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Alors que dans les années 1968, Paris était en pleine effervescence, Francine, étudiante en Sorbonne, portait secrètement en son cœur cette question : “Est-ce que cela ne vaut pas la peine que je donne ma vie à Jésus ?” A quinze ans, en effet, elle avait découvert le Christ comme quelqu’un de vivant qui l’aimait telle qu’elle était.
Et plus tard, licenciée ès lettres et documentaliste à la Bibliothèque Nationale, elle découvrait la vie de saint François d’Assise à travers un film. Lumière  © Clarisses de Paris C’est ainsi qu’aujourd’hui, Francine est religieuse clarisse à Paris. Le monastère est un lieu de “présence silencieuse qui crie à tous les hommes de notre temps que Dieu existe et qu’Il les aime.”A six heures chaque matin, la cloche réveille les seize religieuses âgées de trente-deux à quatre vingt-huit ans. Elles se retrouvent dans la chapelle pour chanter Laudes et faire une demi-heure d’oraison. Sainte Claire, fondatrice de l’ordre, disait : “Regardez Jésus dans l’Évangile, contemplez-le.” La messe constitue le temps fort de la rencontre des Clarisses avec Jésus-Christ. Un Père des Missions Étrangères qui a longtemps vécu au Viêt-Nam leur donne chaque jour une ouverture sur l’Asie dans un sermon très franciscain. Être Clarisse aujourd’hui, c’est vivre l’Évangile en pauvreté et communion fraternelle, en lien avec l’appellation de “mineurs” que saint François avait voulu donner à ses frères et sœurs. Chacun se situe en plus petit face à l’autre. “Dieu est Celui dont l’amour rend plus heureux, qui nous imprègne de sa douceur, et dont la vision comble de bonheur” (lettre de Claire). La devise des Clarisses, “Mon Dieu et mon Tout”, exprime bien que lorsqu’on choisit le Seigneur, il n’y a pas de place pour autre chose et on se désencombre de tout le reste. Pauvreté  © Clarisses de Paris Au début du XIIIème siècle, François et Claire, fondateurs de l’ordre franciscain, avaient souhaité pour chaque monastère une vie fraternelle, forte et joyeuse, d’une vingtaine de religieux. A l’époque, ceci constituait une nouveauté absolue. Comme l’était “le privilège de la pauvreté” que le Pape accorda à Claire en 1216. La pauvreté ouvre le cœur aux relations fraternelles et la vie commune transforme la pauvreté en bonheur.Ici, chaque membre de la communauté a son mot à dire sur tout, même si, tous les trois ans, les religieuses élisent une abbesse, “terme piégé dont Claire ne voulait pas”. Car la définition de l’abbesse selon sainte Claire, c’est “une sœur parmi ses sœurs, sœur et servante de ses sœurs, qui vit la même vie qu’elle.” Ceci est un grand principe de la vie franciscaine. Pagaille ?  © Clarisses de Paris Après avoir lavé le bol du petit déjeuner, les religieuses vaquent à leurs occupations. On dit avec humour que “dans les monastères de Clarisses règne le plus grand désordre !” Mais c’est peut-être le souffle déconcertant de l’Esprit ! Ainsi, sœur Francine, maîtresse des novices, fait la cuisine ou aide à l’infirmerie quand celles qui en ont la charge s’absentent. Sœur Claire-Alix, vicaire de l’abbesse, en quelque sorte son bras droit, confectionne les desserts. La sœur qui ouvre la porte et accueille ceux qui arrivent s’occupe aussi des fleurs du jardin. Deux sœurs ont en charge à la fois l’informatique et la couture : robes de chambre et chemises de nuit seront vendues dans le magasin de l’artisanat monastique qui centralise les travaux des monastères.Mission  © Clarisses de Paris Une ouverture inattendue a été donnée depuis deux ans au monastère. Le service du catéchuménat de Paris demande aux Clarisses d’ourler les écharpes violettes qui seront remises aux catéchumènes lors de la cérémonie d’appel au début du carême. Cette année, les sœurs ont ourlé deux cent quatre-vingt-dix écharpes pour les futurs baptisés adultes et elles ont calculé que ces ourlets mis bout à bout pourraient couvrir le chemin qui conduit du monastère à Notre-Dame de Paris. Sœur Marie-Damien, qui assistait à la cérémonie, est revenue avec la liste de tous les catéchumènes qui sont depuis pris en charge dans la prière des Clarisses. Le cardinal Lustiger invite un membre de chaque communauté de Paris à assister à la cérémonie et celui-ci repart avec cette même liste. Toutes les contemplatives de la capitale sont ainsi associées à la prière pour les nouveaux baptisés.Aujourd’hui, sœur Francine fait visiter le monastère à un groupe d’enfants. Les questions fusent : “Et si après les six ans de noviciat, vous ne voulez plus être Clarisse, qu’est-ce qui se passe ? Et si une fois que vous êtes ressortie, vous avez envie de revenir ?”, etc. A travers ces questions insolites, sœur Francine devine les situations complexes que les enfants sont appelés à vivre. Un tableau situé en face de la chapelle regroupe toutes les intentions de prière confiées au monastère. 11 h 30. Les Offices des lectures et du milieu du jour sont lus et chantés dans la chapelle, suivis par le déjeuner pris en silence, à l’écoute du livre du Père Thévenot “Avance en eau profonde”. Présence au monde  © Clarisses de Paris Après la vaisselle, sœur Francine, maîtresse des novices, consacre son temps de lecture spirituelle à la méditation du vœu de pauvreté, ceci afin d’aider la jeune novice dont elle a la charge : “Alors que la contemplation repose sur l’amour, la pauvreté libère pour l’union à Dieu.”Puis, Francine retourne à son travail, différent chaque jour selon les besoins. “C’est un don de Dieu et une richesse humaine de pouvoir travailler en solidarité avec tous ceux qui gagnent laborieusement leur vie”, disait sainte Claire. Prière, travail, détente rythment le temps offert à toutes et à chacune pour approfondir leur relation au Dieu d’amour. A 17h 30, une demi-heure d’oraison précède les vêpres chantées. A 20 h, après le dîner, celles qui le désirent peuvent “prendre les infos à la télé”. Car, chez les Clarisses, vie contemplative et informations sont liées (en 1958, Pie XII avait d’ailleurs proclamé sainte Claire patronne de la télévision, parce qu’un jour où elle était alitée, malade, elle avait suivi à distance, par la pensée, la messe de Noël). A 20 h 30, avec cinq autres religieuses, c’est la répétition des chants. A 21 h 15, l’office des complies à plusieurs voix clôture la journée des Clarisses dans la chapelle. Joie “Ma vocation, je l’ai reçue, je ne l’ai pas choisie”, conclut sœur Francine. “La vocation, c’est un appel, on ne la choisit pas, on choisit d’y répondre librement ; elle a fait irruption dans ma vie sans que j’y sois vraiment préparée, mais quand je revois ce que j’ai vécu et où j’en suis, je me dis que le Seigneur est formidable, parce qu’Il a tenu compte de mes aspirations et de ce que j’étais. Il me connaissait bien mieux que je ne me connaissais moi-même et je découvre aujourd’hui que ma vocation correspond bien à mon désir profond.” Les Clarisses : L’Ordre des Pauvres Dames ou « Clarisses », fondé par sainte Claire, est le second Ordre de saint François. Sainte Claire (1194-1253), jeune fille de la noblesse d’Assise, fut séduite par le « Petit Pauvre ». A 18 ans, la nuit des Rameaux 1212, elle s’enfuit du palais paternel et rejoint saint François à Saint-Damien. Il lui coupe les cheveux, lui passe la bure : l’Ordre des Pauvres Dames est fondé. La spiritualité des Clarisses prend racine dans l’enseignement du « Poverello », où la « sainte pauvreté » est première, conçue comme une manière de suivre la même voie que Jésus dans son Incarnation.
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