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La seule offrande qui plaît à Dieu : "nous-mêmes" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal André Vingt-Trois - Extraits de l'homélie de la messe du 14 juillet à Sydney   

Comment comprendre les paroles du Christ : "Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera."

[…]

Dans leur brutalité, dans leur violence même, car vous avez entendu, si du moins les mots simples que j'ai dits ont percé votre oreille pour atteindre votre intelligence, que ce ne sont pas des instructions de guimauve : "Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suis pas n'est pas digne de moi, celui qui voudra garder sa vie, la perdra ; celui qui perdra sa vie à cause de moi la gardera". Ce sont des paroles très fortes, comme si Jésus, alors qu'il est en train de monter à Jérusalem et que le conflit qui a commencé à l'opposer à d'autres va monter et que l'on va assister bientôt au drame qui conduit à sa passion, sa condamnation et sa mise à mort, comme si le Christ voulait préparer les disciples à être témoins de ces événements, non pas comme des événements exceptionnels ne pouvant arriver qu'à Jésus mais comme des événements appartenant à sa mission, que donc il transmet en même temps qu'il transmet sa mission.

Nous entendons cela avec un petit peu d'inquiétude, mais en même temps avec suffisamment de distance pour ne pas prendre tout cela avec trop de sérieux quand même. "Ça n'était que pour les Apôtres !". Mais l'Évangile n'était pas que pour les Apôtres, l'Évangile était pour le monde entier, pour tous les hommes. La Bonne Nouvelle n'est pas que pour les Apôtres, elle est pour tous les hommes. La mission confiée par Jésus aux Douze n'est pas que pour les Apôtres, elle est pour tous ceux qui entendront son appel et se mettront à sa suite. La mission n'est pas forcément pour tous : il en est qui préféreront avoir moins d'embêtements et ne pas se lancer dans la bagarre. Il est des hommes qui préféreront arranger leur vie pour avoir le moins d'embêtements possibles, plutôt que la laisser perdre, plutôt que de la donner. L'appel de Jésus ne s'adresse pas à ceux que cela n'intéresse pas.

Mais entre l'inquiétude et le désintérêt, l'espace est large, chacun peut trouver sa place. Peut-être ne sommes-nous forcément prêts, aujourd'hui, à entendre ces paroles chacun pour soi-même. C'est normal. Il m'a fallu à moi un tas d'années avant que je crois sérieusement que Jésus disait cela pour moi. En attendant, je m'arrangeais un peu. Je m'arrangeais dans tous les sens du terme, bien sûr : je m'arrangeais avec ces paroles et je m'arrangeais, je m'améliorais quand même en tant que chrétien, un peu, un peu plus, un petit plus... Mais vous avez entendu dans ces paroles du Christ qu'il ne s'agit plus de l'ordre de la quantité ou du degré mais de la qualité. Il ne s'agit plus d'être un peu plus ceci ou un peu moins cela, d'en donner un petit peu plus ou un petit peu moins, il s'agit de tout donner, de se donner tout entier.

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arrivée de la Croix des JMJ - © WYD 2008
En attendant, car nous ne sommes les seuls à prendre notre temps et les délais nécessaires pour prendre les grandes décisions, on organise des fêtes. Vous l'avez entendu dans le livre du prophète Isaïe : à défaut de convertir les cœurs, on convertit les chants, les cantiques. On organise de grandes fêtes, des fêtes monstres, où l'on fait étalage de nos bons sentiments. Si cela peut passer à la télévision, c'est encore mieux. A défaut, on fait confiance à Dieu qu'il jette un œil là-dessus quand même et se dise : "C'est pour moi qu'ils font tout cela". Seulement, vous l'avez entendu : "Très bien, profitez de vos fêtes, mais ce que je veux, ce qui me plaît, ce ne sont pas vos fêtes, ce sont vos cœurs. Si, en plus, vous êtes en fête, tant mieux ; si vous êtes heureux de donner votre cœur, c'est très bien. Mais essayez de ne pas donner les chansons à la place du cœur". Dieu veut bien recevoir nos fêtes et nos chants et nos danses et nos offrandes, à condition que nous ne lui refusions pas la seule offrande qui lui plaise, c'est-à-dire nous-mêmes. Vous savez : quand on fait des promesses de don, on ne les réalise pas toujours. Faire des promesses de don nous fait du bien : je ne suis pas mal, j'ai promis un don. Si je suis un peu mieux encore, je fais le don que j'ai promis. Dieu ne demande pas des promesses, il demande le don réel, tout de suite, dès qu'on entend sa Parole et qu'on la comprend, dès qu'on est prêt. Il nous demande tout. Alors, je trouve qu'entendre tout cela la veille de l'ouverture officielle des Journées Mondiales de la Jeunesse est une chance formidable.

[…]La porte s'ouvre : à celui qui frappe, on ouvre, et le Seigneur dit : "Entre, si tu veux". Si tu veux, tu entres, mais entrer, cela veut dire que tu vas faire un pas de plus, que cette parole du Christ va devenir un peu plus vraie pour toi ; que tu vas accepter, peut-être pas ce soir, ni demain matin ou la semaine prochaine, mais à partir d'hier, de demain, de ce soir, de la semaine que nous allons vivre, tu vas accepter d'entendre la question : "Que veux-tu faire de ta vie ? Veux-tu la garder, la défendre, la protéger, ou es-tu prêt à la donner ?"

Si tu es prêt à la donner, tu vas vivre une belle aventure dont nous ne savons pas ce qu'elle sera mais que tu découvriras jour après jour, une aventure d'amour et de joie. Je vous propose que, ce soir, nous prions les uns pour les autres pour que nos cœurs soient ouverts à cet appel du Christ à donner, non pas seulement notre joie, nos chants et nos fêtes, mais à donner nos cœurs qui sont le vrai cadeau qui plaît à Dieu. En donnant nos cœurs, nous ouvrons notre vie pour qu'il la conduise, là où il veut, comme il le veut, avec qui il veut, pour la joie du monde. Amen.

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