|
La possibilité de consacrer sa vie au Seigneur par le célibat est sans cesse mise en doute, aujourd'hui comme hier. Sur ce sujet, il est des questions légitimes qu'il faut savoir reconnaître et poser pour recevoir les réponses de maîtres spirituels. Réponses profondes, pétries d'expérience... si certains sens vous en échappent, n'hésitez pas à imprimer et à en reparler avec un accompagnateur !
Peut-on vivre
l’amour dans
le célibat ?
C’est l’amour du Christ qui
permet de renoncer à l’amour
sensible de la vie conjugale.
Le choix du célibat pour le Christ et
pour le Royaume n’est pas un non dit à
l’amour humain, même pas un non dit à
ses inévitables misères ; c’est un oui à
"l’amour infini". C’est aussi un oui,
timide au début peut-être, à un amour
humain dégagé des attraits de la chair,
mais aussi vrai, aussi profond, aussi
ardent que le plus parfait des amours.
La liberté de coeur que doit donner le
célibat ouvre en effet d’immenses
perspectives. L’amour que Dieu
témoigne et celui que nous lui offrons
ouvrent notre coeur aux dimensions du
sien pour aimer et pour être aimé. […]
Lentement, année après année, ils [les
jeunes qui choisissent le célibat] ont
découvert que quelqu’un les aimait :
le Christ. Celui-ci les a attirés dans son
intimité, tout comme il a attiré Jean,
André, Pierre et les autres. Entre eux
s’est établi un dialogue ; une amitié est
née qui peu à peu s’est révélée comme
un très profond amour. Parfois la
rencontre est soudaine, comme un
éclair, d’autres fois c’est une lente
découverte. Mais toujours le Christ est
vivant, il demande le temps, l’attention,
la vie, l’être même... Et en regardant
leur vie après des années, ils diront
encore : "Nous avons cru à l’amour."
Yves Raguin, Célibat pour notre temps,
coll. Vie Chrétienne, p. 7
Quelle fécondité
dans le célibat ?
Choisir le célibat pour le Christ,
c’est s’ouvrir à une fécondité
différente.
 © Esprit-photo La vie consacrée a toujours été située de
manière privilégiée aux côtés de Marie,
la Vierge épouse. De cet amour virginal
résulte une fécondité particulière,
qui contribue à la naissance et à la
croissance de la vie divine dans les
coeurs. La personne consacrée, sur les
traces de Marie, nouvelle Ève, réalise sa
fécondité spirituelle en se faisant
accueillante à la Parole, pour coopérer à
la construction de l’humanité nouvelle
par son dévouement inconditionnel et
par son vivant témoignage. L’Église
manifeste ainsi pleinement sa maternité
par la communication de l’action divine,
confiée à Pierre, et par l’accueil
responsable du don divin, caractéristique
de Marie. Jean-Paul II, Exhortation apostolique
Vita Consecrata, n° 34.
Le choix du célibat
peut-il se faire
sans douleur ?
Choisir le célibat, c’est renoncer
à fonder une famille. Il faut
donc assumer pleinement son
choix même si parfois cela fait
souffrir.
Notre vie est une histoire et dans cette
histoire nous découvrons les réalités à
mesure que nous en faisons
l’expérience. Quand quelqu’un a
compris que Dieu l’appelle à le servir et
à l’aimer dans le célibat, il est bien rare
qu’il n’y ait pas de larmes, larmes d’un
coeur qui pleure. Nous sommes des êtres
humains et ce n’est pas sans peine que
nous sacrifions les perspectives d’un
mariage béni et d’une famille heureuse.
Ce n’est pas faire du romantisme, ni être
sentimental de dire que, dans la joie de
nous donner à Dieu, nous pleurons aussi
l’amour.
Et pourtant en perdant, semble-t-il, la
possibilité de nous donner à un homme,
à une femme, à des enfants pour
lesquels nous vivrions chaque minute de
notre vie, nous voyons d’autres dons
possibles se présenter, à l’infini. La
découverte de l’amour de Dieu fait éclater notre vie et, en nous brisant,
nous distribue à ceux qui ont besoin de
nous. Yves Raguin, Célibat pour notre temps, coll.
Vie Chrétienne, p. 16-17
La virginité du
célibat est-elle
figée ou
évolue-t-elle ?
Choisir la virginité dans le
célibat n’a rien à voir avec l’idée
d’un enfant qui ne deviendrait
jamais adulte : la virginité est
un chemin de conversion,
d’adhésion au Christ.
Être vierge, ce n’est pas le rester, mais le
devenir. Le "rester", c’est demeurer à un
stade d’adolescence, et dans ce cas la
virginité c’est uniquement un
renoncement au mariage, à l’amour
conjugal, à la paternité ou à la
maternité. Or jamais une personnalité
ne se construit sur des retranchements. On ne devient vraiment vierge qu’en
affrontant toutes les étapes de
l’existence. Il est en effet impossible de
réaliser pleinement l’idéal du célibat
quand on a vingt ans, au moment où
l’on prend la décision de se donner à
Dieu. Mais dire à quarante ans qu’on ne
savait ce à quoi on renonçait quand on
s’est engagé à garder le célibat, c’est
montrer qu’on n’accepte pas la
condition humaine, qui est de réaliser
dans l’âge mûr la promesse faite à vingt
ans. Garder son célibat, c’est le "faire"
en le créant à chaque instant. Ainsi
quand Jésus dit qu’il faut "garder" les
commandements, il demande de les
"faire", de les accomplir. Yves Raguin, Célibat pour notre temps, coll. Vie Chrétienne, p. 52-53.
Quelle aide
apporte la prière ?
 © Esprit-photo Sans la prière comme
un temps de rencontre avec le
Christ-époux, il n’y a pas de vie
de célibat heureuse.
Si la prière ne prend pas espace et
temps, le temps n’est pas éprouvé
comme donné à Dieu. Le rythme du temps est constitutif de la réalité même
de la vie de célibat. On ne voit pas qu’il
soit possible, sans grave difficulté, qu’un
couple vive si jamais les rythmes de
travail, de rencontre de l’homme et de la
femme ne se combinent. Dans
l’organisation du temps de sommeil, de
détente, d’hygiène, de repos, de prière,
il y a une humilité du temps à laquelle
nous avons à nous aider les uns les
autres à nous plier. Souvent, il nous
échappe qu’il y a un rapport étroit entre
une crise affective et le temps de prière. P. Albert Chapelle, s.j., Bienheureux de Dieu, Lessius, p. 148-149.
Que faire de
l’imaginaire quand
on est célibataire ?
L’imagination joue un rôle
important dans la sexualité.
Les fantasmes peuvent
perturber la chasteté. Il ne faut
pas seulement écarter les
pensées impures : il faut peupler
positivement son imaginaire.
Au point de vue imaginaire, si l’on ne
prend pas, chacun selon ce qu’il est - sa
vocation, son âge et son ministère - les
moyens concrets d’affiner, d’éclairer son regard et de peupler son monde imaginaire,
il y a pour soi-même comme pour autrui,
une vérité de l’existence du célibat à
laquelle on ne peut pas accéder et que,
par conséquent on ne révélera à personne.
On sait généralement qu’il y a un certain
nombre de choses à ne pas regarder
mais, le plus souvent, c’est par peur
qu’on ne regarde pas. Il y a un certain
nombre d’options à prendre et faire
prendre, mais on les prend pour éviter le
trouble, par angoisse et par inquiétude.
Dans cet ensemble, on est pris par une
sorte de casuistique du bien et du mal
qui est d’un tout autre ordre que
l’édification du célibat. On a peur de mal
faire, d’être mené à mal faire. […]
L’amour de Dieu ne se définit pas par le
renoncement au péché, mais par Dieu
même. Cela peut me troubler ou pas, là
n’est pas la question. C’est pour Dieu
qu’il y a à réserver un espace de
contemplation, à peupler l’imaginaire,
soit par la lecture spirituelle, soit par la
contemplation évangélique, soit par une
certaine manière de laisser se développer
en nous une culture esthétique et
artistique. C’est par un souci amoureux
qu’on réserve son regard pour voir son
Seigneur, pour voir autrui en sa présence. P. Albert Chapelle, s.j. Bienheureux de Dieu, Lessius, p. 149-150
Peut-on
surmonter les
désirs du corps ?
Quel conseil valable
pour vivre chaste
dans un monde tellement
érotisé ?
Seule la vie spirituelle peut
donner la force de mener un
célibat heureux.
 © Esprit-photo Que faire de nos désirs, de nos
sentiments, de nos besoins naturels ?
Le Christ nous dit : "Si tu savais le don
de Dieu !". Il connaît notre coeur, notre
corps, notre esprit. Il sait mieux que
nous-mêmes qui et comment nous
sommes ! Si nous choisissons de lui faire
confiance, il ne décevra pas ! Dieu
n’oublie même pas les détails pratiques
quand il appelle... Et nos désirs et nos
sentiments naturels ne sont pas des
détails !
Il s’agit donc de labourer le champ de
notre être tout entier - mieux : de
permettre que l’amour nous travaille
pour que tout notre être s’ordonne et
s’épanouisse et que la vie du Royaume
y puisse éclore.
La rencontre avec le Christ et le goût
du Royaume n’est pas l’affaire de notre
esprit et de notre âme seuls ! L’âme et
l’esprit façonnent notre corps. Non
seulement les yeux, mais l’ensemble du
corps est le "miroir" de la vie de l’âme.
Il nous faut donc consciemment habiter
notre corps comme partenaire privilégié
de cette aventure d’amour qu’est le
célibat. C’est l’apprentissage d’une
relation incarnée avec le Christ incarné !
Plus mon coeur respire la grandeur de
Dieu, plus mon corps s’ouvrira en
harmonie. Plus mon âme goûte la
tendresse et la miséricorde de Dieu, plus
mon corps s’adoucira en capacité
d’accueil et de tendresse. Tout ce qui
peut raidir mon corps est souvent reflet
de repli sur moi et rétrécissement de
ma vision. Gilbert Marijsse in la revue Jeunes et Vocation n° 85 (1997), p. 65
Et si le choix du
célibat est
incompris par
l’entourage ?
Le célibat s’oppose à l’attirance
normale des hommes et des
femmes. Cela peut entraîner
une incompréhension de
l’extérieur.
Dans la plupart des milieux, la crédibilité
du célibat est pratiquement nulle. Il en
existe plusieurs interprétations, soit
homosexuelles, soit en termes d’amour
libre. Ce phénomène est à prendre au
sérieux. Il ne suffit pas de dire dans une
bonne conscience narcissique : "On ne
nous comprend pas".
L’incompréhension fait partie
intrinsèque de la réalité à assumer. Le
célibat implique la nécessité de se
trouver toujours en représentation aux
yeux d’un certain public et de revêtir à
ses yeux un certain personnage. Il est
vain d’imaginer y échapper. La puissance
de l’éros implique que les hommes et les
femmes, quand ils se rencontrent, se
découvrent assez immédiatement situés comme mariés ou comme fiancés, ou à
se marier, etc. Si quelqu’un se présente
à l’intérieur de ce tissu social d’une
façon irréductible à cet ensemble de
liens où se nouent les amours humaines,
il a obligatoirement à assumer dans la
paix et l’amour une incompréhension de
fait quasi nécessaire. Son célibat atteste
en effet comme d’une irruption de la
transcendance du Royaume dans la vie
quotidienne. P. Albert Chapelle s.j.
Bienheureux de Dieu, Lessius, p. 159-160.
Pourquoi Jésus
parle-t-il des
"eunuques" ?
En Mt 19, 12, Jésus évoque le
célibat en parlant de ceux qui se
rendent eux-mêmes "eunuques"
pour le Royaume. Le Christ ne
parle évidemment pas d’une
mutilation.
 © D.R. Devenir eunuque pour le Royaume,
c’est se rendre tel par appel de l’autre,
c’est se rendre im-puissant dans sa chair en n’exerçant pas sa puissance. Le
jésuite et psychanalyste Denis Vasse
explique la mission précise de
l’eunuque : il est celui qui garde la
chambre royale et s’assure de la pureté
de la descendance du roi. Eunuque ne
veut-il pas dire "qui garde" ? Les
eunuques sont les hommes de confiance
du roi. Leur impuissance même est la
condition de cette confiance : c’est la
chair et le sang du roi qui parlent dans
la descendance des femmes, par leur
chair et leur sang.
Jésus propose une autre manière d’être
eunuque : il ne s’agit plus d’être au
service de la chair et du sang de
quelqu’un d’autre, fut-il roi, et a fortiori
de garder des femmes ou de s’en
garder ! Mais de se mettre au service
de l’esprit de vérité qui nous révèle le
don de la vie à l’origine du monde.
Celui qui se rend eunuque à cause du
Royaume des cieux témoigne de la
vérité qui parle en nous, de l’esprit de
Dieu. Son impuissance volontaire
témoigne du désir de Dieu qui fait vivre
et de la Parole qui s’engendre dans la
chair et le sang depuis l’origine. Et
Joseph est l’eunuque par excellence qui,
par amour de Dieu, veille sur l’enfant né
de la Vierge, le Fils de Dieu. Paul Legavre, in la revue Jeunes et Vocations
n° 122 – août 2006 |