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Le service sacerdotal Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal Ratzinger, aujourd'hui Benoît XVI   
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"Aimer – paître – suivre le Christ : par ces trois mots clefs, l’Evangile décrit la fonction apostolique ainsi que celle du service sacerdotal. Puisque l’amour est la dimension intérieure de tout le reste, nous pouvons nous contenter de considérer d’un peu plus près les deux autres actes fondamentaux."

Qu’est-ce que "paître le troupeau" ?

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"Commençons par l’acte de paître : le mot renvoie à l’époque nomade d’Israël, lorsque le peuple élu était avant tout un peuple de bergers. Dans l’Evangile d’aujourd’hui (Jn 21, 1-14 : "Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade…"), nous trouvons la même chose mais sous un autre éclairage : les disciples que Jésus avait rassemblés au bord du lac de Galilée étaient d’abord des pêcheurs ; et c’est à partir de là qu’il leur a révélé leur future profession : "Désormais, ce sont des hommes que tu prendras" avait dit Jésus à Pierre le matin de sa vocation (Lc 5, 10). (…) Que veut donc dire : "pêcher des hommes" ? Cela veut dire : ramener les hommes à l’air libre, dans l’immensité de Dieu, dans l’élément vital qui leur est préparé. A vrai dire, celui qui est arraché à ses habitudes commence toujours par se défendre, ainsi que Platon nous l’a décrit d’une manière pénétrante dans le mythe de la caverne. Celui qui s’est habitué à la mer pense qu’on lui enlève la vie lorsqu’on l’amène à la lumière. Il s’est épris de l’obscurité. Voilà pourquoi être pêcheur n’est pas une entreprise commode. Mais il n’existe rien de plus magnifique et, humainement parlant, de plus beau. Il y aura certainement de nombreuses tentatives inutiles. Mais c’est tout de même une tâche merveilleuse que d’accompagner des êtres humains sur le chemin qui conduit à la lumière et aux grands espaces.

(…) A vrai dire, nous devons encore considérer une chose, qui est en fait ce qu’il y a de central dans l’art de pêcher les hommes. Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus donne aux disciples du pain et du poisson. Ces deux éléments le symbolisent lui-même. De même qu’il est devenu grain de blé mort, il est devenu le poisson. Il est descendu lui-même dans les profondeurs des mers. Sa vie tout entière a été l’accomplissement du signe de Jonas, car il s’est absorbé dans les entrailles de la mer. Ne peut être témoin que celui qui se donne lui-même. Seul celui qui devient "poisson", comme Jésus, peut être pêcheur d’hommes."

Qu’est-ce que "suivre le Christ"  ?

"Mais par là, nous en sommes arrivés déjà à l’école du Christ. Car, sans images, cela signifie tout simplement : le cœur de l’activité de celui qui paît, le cœur du service sacerdotal, c’est l’école du Christ. Le berger marche en tête, nous dit l’Evangile de Saint Jean. Nous ne pouvons diriger les autres que si nous sommes en avant. Et nous ne sommes en avant, nous n’avançons, que si nous suivons celui qui nous a tous précédés : Jésus-Christ.

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A propos de la figure de Pierre, les évangélistes nous donnent différentes indications qui mettent en évidence ce que signifie "suivre le Christ". L’une des scènes les plus marquantes se déroule immédiatement après la profession de foi de Pierre, dans le récit qui marque le début de l’histoire du primat. En prophétisant sa Passion, le Seigneur a expliqué ce qui caractérise son Royaume. Et si Pierre avait prononcé auparavant des paroles qui s’élevaient au-dessus de la nature, à présent la chair et le sang parlent avec force : Pierre reproche au Seigneur d’avoir tenu ce discours. La réponse de Jésus est d’une dureté inhabituelle : "Arrière, Satan !" (Mc 8, 33) Pierre avait voulu décider lui-même, par avance, du chemin de Jésus. Suivre le Christ, c’est ne plus chercher tout seul son chemin ; c’est faire don de sa propre volonté pour adopter celle de Jésus et lui céder vraiment le pas.

Un autre aspect de notre épisode apparaît clairement : Pierre est en mer, Jésus sur la terre. Pour parvenir jusqu’à lui, Pierre se lance sur les flots avec rapidité et décision. On voit une ressemblance avec l’épisode extraordinairement beau de Pierre descendant du bateau pour parvenir jusqu’au Seigneur qu’il voit marcher sur les eaux. Tant qu’il regarde Jésus, il avance sans entraves. Mais à l’instant où son attention se fixe sur le vent et sur l’eau, il commence à couler (Mt 14, 28-32). Il suit un chemin qui contredit la pesanteur. Il peut le suivre tant qu’il se laisse porter par la pesanteur nouvelle et forte de la proximité de Jésus-Christ selon la parole : "Ayez confiance, j’ai vaincu le monde." (Jn 16, 33) Nous voyons ici s’affronter la pesanteur et la grâce.

Suivre Jésus-Christ veut dire : nous devons et pouvons prendre un chemin qui suit une direction opposée à la pesanteur naturelle, à la pesanteur de l’égoïsme, à la recherche de ce qui n’est que matériel et du maximum de plaisir, souvent confondu avec le bonheur. L’école du Christ, c’est un cheminement à travers les eaux agitées et houleuses, impossible à mener à bien si nous ne sommes pas dans le champ de gravité de l’amour de Jésus-Christ, le regard tourné vers lui, portés par une nouvelle pesanteur de la grâce qui nous ouvre vers la Vérité et vers Dieu le chemin que nous ne pouvons pas parcourir par nos propres forces. C’est pourquoi l’école du Christ est plus que l’adhésion à un programme déterminé, plus que la sympathie et la solidarité à l’égard d’un homme que nous prenons pour modèle. Nous ne suivons pas seulement un homme, Jésus ; nous suivons le Christ, le Fils du Dieu vivant. Nous empruntons un chemin divin.

Où aboutit le chemin de Jésus ? Il aboutit à la résurrection à la droite du Père. C’est ce chemin qui est visé lorsqu’on parle de l’école du Christ. Toute la vocation humaine trouve ici son achèvement ; c’est là que nous parvenons vraiment au but, au bonheur intégral et indestructible. C’est la seule perspective qui explique pourquoi la Croix fait aussi partie de cette école (Mc 8, 34) : il n’y a pas d’autres manières de parvenir à la Résurrection, à la communion avec Dieu. (…) Pour arriver au Christ, il faut avoir le courage de franchir les eaux et de se confier à sa pesanteur, la pesanteur de la grâce.

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Pour terminer, nous trouvons à la fin de ce passage une autre image surprenante de l’école de Jésus-Christ : "Tu étendras les mains, et un autre te nouera la ceinture et te mènera où tu ne veux pas." (Jn 21, 18) Il s’agit vraisemblablement d’une référence à la mort sur la croix que Pierre subira en marchant à la suite de Jésus : ses mains sont étendues et liées. La question déjà soulevée au cours de la querelle entre Pierre et Jésus, après l’annonce de la Passion, devient ici parfaitement claire. Pierre doit renoncer à sa propre volonté. Ce n’est plus lui qui décide. C’est un autre qui lui ceint les reins.

Quand j’évoque ce passage, me revient toujours à la mémoire un petit rite qui m’a pénétré au plus profond de l’âme lors de mon ordination sacerdotale. Après l’onction, on vous liait autrefois les mains, et c’est avec les mains liées que vous preniez le calice (…). Les mains liées sont l’expression de l’impuissance, du renoncement à tout pouvoir. Elles sont entre ses mains, elles sont posées sur le calice. On pourrait dire : par là, on voit que l’Eucharistie est le centre de la vie sacerdotale. Mais l’Eucharistie est plus qu’une cérémonie ou une liturgie. C’est une forme de vie. Mes mains sont liées : je ne m’appartiens plus. Je lui appartiens et j’appartiens aux autres à travers lui. L’école du Christ est une disposition à être lié, à s’engager définitivement. Les mains liées sont en vérité les mains ouvertes, les mains tendues, comme dit l’Evangile. Le courage du lien définitif, le oui tout entier, c’est cela suivre le Christ. Ce n’est que dans la totalité de ce oui que nous parcourons l’ensemble de ce chemin dont nous venons de parler. Et seul le chemin tout entier est le véritable chemin. On ne peut séparer la vérité de l’amour."

Cet article est un extrait d’une homélie prononcée par le Cardinal Ratzinger en 1986, au Saint-Augustin’s Seminary à Toronto, éditée dans un livre intitulé "Serviteurs de votre joie, méditations sur la spiritualité sacerdotale", Edition Fayard, 1990. Les questions sont de mavocation.org

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