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L'Eglise ne vit que de donner Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal Barbarin   

ImageL'Eglise ne vit que de donner: "Ceci est mon corps, livré pour vous". La force concrète de cette parole est étonnante. Quand elle vient au cœur de l’acte liturgique, où elle dit l’essentiel et le centre de la mission du Christ, toutes nos vies résonnent et vibrent dans ces mots.
Jésus est au seuil de l’aventure pascale, au bord du ravin de ténèbres. Il va se livrer, se perdre et nul n’a idée de ce qu’il va recevoir dans la victoire de Pâques. Au soir du Jeudi saint, il donne, il aime, il lave les pieds, il parle...

Et comme tout le monde, dans l’atmosphère de ce repas de fête, il mange et boit. Mais soudain, la nourriture véritable, la voici dans ce pain : “Prenez et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous.” Nous savons que, dans ce geste, tout est dit. Voilà le résumé des miracles, des paraboles, de la vie cachée et du ministère public, voilà même la raison ultime de la venue de Dieu en notre chair : l’Époux vient au-devant de l’épouse et donne le témoignage de son amour en lui livrant son corps. Et, depuis vingt siècles, l’Église reçoit ce corps qui lui donne vie, amour, et toute sa fécondité d’épouse et de mère. Qui est le mieux nourri dans ce don, celui qui “mangeant de ce pain, vivra à jamais” (Jn 6, 51) ou celui dont la nourriture est de “faire la volonté de celui qui l’ a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin” (Jn 4, 34) ?

Ces mots, lorsqu’ils viennent au cœur du récit de l’Institution, rappellent en même temps au prêtre qui les prononce le centre de sa vie (même s’il n’est pas soumis à la loi du célibat ecclésiastique, et a fortiori s’il l’est, comme c’est le cas dans l’Église latine). Pour lui, participer à l’eucharistie, c’est mettre sa vie dans celle du Seigneur, et, lorsqu’il élève dans ses mains le corps livré, il montre et livre le sien. La communauté le sait ; comme l’épouse, elle est venue et s’est rassemblée pour recevoir le bien de Dieu des mains de son ministre qui se tient devant elle comme une figure de l’Époux.

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On peut encore poser la question : qui est ici le mieux nourri, les fidèles qui mangent de ce pain ou le prêtre qui le distribue, l’Église qui offre la grappe de raisin ou le monde qui en est réjoui ? Réponse impossible : l’Église ne vit que de donner, le prêtre de faire vivre, et les enfants reçoivent d’eux ce que le Père leur destine.

Le prêtre dit donc tout de lui et de sa vocation quand il glisse son offrande dans les mots du Seigneur. Mais il atteint également le centre de la vie de tous ceux qui l’écoutent. Cette femme dans l’assistance, qui attend un bébé, peut lui répéter dans le secret les mots qu’elle vient d’entendre : “Ceci est mon corps livré pour toi.” Et le bébé le sait qui, nuit et jour, fortifie sa propre vie dans le corps maternel qui lui est livré.

Les époux, en participant à l’eucharistie qui est sacrement de l’Alliance, s’enracinent davantage dans la vérité de leur mariage : leur vie est de se livrer, leur bonheur est la réciprocité de ce don. Et leur corps, comme celui du Seigneur, est le symbole de l’offrande de toute la personne.

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Les jeunes qui sont là peuvent contempler leur avenir dans le corps eucharistique : vie professionnelle, vie conjugale et familiale... Les lieux essentiels où leurs corps se donneront pour la vie du monde. Il n’est d’ailleurs pas seulement question de leur avenir, parce que le sport, la danse, la musique et le théâtre sont des lieux où tout l’être se donne dans une expression corporelle. Quant à la sexualité, celui qui a l’audace ou la simplicité d’en parler aux jeunes, il est à mon avis bien inspiré s’il commence par les mots même du Seigneur : “Ceci est mon corps livré pour vous.” Voilà la parole ultime de nos vies.

On pourrait continuer, essayer de parcourir toute l’assemblée. Pour chaque exemple, celui qui donne reçoit autant et peut-être plus que celui à qui il se livre : voici un petit homme qui accède à la vie grâce à une femme qui devient mère, voici toute une assistance réjouie par l’exploit sportif ou le talent artistique de jeunes qui n’imaginent pas pouvoir tant donner. Il y a aussi tous ceux qui souffrent de ne pas voir leurs corps livrés concrètement à une personne, célibataires qui ont eu le désir mais pas l’occasion de se marier, veuves et veufs qui, avec la disparition du conjoint, ne voient plus clairement qu’ils sont des êtres donnés. Qui peut imaginer l’écho de l’offrande du Christ dans le cœur de tous ceux qui la vivent dans l’eucharistie ? Quelque chose de cela mériterait d’être partagé. Quelle joie de savoir à quel point la messe est vivante pour un proche, pour d’autres !

Ce corps qui brille devant nous d’une réelle présence divine est un corps qui se livre. Et celui en qui l’amour de Dieu est présent et agissant ne garde rien pour lui. Il est tout entier à celui qu’il aime ou à ce qu’il fait.

Publié sous le titre "Ceci est mon corps livré pour vous"
Avec l’aimable autorisation de la revue "Communio"

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