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Page 4 sur 4 Troisièmement : Discerner ce que Dieu désire A ces mots, les disciples restèrent tout interdits : "Qui donc peut être sauvé ?" disaient-ils. Fixant sur eux Son regard, Jésus leur dit : "Pour les hommes c’est impossible mais à Dieu tout est possible." Là, nous retrouvons la question des états de vie. Parce que c’est très beau de dire : "Va, vends ce que tu possèdes et suis-moi.", mais si vous êtes père ou mère de famille, ce n’est pas vraiment ce que vous pouvez faire. La Volonté de Dieu dans votre vie n’est pas d’abandonner vos responsabilités, de quitter ceux dont vous avez la charge pour aller courir l’aventure de la sainteté. La sainteté pour vous est dans la fidélité de votre vie telle qu’elle est avec ses contraintes, ses obligations, ses charges.  © esprit-photo.com Il n’est pas plus difficile d’être chrétien dans la vie religieuse que de l’être dans la vie laïque, au contraire. Car la vie religieuse, si elle est vécue selon son sens, réunit les conditions pratiques de la liberté : la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, la vie fraternelle… Tout quitter pour suivre le Christ. Alors, quand c’est sa vocation et qu’on y a répondu, c’est un chemin relativement bien balisé. Mais quand vous avez une famille, que vous devez tenir une maison, un emploi, une responsabilité dans la société, que veut dire "tout quitter" ? Un saint nous a éclairés sur ce sujet, c’est saint François de Sales. Il explique délicatement à ses pénitentes que la sainteté n’est pas réservée à ceux qui ont un chemin particulier, elle est proposée, offerte et demandée à tous et dans toutes les conditions et tous les états de vie. Alors, il y a plusieurs manières de répondre à l’ordre du Christ de tout quitter. Il y a la manière immédiate qui correspond à la vocation de se donner physiquement, pratiquement, concrètement, tout de suite, pour le Royaume. Et puis il y a la manière qui consiste à le faire dans l’étalement du temps, où l’on apprend à se donner et à se détacher année après année. Nous avons besoin de temps pour devenir vraiment libres et être capables de passer de ce monde au Père. Il nous faut toute une vie pour entrer dans ce chemin de libération, de délivrance qui nous amène au point où rien ne compte que la Volonté du Père et le choix de Dieu, où plus rien ne sert que le face à face avec celui qui nous appelle, où tout ce qui constitue notre vie est devenu inutile car on est arrivé à la délivrance du cœur par rapport à tout le superflu, pas par mépris ou par haine mais parce que le chemin a été parcouru, parce que l’on a suivi la Volonté de Dieu en toutes choses à travers les contraintes de l’existence, on arrive au moment où la liberté est enfin purifiée et capable de se donner complètement. Je voudrais vous citer l’exemple de quelqu’un qui n’est pas canonisé. Il s’agit d’Edmond Michelet qui a été un grand résistant pendant la Seconde Guerre mondiale puis un homme politique français. Il vaut la peine de regarder sa vie de laïc engagé dans la vie professionnelle, sociale, politique, la manière dont il a vécu ses engagements chrétiens. Il n’a pas simplement satisfait des obligations parce qu’il était un homme de devoir, mais il a vécu de la volonté et de la grâce de mettre en œuvre la charité divine dans un univers dont ce n’est pas vraiment la qualité première. D’abord à travers la prison, les camps de concentration où tout était organisé pour dépersonnaliser, dévitaliser l’âme de l’homme. Il y a mis en pratique au prix de risques et de dangers la charité chrétienne et la solidarité humaine, quotidienne, même quand cela voulait dire prendre le pain qui permet de survivre pour aider un autre à vivre, aller vers quelqu’un au risque de se faire tuer… C’est la sainteté dans les conditions de l’existence humaine. Quand, devenu homme politique après la guerre, il a essayé de mettre en pratique la loyauté, la fidélité chrétienne, le sens de la miséricorde et de la justice dans ses responsabilités de ministre, on sait que ce fut un témoignage et on se dit : "voilà un homme qui ne renonce pas à ses charges, qui fait ce qu’il doit faire mais qui le fait avec une âme et un amour auquel on n’est pas habitué, pour qui les luttes politiques n’ont jamais signifié la haine, pour qui les différences d’opinion n’ont jamais signifié la rupture des relations ni de l’estime". Et on voit comment la Volonté de Dieu peut transformer une existence humaine. Voici encore quelques versets de l’épître aux Romains pour éclairer cela (Rm 12, 1-2). "Je vous exhorte donc, frères, par la Miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu, c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la Volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de Lui plaire, ce qui est parfait."  © esprit-photo.com Celui qui désire et qui marche vers la sainteté est celui dont le jugement renouvelé par la grâce de Dieu transforme sa liberté et sa volonté et lui fait discerner ce que Dieu désire.Quatrièmement : Avoir le souci de son salut Pour terminer je vous rappelle, pour qu’il n’y ait de doute pour personne, que le désir de sainteté et de la conversion n’est pas un égoïsme sacré ! Il arrive que certains chrétiens trouvent que nous avons trop le souci de notre salut. Peut-on avoir trop le souci de son salut ? Et que pouvons-nous désirer de mieux et de plus important ? La sainteté n’est pas un isolement, une sorte de radeau de la Méduse où l’on aurait ramassé les quelques privilégiés qui ont réchappé à la fureur des flots et qui laissent les autres sombrer en espérant qu’ils ne seront pas trop nombreux à se cramponner au radeau. Ainsi, on essaie d’instiller la mauvaise conscience dans l’esprit de ceux qui s’inquiètent de leur avenir et du désir d’être saints. On voudrait leur faire croire que, pour aider les pécheurs, il vaudrait mieux se faire pécheurs. Il n’est pas sûr du tout que ce soit le bon moyen, car on ne guérit pas les gens en se faisant malade avec eux ! On guérit les gens en leur apportant la santé. Alors je vous rappelle, pour apaiser vos inquiétudes si vous en aviez, ce que saint Matthieu dit à ce sujet (Mt 5, 13) : "Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel vient à s’affadir avec quoi va-t-on saler ? Vous êtes la lumière du monde, une ville ne peut se cacher qui est située au sommet d’un mont, et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau mais sur le lampadaire où elle brûle pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller aux yeux des hommes pour qu’en voyant vos bonnes œuvres ils en rendent gloire à votre Père qui est dans les Cieux." Votre lumière doit briller aux yeux des hommes. Notre désir de sainteté, notre marche dans la sainteté ne nous font pas renoncer à servir nos frères. Ils nous font au contraire travailler à éclairer leur chemin en faisant naître en eux une espérance imprévisible : que les deux forces qui habitent le cœur de l’homme, le désir du bien et le désir du mal, ne sont pas deux forces équivalentes dont le combat a une issue incertaine mais qu’il y a dans la grâce de Dieu une force pour la liberté humaine qui nous permet de vouloir et de choisir le bien, de laisser la puissance de l’Amour transformer notre existence et donner à tous le signe qu’il est possible de devenir des saints ! Cet article est une conférence donnée par Monseigneur Vingt-Trois, à Paray-le-Monial, sous le titre "Soyez saints comme je suis saint". (Le ton oral a été respecté. Les titres de paragraphe sont de mavocation.org)
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