Vigilant dans la nuit : la prière du moine

À quoi servent les moines ? Que font-ils dans leur îlot de silence et de solitude, loin de la foule, de la publicité tapageuse ? S’ils ne vivent pas au milieu de l’activité trépidante de nos vies citadines, si l’on ne voit pas toujours très bien en quoi consiste l’essentiel de leur vie, leur présence nous est pourtant rarement indifférente…

Le Père Jérôme, moine de Septfons († 1985), décrit en une image saisissante le service accompli par la prière du moine en faveur de notre humanité.

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© esprit-photo.com

Imaginons une grande ville, le soir : les rues sont éclairées par des milliers de lampes ; dans les magasins, dans les bureaux, l’activité continue comme en plein jour. Avec la lumière, la force et la chaleur : par le courant qu’elles reçoivent, les usines travaillent, les machines tournent. Dans les foyers, le même courant permet de préparer les repas. Toute activité cesserait si le courant n’arrivait plus jusqu’à la ville, mais tant qu’il arrive, tout est vie, tout est lumière.

À des dizaines de kilomètres de là, dans une gorge perdue de la montagne, voici un torrent, un barrage et, au pied du barrage, une centrale. C’est une grande salle silencieuse et obscure. Une rangée d’énormes machines, comme des tours ou comme des bourdons de cathédrales, tournent sur elles-mêmes. Ce sont les génératrices.
Leur construction est si parfaite qu’aucun bruit ne révèle leur mouvement. Seules les ampoules de quelques lampes-témoins indiquent que tout marche. Pour le reste, pénombre, silence, solitude. Le seul point éclairé est, dans un coin, un petit pupitre sur lequel sont alignés des cadrans, des manettes. Devant ce pupitre se tient un homme. Que fait-il là, dans cette solitude, dans ce mystère ? Il met en marche ; il distribue ; et pour cela, il veille.

Or, cet homme, là-bas, ne doute pas de son rôle. Il sait pourtant que la lumière et la force, qu’il répartit au loin, ne viennent pas de lui ; il vit trop près du torrent pour se méprendre. Il sait que la puissance réside dans le torrent et qu’il n’a, quant à lui, qu’un rôle d’intermédiaire. Mais, de ce rôle, il a pleine conscience. Les exigences mêmes des gens de la ville l’obligent à en prendre conscience : si la lumière et la force cessaient un instant de leur arriver, ils n’accuseraient pas le torrent, ils accuseraient les veilleurs de l’usine : "Une coupure, encore ! Qu’est-ce qu’ils font donc, là-bas ?"

Aussi, ces hommes qui veillent là-bas savent-ils que leur présence près du torrent est nécessaire. Leur action cachée est un service ; et il leur suffit de l’avoir compris pour garder la certitude de sa noblesse, et pour en accepter l’austérité. Fidélité dans la solitude, vigilance dans la nuit.

Extrait du livre "Vigilant dans la nuit", Éditions Saint-Augustin, 1995 - (pages 56-57)- Avec l'aimable autorisation de l'Abbaye de Septfons


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