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24 heures avec le Père Gilles Reithinger, prêtre des missions étrangères de Paris, à Singapour Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Père de Dinechin   

ImageFière et moderne, l'île de Singapour, longue de quarante kilomètres et large de vingt, abrite près de quatre millions d’habitants. On profite des heures matinales en cette région tropicale, chaude et très humide : tôt le matin la grande cité de Singapour est déjà éveillée.

5 h 30. Le Père Gilles Reithinger se lève. Son temps appartient au Seigneur : avant toute chose, il prie. Une demi heure d’oraison et l’office des laudes. C’est au séminaire qu’il a appris l’oraison : cœur à cœur silencieux, relation vivante avec Celui qui lui permettra de rencontrer les autres durant la journée. "Pour que je puisse trouver le Christ dans les autres, je cherche à être d’abord son intime." De ce moment de prière, il gardera une parole biblique qui habitera sa mémoire au long du jour. Jusque là, il est resté dans sa chambre ; s’il avait mis le pied dehors, il aurait déjà été sollicité pour la confession par des paroissiens flânant autour de l’église.

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© P. Gilles Reithinger
6 h 30. Il célèbre la messe. Déjà deux cents personnes dans l’église les jours ordinaires. Les jours de fête, bien des chrétiens n’hésitent pas à filer au travail sans avoir pris leur breakfast si la messe a duré plus longtemps que d'habitude. Avec des étudiants, Gilles prend son petit déjeuner sur place, à la paroisse. Voir ainsi les chrétiens venir à la paroisse, non seulement pour la prière, mais aussi pour des repas et de nombreuses activités, fut pour Gilles une surprise. Un paroissien à qui il confiait son étonnement lui disait : "Le plus fantastique, ce n’est pas le nombre des activités, c’est que le Christ est vivant chez nous !"

Gilles est prêtre des Missions Étrangères de Paris (MEP). Destiné à exercer son ministère sacerdotal en Asie, il lui est demandé d’apprendre le Chinois. Sa mission à Singapour commence donc par trois années d’apprentissage de la langue chinoise. Le voilà donc pour la matinée à l'École de langue, seul chrétien du groupe. Personne ne sait ce qu’est un prêtre ; seulement quelques vagues clichés sur le catholicisme des siècles passés. L’un de ses professeurs, bouddhiste, est intrigué : il cherche à comprendre, pose des questions, et se met à lire la Bible. Au milieu de bouddhistes, de musulmans, et d’autres religions présentes dans cette classe, Gilles est déjà missionnaire : il veut être en priorité tourné vers les non-chrétiens. Curieux de découvrir ce qu’il ne connaît pas encore, il cherche par l’apprentissage de la langue à percer et comprendre une culture nouvelle : "J’avance vers l’inconnu, avec l’UN connu !", aime-t-il à dire.

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© P. Gilles Reithinger
Ce n’est pas la première fois que Gilles se retrouve en pays étranger : lors de ses deux années de coopération à Madagascar, puis plus récemment pour une année à Londres afin d'étudier l’anglais. Découvrir une nouvelle culture, c’est à chaque fois découvrir un nouveau visage de l’homme. "Chaque fois, j’ai perçu que c’est le Christ qui me donnait rendez-vous ; et aujourd’hui à Singapour, je sais que le Christ a quelque chose de précis à me dire, c’est ici qu’il voulait le faire et pas ailleurs."

A midi, Gilles retourne déjeuner à la paroisse. Il y retrouve deux prêtres chinois et un indien qui sont aussi des prêtres diocésains envoyés par l’évêque pour la même mission. Il tient beaucoup à ce repas car, parmi eux, Gilles ressent tour à tour l’amitié fraternelle qui les lie dans une mission commune, et la particularité de ne pas parler la même langue et de ne pas avoir la même culture.

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© P. Gilles Reithinger
A nouveau, cours de chinois à l’école de langue, en ce début d’après-midi. Mais d’où lui vient cette passion pour le chinois ? A Mulhouse, à l’âge de quatorze ans, le curé lui avait demandé : "N’as-tu pas pensé à devenir prêtre ? – Pas spécialement !" "Cependant, tout de suite j’en ai parlé à mes parents qui m’ont dit : 'Qu’est-ce que tu en penses ?' - Pourquoi pas ! – Eh bien passe d’abord ton bac.' Depuis ce jour, l’idée m’a poursuivi et ne m’a pas quitté." Ensuite, ce furent la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne), des engagements en paroisse, puis les études de biologie en alternance. Les études finies, il entre au séminaire de Strasbourg. Dès ce moment, un appel qui vient de plus loin refait surface. "J’ai compris que la mission, c’est mon appel. Là se trouve le sens profond de ma vocation : tout quitter et partir au loin." Un appel à tout quitter pour suivre le Christ. Cet appel personnel devient une mission de l'Église le 29 juin 1999, jour de son ordination sacerdotale, lorsque Gilles est envoyé à Singapour, "pour le monde chinois".

A Singapour, l'Église a une image très positive ; et pourtant, un prêtre cela étonne beaucoup. Ici d’ailleurs, il y a très peu de vocations sacerdotales. Comment peut-il se faire qu’un homme jeune et diplômé choisisse une voie où l’on ne gagne pas d’argent ? La question redouble à l’égard de Gilles : "Qu’est-ce qui peut motiver un jeune Français à tout quitter pour venir chez nous pour un salaire ridicule ?" Voilà qui étonne.

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© P. Gilles Reithinger
16 h. Retour à la paroisse Holy Family qui est en pleine effervescence. L’église et le centre pastoral viennent d’être construits. Six cents personnes pouvaient entrer dans l’ancienne église ; aujourd’hui ce sont deux mille fidèles qui peuvent participer à chacune des messes dominicales. A côté de l’église, un autre local, l’adoration room. Toute la journée, on s’y presse pour un temps silencieux auprès du Saint-Sacrement. L’employée de maison y côtoie le directeur d’entreprise qui a garé sa grosse voiture devant la porte. Combien de temps y reste-t-on ? Les premiers évangélisateurs disaient : "Le temps qu’il vous faut pour remettre toute votre journée au Seigneur". Alors c’est assez variable de l’un à l’autre. Bon nombre de chrétiens viennent ainsi tous les jours à l’adoration room. Divers groupes se réunissent après le travail : des groupes de jeunes, des groupes de préparation aux sacrements (près de deux mille baptêmes l’an dernier à Singapour), groupes de prière, Équipes Notre Dame, Légion de Marie. Des associations caritatives se sont aussi beaucoup mobilisées lors des événements du Timor.

Pour le dîner, Gilles est invité par une famille. Mais ils n’iront pas forcément dans l’appartement familial. Comme chaque soir, cette famille se rend dans un coffe-shop ; il y en a des centaines dans les rues avoisinantes. Les gens travaillent beaucoup. Pas le temps de faire la cuisine en famille, et le coffee-shop est économique. Jamais Gilles n’a dîné seul !

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© P. Gilles Reithinger
Comment un chrétien devient-il missionnaire ? "Quand on laisse le Christ pénétrer en soi, nos relations avec les autres changent. C’est cela qui tisse une communauté." Laisser le Christ pénétrer en soi ! Comment le réaliser ? Ce soir, avec une trentaine de chrétiens, groupe biblique hebdomadaire. Gilles y est très attaché. L’amitié fraternelle naît entre les membres par une lecture en commun de la Bible. Chacun y partage le fruit de sa méditation pendant la semaine ; et en deux ans le groupe projette de lire la Bible en intégralité.

Lorsque Gilles monte dans sa chambre, fatigué, il ne se couche pas sans s’arrêter longuement pour l’oraison silencieuse. L’agitation fait place, peu à peu, à la paix profonde dans laquelle sa mission s’unifie. Chaque souci trouve sa place dans la Lumière, selon la Parole qui habite Gilles telle une devise : "Espérer au-delà de toute espérance"(Rm 4, 18). Ainsi continue-t-il d’avancer vers l’inconnu avec l’UN connu.

NDR : le Père Reithinger est revenu d’Asie. Il s’occupe actuellement du Service Animation des Missions Etrangères à Paris, 128 rue du Bac (Paris - 7ème).

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