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Page 2 sur 4 Comment devient-on saint ? Pour nous, le saint, c’est d’abord une image, un vitrail, un tableau, une histoire. Souvent, on ne connaît du saint que le produit fini, le saint canonisé. On connaît moins bien le chemin qui l’a conduit à la sainteté mais cela, il faudrait que chaque chrétien tâche de l’apprendre. Comment devient-on saint ? Que faut-il faire ? Dans la tradition chrétienne, nous avons deux mouvements apparemment contradictoires, en tous cas assez différents qui nous aident à comprendre comment on aborde la sainteté. Ces deux mouvements sont représentés dans le Nouveau Testament : Le premier mouvement pourrait être appelé le volontarisme. Dans cette perspective, la sainteté est une espèce de challenge, de record à battre, de combat permanent contre soi-même, le monde, ses tendances, contre la beauté, contre tout ce qui nous tente. Choisir non pas ce qui nous plaît le plus, mais ce qui est le meilleur, non pas ce qui nous est le plus agréable mais ce qui nous coûte le plus, une éducation à la rectitude morale.  © esprit-photo.com On ne fait pas de bons chrétiens, et a fortiori des saints, avec des gens qui vivent dans le mal. Pour progresser dans la sainteté, il nous faut déjà exercer un jugement moral sur notre vie, regarder ce qui est bien, ce qui est mal. Avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il y a chez nous des choses qui sont mauvaises et qu’il nous faut corriger, des choses qui sont bonnes et qu’il nous faut développer. Bref, vivre avec une conscience active. Dans l’Evangile, le Christ nous dit que le chemin est escarpé qui mène au Royaume, qu’il faut choisir la porte étroite, que la porte qui permet d’entrer est réduite : si l’on est chargé de trop d’embarras, d’attachements, de biens, on ne peut pas passer, on est bloqué. Bref, il y a à vivre tout un cheminement le long d’une pente montante, d’une pente d’efforts, de décisions et de travail. L’autre orientation, on peut la nommer quiétisme. On y reste sans agir. C’est l’orientation qui consiste à dire : la sainteté est un pur don de Dieu, on n’y peut rien du tout ! Dans sa version la plus commune, il y aurait pour chacun de nous comme une sorte de prédestination, de fatalisme qui fait que les uns naissent avec une auréole qui plane au-dessus de leur berceau et que tout semble alors concourir à leur sainteté tandis que d’autres naissent avec de sombres nuages et toute leur existence est une sorte de cataclysme. Dieu devrait nous prendre tels que nous sommes, nous ne pouvons pas changer grand-chose : "J’ai mauvais caractère, je suis menteur, je suis paresseux… Je n’y peux rien, il faut me prendre comme je suis !" Il y a une espèce de résignation qui nous conduit à dire : "Si Dieu veut que je sois saint, c’est son problème, qu’Il se débrouille !" Cette tendance existe aussi dans le Nouveau Testament. Après le dialogue avec le jeune homme riche et Jésus dans l’Evangile, il nous est dit que les disciples, qui ont entendu ce que Jésus lui a dit : "Une seule chose te manque, va, vends tous tes biens, distribue-les aux pauvres, puis viens, suis-moi !", demandent : "Si c’est ça, qui pourra être sauvé ?" Qui pourra être saint si la sainteté est à un tel prix ? Et le Christ répond : "Aux hommes c’est impossible mais rien n’est impossible à Dieu." Il y a deux manières de concevoir la vie chrétienne : une vie chrétienne de l’effort, du combat, de la lutte et une vie chrétienne de la grâce, de l’abandon mais peut-être aussi de l’inactivité, de l’inaction. Une dualité qui est signe de notre liberté En réalité, il faut tenir les deux ensemble, car c’est Dieu qui nous sanctifie par le don de Son Amour et de Sa Vie. Ce n’est pas nous qui nous faisons saints, c’est Dieu qui nous sanctifie, qui nous engendre à une vie nouvelle. Nous ne devons pas vivre comme ceux qui n’ont pas d’espérance ; cette vie nouvelle doit transformer notre manière de vivre jusque dans ses habitudes les plus quotidiennes. Cette double dynamique, la dualité qui habite notre cœur est le signe de notre liberté.  © esprit-photo.com L’épître aux Romains (Rm 7, 14-23) nous aide à comprendre ce chemin : "Nous savons que la Loi est spirituelle mais moi, je suis un être de chair vendu au pouvoir du péché. Ce que je fais, je ne le comprends pas, car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je hais, je reconnais, d’accord avec la Loi, qu’elle est bonne. En réalité, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, c’est le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien n’habite en moi, je veux dire dans ma chair. En effet, vouloir le bien est à ma portée mais non pas l’accomplir, puisque je ne fais pas le bien que je veux et je commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais le mal que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, c’est le péché qui habite en moi. Je découvre donc cette loi : quand je veux faire le bien, c’est le mal qui se présente à moi. Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres, qui lutte contre la loi de ma raison et qui m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres." Saint Paul nous décrit le combat intérieur de la liberté par laquelle nous sommes confrontés à l’appel de la Volonté de Dieu en nous et au dynamisme de la concupiscence, du désir de satisfaire notre propre volonté. Ce combat de la liberté est le lieu où se joue la sainteté. Là, nous sommes invités à tout recevoir de Dieu, mais nous sommes invités aussi à tout faire selon nos propres forces pour correspondre à ce don de Dieu.
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