Suivre et imiter le Christ

En s’adressant à des religieuses apostoliques, Jean-Paul II médite sur le mystère et le trésor évangélique de leur vocation. Il reprend notamment le sens des trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.

Moniales Dominicaines de Beaufort
© Moniales Dominicaines de Beaufort

Jusqu’au soir de votre vie, demeurez dans l’émerveillement et l’action de grâces pour l’appel mystérieux qui retentit un jour au fond de votre cœur : Suis-moi (cf. Mt 9, 9 ; Jn 1, 43), "Vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi" (Mt 19, 21). Vous avez d’abord porté cet appel comme un secret, puis vous l’avez soumis au discernement de l’Église. C’est en effet un bien grand risque de tout laisser pour suivre le Christ. Mais déjà, vous sentiez – et vous avez expérimenté depuis – qu’Il était capable de combler votre cœur. La vie religieuse est une amitié, une intimité d’ordre mystique avec le Christ. Votre itinéraire personnel doit être comme une réédition originale du célèbre poème du Cantique des Cantiques. Chères Sœurs, dans le cœur à cœur de l’oraison, absolument vitale pour chacune de vous, comme à l’occasion de vos divers engagements apostoliques, écoutez le Seigneur vous murmurer le même appel : "Suis-moi." L’ardeur de votre réponse vous maintiendra dans la fraîcheur de votre première oblation. Vous irez ainsi de fidélité en fidélité !

Suivre le Christ est bien autre chose que l’admiration d’un modèle, même si vous avez de bonnes connaissances des Écritures et de la théologie. Suivre le Christ est quelque chose d’existentiel. C’est vouloir l’imiter au point de se laisser configurer à lui, assimiler à lui, au point de lui être – selon les paroles de sœur Elisabeth de la Trinité – "une humanité de surcroît". Et cela dans son mystère de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Un tel idéal dépasse l’entendement et dépasse les forces humaines ! Il n’est réalisable que grâce à des temps forts de contemplation silencieuse et ardente du Seigneur Jésus. Les religieuses dites "actives" doivent être à certaines heures des "contemplatives", à l’exemple des moniales auxquelles je m’adresserai à Lisieux.

La chasteté religieuse, mes Sœurs, c’est véritablement vouloir être comme le Christ ; toutes les raisons que l’on peut avancer par ailleurs s’évanouissent devant cette raison essentielle : Jésus était chaste. Cet état du Christ était non seulement un dépassement de la sexualité humaine, préfigurant le monde futur, mais également une manifestation, une "épiphanie" de l’universalité de son oblation rédemptrice. L’Évangile ne cesse de montrer comment Jésus a vécu la chasteté. Dans ses relations humaines, singulièrement élargies par rapport aux traditions de son milieu et de son époque, il rejoint parfaitement la personnalité profonde de l’autre. Sa simplicité, son respect, sa bonté, son art de susciter le meilleur dans le cœur des personnes rencontrées, bouleversent la Samaritaine, la femme adultère et tant d’autres gens. Puisse votre vœu de virginité consacrée – approfondi et vécu dans le mystère de la chasteté du Christ – et qui transfigure déjà vos personnes, vous pousser à rejoindre en vérité vos frères et sœurs en humanité, dans les situations concrètes qui sont les leurs ! Tant de gens, dans notre monde, sont comme égarés, écrasés, désespérés ! Dans la fidélité aux règles de prudence, faites-leur sentir que vous les aimez à la manière du Christ, en puisant dans son cœur la tendresse humaine et divine qu’il leur porte.

Vous avez également promis au Christ d’être pauvres avec lui et comme lui. Certes, la société de production et de consommation pose des problèmes complexes à la pratique de la pauvreté évangélique. Ce n’est pas le lieu et le moment d’en débattre. Il me semble que toute Congrégation doit voir dans ce phénomène économique une invitation providentielle à donner une réponse, à la fois traditionnelle et toute nouvelle, au Christ pauvre. C’est en le contemplant souvent et longuement dans sa vie radicalement pauvre, c’est en fréquentant assidûment les humbles et les pauvres, qui sont aussi son visage, que vous serez capables de donner tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez. L’Église a besoin d’être comme entraînée par votre témoignage. Mesurez votre responsabilité.

Dominicaines
© Dominicaines SNJ - Juin 2005

Quant à l’obéissance de Jésus, elle occupe une place centrale dans son œuvre rédemptrice. Vous avez souvent médité les pages où saint Paul parle de la désobéissance initiale, qui fut comme la porte d’entrée du péché et de la mort dans le monde, et il parle du mystère de l’obéissance du Christ qui amorce la remontée de l’humanité vers Dieu. La dépossession de soi-même, l’humilité sont plus difficiles à notre génération éprise d’autonomie et même de fantaisie. On ne peut cependant imaginer une vie religieuse sans obéissance aux supérieures, qui sont gardiennes de la fidélité à l’idéal de l’Institut. Saint Paul souligne le lien de cause à effet entre l’obéissance du Christ jusqu’à la mort de la croix (Ph 2, 6-11) et sa gloire de Ressuscité et de Seigneur de l’univers. De même l’obéissance de toute religieuse – qui est toujours un sacrifice de la volonté, par amour – porte d’abondants fruits de salut pour le monde entier.

Vous avez donc accepté de suivre le Christ et de l’imiter de plus près, pour manifester son véritable visage à ceux qui le connaissent déjà comme à ceux qui ne le connaissent pas. Et cela, à travers bien des activités apostoliques. À ce plan des engagements, étant sauve la spiritualité particulière de vos Instituts, je vous exhorte vivement à vous intégrer dans l’immense réseau des tâches pastorales de l’Église universelle et des diocèses (cf. Perfectae Caritatis, n. 20). Je sais que des Congrégations ne peuvent – faute de sujets – répondre à tous les appels qui leur viennent des évêques et de leurs prêtres. Faites pourtant l’impossible afin d’assurer les services vitaux des paroisses et des diocèses. Que des religieuses dûment préparées collaborent à la pastorale des réalités nouvelles qui sont nombreuses. En un mot, investissez au maximum tous vos talents naturels et surnaturels dans l’évangélisation contemporaine. Soyez toujours et partout présentes au monde sans être du monde (cf. Jn 17, 15-16). Ne craignez jamais de laisser clairement reconnaître votre identité de femmes consacrées au Seigneur. Les chrétiens et ceux qui ne le sont pas ont droit de savoir qui vous êtes. Le Christ, notre maître à tous, a fait de sa vie un dévoilement courageux de son identité (cf. Lc 9, 26).

Courage et confiance, mes chères Sœurs ! Je sais que depuis des années vous avez beaucoup réfléchi sur la vie religieuse, sur vos Constitutions. Le temps est venu de vivre, dans la fidélité au Seigneur et à vos tâches apostoliques. Je prie de tout cœur pour que le témoignage de vos vies consacrées et le visage de vos Congrégations religieuses éveillent dans le cœur de nombreux jeunes le projet de suivre, comme vous, le Christ. Je vous bénis ainsi que toutes les religieuses de France œuvrant sur le sol de la patrie ou sur d’autres continents. Et je bénis tous ceux que vous portez dans votre cœur et votre prière.

Extraits de son discours aux religieuses apostoliques à Paris (rue du Bac), le 31 mai 1980, lors de son voyage en France


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