Tu as découvert l’importance de la prière intérieure, appelée encore oraison. Mais tu t’interroges sur ce qu’elle est réellement et sur les moyens d’y accéder. Voici quelques indications puisées chez un maître en la matière. (1)Nous vivons habituellement dans les zones les plus extérieures de nous-mêmes : au niveau des sensations, des sentiments ou des idées. Et ce sont les seuls dont nous ayons conscience. Mais il existe en nous une zone plus profonde.
Peut-être l’as-tu, parfois, entr’aperçue. C’est le “cœur”, non au sens actuel et sentimental du terme, mais au sens biblique où il désigne le centre de l’être, là où Dieu habite et agit. L’éveil du “cœur” est un grand moment de la vie spirituelle. La prière intérieure y prépare. Une relation “Je-Tu” En fait, la prière nous est donnée. Nous n’avons pas à la fabriquer. Tout notre effort, c’est de la rejoindre. Précisément au fond de nous, dans notre “cœur”. Saint Paul nous le dit : nous ne savons pas prier comme il faut. Mais l’Esprit vient au secours de notre faiblesse. Il forme en nous la prière filiale : “Abba, Père bien-aimé !” (Rm 8). Il s’agit, peu à peu, de la faire nôtre en vérité. Et pour cela d’entrer en relation vivante avec le Fils. Une relation personnelle, une relation “Je-Tu” qui est proprement celle de l’amour et qui est la prière même. Une telle relation intime se nourrit par la fréquentation assidue de l’Évangile où nous découvrons les gestes et paroles du Christ, où nous entrons dans sa propre prière : “Père, je te rends grâce...” Je veux ce que tu veux En contemplant le Christ en prière, nous pouvons saisir l’essentiel de celle-ci. Il n’est pas dans un “je sens”, ni dans un “je pense”, ni même dans une attention sans faille. Il est dans un “je veux”, dans l’adhésion de ma volonté à la volonté de Dieu. Ainsi l’oraison n’est pas affaire d’attention, ni de sensibilité, ni d’affectivité intellectuelle — même si ces éléments peuvent y entrer — mais d’amour. C’est une orientation du “cœur” volontairement prise. La formule en est la prière même du Christ à son Père, lors de l’agonie à Gethsémani : “Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.” Un long cheminement est nécessaire pour arriver à cette adhésion plénière. Un long cheminement dans la prière. Pas à pas  © esprit-photo.com Le cheminement commence par une décision ferme : consacrer chaque jour un moment pour “rencontrer” le Christ dans la prière intérieure. Et s’y tenir.Dès le début, établir la relation “Je-Tu” avec le Christ. Je rencontre Quelqu’un. Je lui dis : “Seigneur, je sais que tu m’attends, que tu m’entends, que tu me regardes, que tu m’aimes. Me voici pour t’écouter et chercher ce que tu veux de moi.” Au cours de la prière, renouveler le “je veux” du début pour affermir mon orientation spirituelle profonde, rectifier mon élan vers Dieu. Cela continue, sinon à éliminer les “distractions”, du moins à les rendre inoffensives. Dieu fait moins attention à mes défaillances qu’à mon “je-veux-être-tout-à-toi” foncier. Dans la ferveur, éviter que le “je veux” ne se relâche et ne se dissolve dans le “je sens”. Il y a toujours un risque de se replier sur soi-même et sur ses émotions. Dans l’ennui, renouveler plus explicitement le “je veux” : “Je veux, Seigneur, ce que tu veux de cette oraison. Fervente ou désertique, comme tu veux.” Et surtout ne pas la raccourcir. Et si le “je veux” me paraît encore bien difficile, je prendrai la formule plus humble, mais non moins vraie, non moins décisive : “Je voudrais bien”. “Je voudrais bien arriver à vouloir ta volonté, Seigneur.” Il y a tant d’humble amour dans ce conditionnel. Le “je veux ce que tu veux”, c’est l’amour. Et l’amour seul nous unit à Dieu. Il nous livre à son action créatrice et re-créatrice : alors l’Esprit de Dieu travaille au plus profond de notre être pour nous rendre plus vivant, spirituellement vivant. “O toi qui es chez toi dans le fond de mon cœur, je veux ce que tu veux dans le fond de mon cœur.” (1) Henri Caffarel : “Cinq soirées sur la prière intérieure”, Feu Nouveau, 1980 |