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Dieu a-t-il une volonté particulière sur chacun de nous ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Père Michel Rondet   
Sommaire de l'article
Dieu a-t-il une volonté particulière sur nous?
Une question à convertir
Dieu nous précède
Ma réponse à Dieu, fruit de ma liberté

Pour le dialogue de deux libertés

ImageL’amour de Dieu nous précède ; nous ne finissons jamais d’en prendre conscience et d’en rendre grâce. Mais comme nous le rappelle saint Paul cet amour "s’est anéanti lui-même" (Ph. 2,7) devant notre propre liberté, ayant pris pour nous éternellement la figure du Serviteur. C’est dire qu’en nous appelant à la communion Dieu n’a d’autre désir que de consacrer notre liberté, de lui offrir un horizon qui la dilate elle-même jusqu’à l’infini : "Demeurez en moi comme moi en vous. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète" (Jn 15, 4, 11). Si Dieu a bien un désir sur nous, c’est d’abord celui de nous voir porter du fruit : "Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure" (Jn 15,16). On ne peut mieux souligner à la fois l’antériorité du désir de Dieu et son vœu profond : nous voir assumer pleinement notre liberté. Comme l’amour suscite l’amour, la liberté éveille la liberté : celle de Dieu éveille celle de l’homme.

Aussi pour apprécier la qualité spirituelle de ma réponse à Dieu, faut-il encore la relire du point de vue de ma propre liberté. Est-elle fruit de ma liberté profonde, est-elle une vie qui s’assume réellement elle-même ? Je reconnaîtrais que ma décision rejoint la volonté de Dieu, si je peux dire qu’elle me rend plus libre, c’est-à-dire si elle introduit dans ma vie cohérence et sens, si elle unifie mon passé en lui ouvrant un avenir. Nous touchons là à une des caractéristiques les plus profondes d’une décision spirituelle. Elle va unifier ce qui n’était encore dans mon passé que touches successives. Elle va tisser dans ma mémoire des liens que je n’avais pas encore perçus, introduire dans le discontinu apparent de mes grâces et de mes faiblesses une continuité nouvelle. Et en même temps, elle m’ouvre un avenir, le passé ainsi réunifié fait apparaitre des possibilités neuves. Ce qui aurait paru impossible ou insensé devient naturel. Quand, à son retour de Jérusalem, Ignace de Loyola prend la décision d’aller à l’école, ce choix unifie tout un passé de grâces autour d’une motion spirituelle reconnue comme fondamentale : le désir d’aider les âmes. Il ouvre en même temps un avenir, qu’Ignace ne perçoit pas encore, mais qui va s’inscrire dans la logique de ce choix : la fondation de la Compagnie.

Il pourra dire en vérité que cette fondation est tout entière œuvre de Dieu dont l’amour l’a précédé et guidé à toutes les étapes de sa vie. Nous pouvons dire, nous, que c’est l’œuvre d’Ignace, de sa générosité, de sa fidélité, de sa lucidité : elle porte la marque de sa liberté. Faut-il alors parler d’une volonté de Dieu ? Nous sentons bien que toute alternative de ce type laisse de côté la vérité profonde : celle d’une rencontre, d’une communion de deux libertés qui se retrouvent dans une œuvre commune.

Pour le bien de tout le corps

Parler de volonté particulière de Dieu sur chacun de nous demande une précision. Dans la Bible toute vocation est individualisée : des hommes, un peuple. Mais saint Paul nous rappellera que toute grâce est donnée pour le bien de tout le corps. Si l’on veut évoquer les grandes étapes de l’histoire du salut : ce sont des noms que l’on va voir apparaître : Abraham, Moïse, David, les Prophètes, Jésus. Des noms propres avec leur destinée bien particulière, mais aucun d’eux ne peut se comprendre sans référence à sa place dans l’histoire commune. Il n’y a de saints que dans la communion des saints, dans le cheminement du peuple de Dieu vers le Royaume. Aussi discerner la volonté de Dieu sur ma vie, est-ce toujours m’interroger sur ma place dans le Corps du Christ. Non pas celle qui me serait assignée, mais celle que je peux, que je désire prendre. Quel membre serai-je pour le bien de tout le Corps? Là encore la réponse m’appartient et Dieu l’attend de moi, généreuse et neuve, pour se réjouir de ma solidarité, comme Il s’est réjoui de ma liberté.

Sommes-nous sujets d’une volonté particulière de Dieu?

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© esprit-photo.com
Nous avons à discerner dans nos vies les appels de Dieu, et il serait insensé de dire qu’il n’y en a pas. Dieu ne cesse de nous créer par sa Parole, nous n’existons que dans cette Parole qui nous appelle aujourd’hui à la vie. A nous de reconnaître les paroles multiples qui traduisent cette Parole créatrice, comme un enfant devient attentif aux mots qui l’appelle à sortir de lui-même. C’est souvent en tentant de relire notre vie sous le regard de Dieu, en faisant mémoire de son amour et de sa fidélité pour nous, que nous deviendrons sensibles aux appels qu’Il nous adresse. Plus qu’une volonté précise, exprimée en règle de vie, ces appels nous diront le désir de Dieu, son attente et son espérance : nous voir inventer peu à peu notre réponse. Nous pourrons donc accueillir sans angoisse les hésitations, les échecs et les ambiguïtés de nos choix. Comme le disait Emmanuel Mounier : "Dieu est assez grand pour faire de nos erreurs même, une vocation".

Il y a plusieurs demeures dans le maison du Père, Dieu attend que nous y édifions la nôtre et Il est avec nous au travail.

 

Pour aller plus loin, on peut lire :
J. THOMAS : Ignace, pélerin de Dieu. Supplément à Vie Chrétienne, n° 298, en particulier les pages 16 à 22 : la volonté de Dieu.
GARRIGUES, revue régionale de culture chrétienne, éditée au Centre de la Baume, chemin de la Blaque, 16090 Aix-en-Provence, n° 22 " Choisis donc la vie" et n° 27 "Relire sa vie pour y lire Dieu ".
J-P. de CAUSSADE : " L’abandon à la providence divine ", DBB, collection Christus n° 22.

Paru dans Christus N°153 HS sur l’accompagnement spirituel
Avec l’aimable autorisation de la revue Christus



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