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5 prêtres au coeur du vieil Alençon : un foyer de vie fraternelle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Albéric de Palmaert   

ImageIls sont 5 prêtres à exercer un ministère différent, mais ensemble ils partagent la vie quotidienne dans un grand presbytère de pierre rue du Bercail, au cœur du vieil Alençon. Plus qu'une communauté de vie, c'est un témoignage de l'amour fraternel parfois exigeant qu'ils donnent à tous.

ImageIl y a d'abord le Père Guy Lenormand, curé de la paroisse Notre-Dame. La soixantaine alerte et souriante. C'est le pilier de l'équipe. Autour de lui, ils sont quatre. Les Pères Claude Lemonnier et Jean du Mesnil, les aînés, que le temps de la retraite n'empêche pas de remplir un ministère très fécond enrichi par la prière. Les Pères Pierre-Antoine Bozo et Édouard Leger, les plus jeunes, qui mettent toute la fougue de leur âge dans un ministère qui les emploie plus qu'à plein temps. Tous les quatre sont officiellement prêtres coopérateurs, anciennement " vicaires". "Mais, précise en souriant le Père Lemonnier, cela n'a rien à voir avec ce que c'était quand j'étais jeune prêtre, il y a plus de cinquante ans, et que je suis arrivé ici à Alençon. Là nous étions vraiment chez "monsieur le curé" et nous n'avions pas notre mot à dire. Ce n'est plus la même chose aujourd'hui !"

En fin de semaine Mehdi Riffi, étudiant au grand séminaire de Caen vient les rejoindre. Ensemble ils forment alors un cénacle chaleureux. Il n'est qu'à les voir et les entendre. Même si on constate qu'il existe trois générations, du grand-père au petit-fils, c'est l'amour fraternel qui les unit.

Image"On ne peut pas parler d'une communauté au sens de communauté religieuse, précisent-ils d'un commun accord. Nous ne sommes pas moines. Notre vœu est de ne pas être seulement une équipe, au sens où une équipe c'est essentiellement fait pour le travail, alors que nous sommes ensemble pour vivre ensemble, non pas pour travailler ensemble. On ne peut pas parler non plus d'une fraternité au sens où on l'entend avec les fraternités nouvelles..." Le mot que tous acceptent, c'est foyer. Un foyer où brûle, d'une certaine façon, le feu de l'Esprit.

Chacun possède en effet son activité. Dans la paroisse et en-dehors de la paroisse. C'est ainsi que Guy assume la charge de curé, Édouard est modérateur d'une paroisse voisine, dans la périphérie d'Alençon. Et, en plus de ses activés au Service des vocations et sa chaire de professeur au grand séminaire, Pierre-Antoine Bozo est plus particulièrement chargé des jeunes des aumôneries de la ville. Et la préparation des J.M.J. de l'année prochaine n'est pas la moindre de ses tâches. Quand arrive la fin de semaine, Mehdi entre naturellement dans le rythme.

La prière commune

ImageS'ils n'ont pas établi de règle de vie formelle, ils ont quand même instauré des pratiques de vie en commun. Chaque matin, ils se retrouvent à 8 h 30 pour prier ensemble les laudes. "Ce qui ne veut pas dire qu'on se lève à la même heure, précise Pierre Antoine. L'un sera déjà debout depuis deux heures tandis qu'un autre viendra au saut du lit !"

ImageÉdouard et Pierre-Antoine aiment aussi prendre un temps de prière en commun à l'église. Puis chacun vaque à ses occupations. A 12 h 30, ceux qui sont libres pour le déjeuner se retrouvent avec les autres prêtres du doyenné chez les sœurs clarisses. Sauf le vendredi où le déjeuner est pris au presbytère. "C'est pour nous l'occasion de voir la semaine, reprend Guy, de faire le point sur les activés de chacun, de prévoir le planning des messes de la semaine suivante et de régler les petits problèmes du quotidien."

Et ces problèmes du quotidien ne sont pas toujours liés au ministère. Ce sont aussi les questions concrètes d'intendance comme le choix d'un papier pour refaire une pièce commune. Et là, le caractère de chacun se révèle aussi. "Mais c'est une bonne chose, cela nous évite le "vieux-garçonnisme, précise Pierre-Antoine. Plus sérieusement, cela nous oblige à observer une attention fraternelle. L'un aime les portes ouvertes tandis que l'autre préfère quelles soient fermées. Eh bien, dans une vie en commun, c'est important, vous savez, car cela peut être la source d'un agacement destructeur. Il faut aussi penser à être à l'heure, etc."

Cette vie en foyer impose de fait quelques contraintes. Il est difficile de recevoir sa famille ou même des amis ou encore des paroissiens. Un petit sacrifice que chacun accepte, même s'il est vrai qu'à certaines occasions, il pourrait être sympathique de recevoir un frère ou une sœur, un neveu ou une nièce.

Apprendre à s'aimer

ImageS'ils ont un but commun, l'histoire de chacun est différente. Certains, de par leur génération ou leur origine sociale, ont été formés par l'Action Catholique. D'autres par le scoutisme. Petit détail caractéristique et révélateur : si les aînés, qui ont porté la soutane au début de leur entrée dans le parcours du sacerdoce, sont habillés de façon laïque, les plus jeunes ont retrouvé le col romain. "Le fait de vivre ensemble dédramatise aussi les différentes options que nous pourrions avoir dans l'exercice de notre ministère. Cela nous oblige naturellement à aller à l'essentiel, à tendre vers l'absolu des choses."

Image"Et ce qu'il y a d'extraordinaire, reprend Édouard, c'est que nous n'avons pas choisi de vivre ensemble. Il a fallu apprendre à se connaître." Et apprendre à se connaître, c'est apprendre à accepter l'autre dans toutes ses richesses, mais aussi dans toutes ses différences… Différences qui se révèlent richesse. Et la boucle est bouclée quand on accepte la tyrannie de l'amour. "Car, précise encore Claude qui ne manque pas d'humour, ce n'est pas parce qu'on va vers la sainteté qu'on n'est plus humain !" Cela oblige aussi à remettre en perspective l'évolution de chacun : "Voyez d'où l'on vient", disent les plus vieux, "et voyez où l'on va", disent les plus jeunes. De cela naît un respect profond pour les positions et les options de chacun.

Ils ont bien conscience aussi que leur vie est aussi pour les chrétiens d'Alençon un témoignage de la vie des prêtres. "Nous sommes à leurs yeux plusieurs images du prêtre, mais ils savent que nous formons avant tout une communauté de vie où l'unité que nous tentons de former autour du Christ vient précisément de la diversité de nos origines."

Sans le dire aussi clairement, peut être par pudeur, ils sont la preuve de la catholicité de l'Église. "En tout cas, ils expriment la charité, affirme Mehdi qui conserve un œil un peu extérieur, et on a besoin de cela."

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