« C’est Toi qui m’appelles à Toi ! »

Voici des extraits d’une conférence donnée le 28 mai 2011 aux étudiants de la Formation des Responsables (Collège des Bernardins) sur le thème de la vocation. Vous y trouvez des éléments précieux pour une réflexion profonde sur l’appel et la réponse.

Extraits d’une conférence donnée par le Père Nicolas Delafon, prêtre du diocèse de Paris, aux étudiants de la Formation des Responsables (Collège des Bernardins) le samedi 28 mai 2011 à la paroisse St Séverin à Paris.

L’appel mutuel de Dieu et de l’homme. Qui appelle ? Dieu ? L’homme ? L’un et l’autre en un mutuel appel. Dieu seul appelle à Lui, en tant qu’il est Dieu et un être humain ne peut donner sa foi qu’à Dieu. Dans l’Evangile, Jésus appelle à le suivre. Il ne s’agit pas seulement de recueillir de lui un enseignement comme un disciple devant un maître mais de le suivre jusqu’à mourir pour ressusciter avec lui. Cette manière de faire ne se justifie qu’en raison de sa condition divine. L’homme aussi appelle. Cet appel est le reflet de l’image de Dieu en lui :
« Me voici, ô mon but et mon Sens ! Je t’appelle. Non, c’est Toi qui m’appelles à Toi »

« L’abîme de mon esprit ne cesse d’invoquer avec cris l’abîme de Dieu : dis lequel est le plus profond ? »

Cet appel est déjà une réponse à une initiative divine qui le précède. Il vient de nous-mêmes et en même temps de plus loin que nous-mêmes, d’une Source cachée, Dieu qui nous veut pour Lui :
« En tout, dans tous les ordres, Dieu est premier. Toujours c’est Lui qui nous devance. Toujours sur tous les plans, c’est Lui qui se fait connaître. Toujours c’est Lui qui se révèle »
Qu’il soit reconnu ou non, cet appel caché et secret de l’esprit retentit toujours, « car Dieu se révèle incessamment à l’homme en imprimant incessamment en lui son image » .

Appel de Dieu, des hommes et des événements. Dieu appelle. En son fond le plus secret, tout être humain crie vers Dieu. Autour de nous, la voix des hommes retentit en un appel, en particulier à travers l’existence des saints qui est une parole toujours actuelle :
« Ils n’ont qu’à exister : leur existence est un appel »

De même, la voix de ceux qui frayent un chemin à la vérité, éveille en nous une complicité secrète. Elle y suscite une force encore mal dégagée. Enfin, les événements sont un appel. Dans la Boutique de l’orfèvre, le premier acte de la pièce du pape a pour titre : Les appels. Karol Wojtyla met en scène une femme et son mari, Thérèse et André, qui font mémoire de leurs fiançailles puis de leur mariage. Ils voient dans le temps avant le mariage des années inestimables pour apprendre à « lire la carte complexe des appels et des signes ». Une fois mariés, selon eux, ils sont allés dans le sens que les signes leur indiquaient. Auparavant, ils se sont trouvés dans la montagne avec un groupe d’amis au terme d’une randonnée. Le soir, la nuit les a surpris dans la descente. La nuit est profonde, car la lune est absente. Tout à coup, venant de quelque part, retentit un cri. « On aurait dit un gémissement, une lamentation. (…) Etait-ce un homme en détresse ? Ou la plainte d’un oiseau attardé ? Le même cri retentit à nouveau ». Les hommes du groupe y répondent. Leurs voix courent à travers la nuit dans le silence de la forêt endormie. « Un homme les auraient entendues mais l’appel ne s’est pas reproduit ». Thérèse conclut :
« Lorsque nous nous sommes tus, prêtant l’oreille, une idée m’est soudain venue à propos des appels. Elle m’est revenues aujourd’hui, entre le profil d’André et la vieille tour de l’Hôtel de ville vers cinq, six heures de l’après-midi, alors qu’il me demandait ma main : oui, les appels ne peuvent pas toujours être entendus ».

Le drame de l’appel. Dieu se révèle. Il parle, par opposition aux dieux du monde païen. Il ne se révèle pas pour que nous lui offrions des sacrifices. Il ne fait pas connaître ses droits. Il ne cherche pas à susciter une crainte. Il fait connaître son être même et s’adresse à l’être humain et à sa liberté en vue d’une réponse et d’un acte libre. Jésus-Christ est une Parole vivante adressée à un homme particulier en vue de susciter sa liberté. En Jésus-Christ, Dieu s’inscrit dans l’histoire d’une façon limitée et sensible et nous attire à Lui en vue de notre réponse, i.e. de « l’obligation qui incombe à l’homme de tendre, dans la liberté de sa vie personnelle, à cette fin divine que Jésus-Christ lui révèle et lui promet par la médiation de l’Eglise.  »L’obligation de la réponse vient de la Source de l’appel, Dieu, interlocuteur invisible qui veut entrer en dialogue avec nous. De cette obligation naît une recherche commune, un itinéraire, une lutte :
« Le drame de l’existence est celui de la vie. C’est une recherche, un itinéraire et c’est en même temps un conflit. C’est une soif obscure et qui sait seulement ou qui croit ne pas être étanchée. La lutte entre « un monde nouveau » qui s’est imposé soudain, d’un seul bloc et la lutte opiniâtre que lui opposent toutes les fibres de l’être. »

« Sous le tumulte de tant de voix discordantes, la Voix unique paraît étouffée ».

Des appels à un appel dans une histoire. L’appel unique de Dieu se diffracte en de multiples appels : l’appel à la vie personnelle ; l’appel à jouer un rôle éternel dans la société ; l’appel à jouer ce rôle avec d’autres pour concourir à un tout ; l’appel à un achèvement que chacun ne peut se donner à soi-même ; l’appel à une destinée qui arrache l’être humain au cosmos et le fait passer tout entier dans un autre ordre, le face-à-face. Ces appels sont convergents. Ainsi, l’appel à donner la vie est inscrit dans le cœur de tout homme et retentit de manière nouvelle dans le Christ. Cet appel unique revêt des formes multiples : les parents enfantent ; le prêtre enfante ; tout baptisé enfante par sa parole intérieure à la Parole divine. Nous allons au Ciel par la terre. Les choses temporelles sont le lieu de l’enfantement de notre être éternel. Il s’agit pour chacun de reconnaître un chemin propre :
« Une vocation n’est jamais toute donnée : elle doit être construite en fonction d’un appel de Dieu qui passe par des signes visibles dans lesquels la personne reconnaît un chemin déterminé ».
Le Dieu, qui nie tous les dieux de nos désirs, n’en est pas moins le Dieu, le seul Dieu du désir humain. De même, sous une autre forme, le Dieu qui appelle de bien des manières et à bien des reprises, est le Dieu qui fait entendre sa voix d’une manière unique pour moi.

L’appel du Christ dans le corps ecclésial. L’Eglise fait retentir l’appel du Christ, qui révèle chacun à lui-même. Investi par le Christ, tout homme a accès à cet appel secret et caché inscrit au fond de son être. Il est alors appelé à vivre en acte son être à l’image pour s’acheminer vers la ressemblance. Il revient à l’Eglise d’actualiser cet appel dans la liberté de l’Esprit à partir des signes des temps. De l’unité du corps ecclésial dépend la réponse personnelle, car l’appel comme distinction ne peut être perçu qu’à l’intérieur d’une unité qui le précède et le porte.

La réponse dans la vie cosmique, sociale et ecclésiale. Tout être humain est inséré dans l’ordre cosmique, tout en étant appelé à une destinée surnaturelle. En raison de sa nature spirituelle, il a le pouvoir de dominer sur la nature. Il est intelligence, liberté et par conséquent, histoire. Il n’est pas tout fait mais se fait lui-même en choisissant ce qu’il veut être. Ceci ne doit pas conduire à nier le donné naturel, social et ecclésial. Par sa condition de créature, chaque être humain est “compagnon d’esclavage” de toute la nature. En même temps, il a reçu de lui-même « le précepte de la liberté » (Origène). Toute réponse s’inscrit dans ce donné. En vue de discerner et d’aider à une réponse, il revient à l’Eglise de repérer les signes et les appels aux vocations dans un lieu déterminé : par ex., le terreau familial et chrétien ; les capacités de formation ; le désir des prêtres de successeurs,…


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