Une vie apostolique au service de la prédication

Le Père Ambroise-Marie Carré, religieux dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, fut un prédicateur éminent. Huit années de suite, il a donné des conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, de 1958 à 1966, communiquant sa passion pour le Christ. Dans son livre "Chaque jour je commence", dont nous donnons ici quelques extraits, il évoque la manière personnelle dont il a vécu cet apostolat de la Parole, très caractéristique des Dominicains.

Conférence de Carême à Notre-dame de Paris
© D.R.

Imaginez Notre-Dame de Paris envahie par la foule des grandes heures de la cathédrale, le premier dimanche de Carême 1925. Le bouleversement que provoqua en moi le père Sanson ne tint que partiellement à la beauté de sa voix, à la splendeur d’une action parfaitement accordée à l’ampleur du vaisseau, au sujet lui-même qui était abordé : l’inquiétude humaine. Le collégien de seize ans que j’étais – et qui changea plusieurs fois de place, tournant autour de la chaire pour mieux entendre, car il n’y avait pas de haut-parleurs – apprit ce jour-là qu’un orateur et son public peuvent entrer dans une telle communion qu’un être nouveau se forme, le temps d’un discours. J’étais autant subjugué par son éloquence pathétique que par les échanges qui s’établissaient et que je ressentais quasi physiquement. Le P. Sanson s’adressait à moi ; je lui posais des questions ; d’autres se savaient interpellés de même, et réagissaient au fond de leur conscience. Ne me demandez pas d’expliquer ce fait très mystérieux. Je ne puis que le relater. Grâce à lui le ministère de la Parole fut saisi par moi, d’emblée, au sein d’une communication ; il m’a séduit parce qu’il est le lieu d’une rencontre. (Chaque jour je commence, pp. 100-101)

J’ai passé beaucoup de temps, et j’en passe encore, à préparer mes moindres prédications ; cependant ma langue n’aurait pu se délier, et proférer quelque chose d’utile et d’assimilable pour autrui si mes oreilles ne s’étaient pas d’abord ouvertes. Le talent des orateurs n’est pas à négliger. Toutefois, j’en suis persuadé, le moins doué d’entre eux parviendra à surmonter ses déficiences s’il a gémi sur la surdité spirituelle, s’il en appelé à la grâce de Jésus, et s’il a écouté ses frères pour que de quelque manière chacun se reconnaisse dans ce qu’il dit. (p. 103)

Moi qui vous parle, s’écriait dans la cathédrale de Bordeaux le P. Lacordaire, pourquoi suis-je dans cette chaire ? C’est parce que j’aime Jésus-Christ. Oui, que voulez-vous ? Je L’aime.

La volonté de rendre témoignage à un amour m’a grandement soutenu dans les heures où mon isolement m’effrayait. Au moment de pénétrer dans un pays, dans une ville, qui m’étaient inconnus et où le soir même ou le lendemain je devais prendre la parole (…), la plupart du temps je me suis senti démuni, seul, terriblement seul, "inadapté". D’autant qu’il me fallait lutter en outre contre cette appréhension poignante qu’on appelle le trac. (…) On sourira sans doute, mais qu’importe ! Je me vois encore, un certain samedi soir, souhaitant que l’église où j’allais me rendre le lendemain fût victime d’un cataclysme. Je me suis ressaisi, certes, parce qu’il s’agissait de ce chef-d’œuvre d’art qu’est, à Paris, Saint-Séverin… mais aussi à cause de l’idée tenace d’un rendez-vous avec mon Seigneur. (p. 104)

Conférence de Carême à Notre-dame de Paris
© esprit-photo.com

Le Seigneur, dis-je, est au rendez-vous. Même lorsque l’auditoire semble se dérober, au cours de messes dominicales où l’agitation, voire l’exaspération des enfants, jointe au remue-ménage des retardataires, ferait perdre à n’importe qui ses moyens, Quelqu’un est là, Quelqu’un a toujours été là. Je venais pour porter témoignage, et c’est lui qui témoignerait en moi de son Père et de l’Esprit. (p. 105)

"Parce que je l’aime", c’est-à-dire : "parce qu’il m’aime", et que l’amour qu’il a éternellement pour lui utilise en cet instant mon cœur, ma voix, mes gestes, mes cris, mes silences, incarnant sa parole comme dans "une humanité de surcroît". Le jour où je compris cela, où j’ai su que Dieu m’attendait, une grande part de mes angoisses s’évanouit. Et mon goût natif pour la parole crût de plus belle… (p. 106)

Extraits de son livre "Chaque jour je commence"

NDLR : Le Père Ambroise-Marie Carré (1908-2004) était religieux dans l'Ordre des Prêcheurs (O.P. - Ordo Prædicatorum), plus connu sous le nom d'Ordre dominicain, né sous l'impulsion de saint Dominique en 1215.
Le Père Sanson était prêtre de l'Oratoire (Société de vie apostolique regroupant des prêtres séculiers, vivant en communauté sans prononcer de vœux de religion).


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