que tout son entourage et son enfance ne l'y conduisaient pas ? Comment telle famille arrive-t-elle à rester joyeuse et confiante en Dieu alors que Dieu n'a répondu à aucune des prières qu'on a faites pour régler leurs problèmes ? J'arrive, mieux qu'autrefois, à repérer ces "miracles" et cela fortifie mon espérance.

En fait, l'épreuve du prêtre est une sorte de combat intérieur entre le désespoir, la tentation de démission, et l'espérance qui est la vitamine C de la pastorale. Heureusement, et bravo à l'Esprit-Saint pour cette création dans son Église : nous vivons ici en communauté de prêtres, la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville. Or, ce que nous partageons avec le plus d'urgence, comme le pain en période de famine, c'est l'espérance.

Quand j'étais prêtre dans Paris, c'était ma foi qui était le plus éprouvée par la confrontation avec l'athéisme franco-français. Mais depuis que je suis à Aubervilliers, c'est mon espérance et mon amour qui sont le plus éprouvés. A Aubervilliers, presque tout le monde est croyant : 40% de musulmans, et le reste moitié-moitié entre les grandes confessions chrétiennes et les "églises du réveil". Je suis porté dans la foi par les gens, leur sans-gêne à invoquer Dieu et la chaleur de leurs prières.

Mais mon espérance et mon amour restent blessés. L'épreuve de l'amour, c'est d'être pris au ventre par le demi sourire doux et fragile d'une personne qui vient vous raconter une galère pas possible (les Africains sourient quand ils décrivent leurs souffrances) et de ne rien pouvoir faire pour cette personne, sans papier, sans chez soi, sans permis de travail, etc.

Ici, j'ai compris une des souffrances de Jésus. Quand Jésus est ému par la galère d'un lépreux, le touche tendrement et le soulage, la souffrance intérieure de Jésus, c'est qu'il y a mille lépreux dans la région et qu'il ne peut rien faire pour les 999 autres. Quand Jésus ouvre les yeux d'un ou deux aveugles, sa souffrance profonde, c'est qu'il y a 3000 malvoyants dans la région et qu'il ne peut rien faire pour les 2998 autres. Vous n'aviez pas pensé à ça ! C'est au centre de ma vie de prêtre…

"Allons dans les villages voisins", dit Jésus. Je pense que Jésus était torturé par les autres, les autres qui sont ailleurs et qu'il ne peut pas toucher, qu'il ne pourra jamais toucher lui-même. J'éprouve cette souffrance.

Etre prêtre, pour moi, c'est remplir le "moi" par "les autres". Alors, embarqué dans ce voyage continuel vers les autres, on est dans une sorte de gratuité, de légèreté, de joie à vivre la parole de Jésus : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement".

FRATERNITÉ MISSIONNAIRE DES PRÊTRES POUR LA VILLE :

Fondée en 1991 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, la FMPV regroupe des prêtres des six diocèses d’Île de France. Elle est actuellement constituée de douze équipes composées d’une quarantaine de prêtres diocésains. Leur règle lie projet missionnaire et vie fraternelle. Nouvel outil pastoral, la FMPV veut répondre aux réalités d’aujourd’hui : augmentation du nombre d’habitants, diminution importante du nombre de prêtres, déplacements fréquents des Franciliens d’un département à l’autre, etc.


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