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Deux frères prêtres : dans une même cordée

Plusieurs vocations dans une même fratrie, ça arrive ! Etienne et Vincent, deux frères prêtres, expliquent le rôle joué par leur famille dans cet appel.

Ensemble, dans une même cordée, vers un même sommet
© D.R.

Ils sont assis côte à côte dans le salon familial, dans une maison perdue au beau milieu du Limousin. En cet après-midi du mois d’août, Étienne et Vincent Guibert profitent des vacances loin de leur paroisse. Un bréviaire est posé sur un coin de la table. Un peu plus loin, un recueil de Paul Claudel. Les deux frères sont prêtres depuis dix et onze ans.

Ces deux quadras ont grandi à Lyon, dans une fratrie de cinq frères et soeurs. « Nos parents nous ont donné un exemple de vie chrétienne qui nous a marqués », affirment-ils. « J’ai vu mes parents prier. Je voyais que c’était essentiel pour eux, et donc, dans mon coeur d’enfant, je me disais que cela devait être très important », dit Etienne, de deux ans plus jeune que son frère. Et pourtant, avant leur entrée au séminaire, ils ne se confient pas leurs intentions. « Le bon Dieu savait qu’il nous appelait, savait qu’on essayait d’y répondre, mais nous n’en parlions pas entre nous », raconte Vincent, qui évoque volontiers les fils de Zébédée : « Chaque fois que, dans l’Évangile, on parle de Jacques et Jean, les fils de Zébédée, je pense à mon frère », explique-t-il. « On a quand même conscience que le Seigneur nous a appelés tous les deux », complète son frère.

Deux appels uniques

Et pourtant, leurs chemins ont été bien différents. Car, si Étienne se pose la question « depuis qu’il a une raison », Vincent veut certes devenir prêtre lorsqu’il est enfant, mais l’idée le quitte à l’adolescence. Jusqu’à cette retraite spirituelle pendant sa troisième année d’école de commerce. Lorsque Vincent fait part à sa famille de sa volonté d’entrer au séminaire, Étienne est ébranlé. « Quand Vincent a annoncé qu’il voulait devenir prêtre, ma décision d’entrer au séminaire était déjà prise. Et à ce moment-là, je me suis dit que deux prêtres dans la même fratrie, ça allait être trop… », raconte Étienne. « Pour moi, une famille, c’était forcément avec beaucoup d’enfants ». Mais l’appel est trop fort pour s’arrêter en chemin.

Lorsqu’un an plus tard, c’est à Étienne d’annoncer qu’il veut devenir prêtre, les choses sont plus compliquées, et sa famille a peine à le croire. « Mon entrée au séminaire n’a pas été accueillie avec du champagne », se souvient-il. Il faut dire que le jeune homme, plutôt turbulent, n’a pas le profil de son frère Vincent, plutôt studieux. « Lorsque j’ai annoncé à ma grand-mère que je voulais entrer au séminaire, elle n’a pas voulu me croire », raconte Étienne. « Pour la foi de certains frères et soeurs, ça a été une épreuve », poursuit-il. « Ils étaient assez engagés, et cela a été un gros questionnement pour eux. Pouvait-on être engagé dans l’Église sans pour autant devenir prêtre ou religieuse ? ».

La vocation, une affaire de famille ?

Mais, avec le temps, les craintes s’estompent. Et quand les deux frères prêtres reviennent en vacances dans la maison familiale, rien n’a changé. Leur vocation est-elle, pour autant, une affaire de famille ? « La famille est une bonne serre. On nous a mis à la bonne température, dans un bon milieu, à la bonne hygrométrie », répond Étienne. Mais cela ne suffit pas à faire naître une vocation. « Ce ne sont pas nos parents qui plantent la graine de la vocation », poursuit Étienne.

Ensemble, dans une même cordée, vers un même sommets
© D.R.

Ensemble, vers un même sommet

Mais, si leurs caractères sont très différents, la réponse à l’appel de Dieu les a indiscutablement rapprochés. Jusqu’à s’appeler l’un l’autre des « doubles-frères ». « Lorsque j’étais en propédeutique, Vincent m’a offert une petite image disant : “Ensemble, dans une même cordée, vers un même sommet” », raconte Étienne. Depuis leur entrée au séminaire, les deux frères se sont fixé une règle, à laquelle ils essayent de ne pas déroger. Tous les étés, quelques jours par an, ils se retirent, ensemble, dans la même abbaye. « C’est mystérieusement important de prendre ce temps de prière ensemble, même si on est souvent en silence », conclut Vincent.