Sœur Cécile du Carmel de Montmartre : « Vivre de l’essentiel »

Quel est le sens de la vie religieuse au Carmel ? Qu’est-ce qui en fait la beauté et le bonheur ? Sr Cécile, carmélite au Carmel de Montmartre, nous donne son témoignage.

Communauté du Carmel de Montmartre
© Carmel de Montmartre

Bâtir ma vie sur le Christ et sur lui seul est un désir qui est né en silence dans mon cœur, au plus profond de ma liberté. C’est dans mon cœur, sans que je sache trop comment, qu’est née l’envie de prier. Et de cette envie de prier a découlé la décision de prier, et la joie, intense parfois, de ces temps de prière. C’est là que tout a pris sens et s’est en quelque sorte réorganisé : les relations avec ma famille, avec mes amis, ma manière d’aborder le travail, la vie. Expérimenter cette joie m’a donné envie de donner ma vie au Christ. Être carmélite aujourd’hui, c’est d’abord pour moi une joie profonde et une évidence de l’amour. Dieu nous a tous créés pour cette joie et cet amour, et ce don réciproque de personne à personne. Le sens de la vie religieuse, c’est de vivre de l’essentiel, de ce dont nous vivons tous plus ou moins confusément : aimer et être aimé. Le Seigneur nous a aimés le premier, il nous a aimés jusqu’à tout nous donner et se donner lui-même. Comment ne pas répondre alors par le libre don de nous-mêmes ?

La beauté de la vie au Carmel, elle vient de sa gratuité totale, il me semble. Nous ne sommes pas là pour faire quelque chose, ni pour témoigner, ni pour convaincre. Nous sommes réunies là parce que Dieu nous a appelées là. A être là. A rester là pour nous laisser apprivoiser peu à peu par Dieu. Pour apprendre à écouter la silencieuse parole d’amour qu’il prononce de toute éternité, nous laisser transformer par elle, et la laisser rayonner à travers nous.

Dans toute la Bible, c’est bien la stratégie divine : apprendre à l’être humain à se dégager de l’omniprésence de ce qui se touche, se voit, se fait objet de désir (les idoles) pour devenir plus réceptif à l’amour véritable (Dieu). Il ne s’agit pas de se séparer du concret pour aller vers l’abstraction. Au contraire : il s’agit de s’ouvrir au vrai de la vie concrète, à savoir l’enjeu d’amour que porte chaque instant. Là chaque instant, même sans aucun événement extérieur, devient comme un fruit mûr plein de sève d’amour. Et chaque rencontre concrète avec quelqu’un, chaque action prend toute sa densité, toute sa beauté. Rien n’est banal, tout devient rempli de la Présence amoureuse de Dieu. Rien n’est superficiel, tout met en jeu le profond de l’être. Tout s’unifie là : aimer Dieu et aimer son prochain. M’y reprendre chaque jour pour vivre de cette vie-là, expérimenter chaque jour ma faiblesse, ma tendance à rester superficielle, à me laisser piéger par de faux désirs, à m’endormir au lieu de rester éveillée à ce fond de la réalité, et recommencer chaque jour à bâtir la vie fraternelle, c’est cela l’épreuve et la beauté de la vie. Au Carmel comme ailleurs. Mais ailleurs on arrive toujours à se distraire. Le Carmel, lui, est un désert aride, sans distraction ni compensation, pour qui se lasse de l’Amour, mais il se met à fleurir sans cesse pour qui ne se lasse pas de mendier l’Amour à chaque instant.


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