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L’appel à devenir prêtre Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal Ratzinger, aujourd'hui Benoît XVI   
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Cela a-t-il encore un sens aujourd’hui de devenir prêtre, semeur de la Parole ? N’y a t-il pas pour un jeune homme des professions plus prometteuses, plus lucratives, plus brillantes, dans lesquelles il pourrait mieux développer ses talents ?

Cela a-t-il un sens de devenir prêtre aujourd’hui ?

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"Et c’est vrai : Dieu continue à passer incognito à travers l’histoire. Il continue à cacher son pouvoir sous les apparences de la faiblesse. Et les vertus divines, la Vérité, l’Amour, la Foi, la Justice, continuent à être des choses oubliées et inefficaces dans ce monde. Et pourtant nous dit cette parabole (du Semeur), ayez confiance, la moisson de Dieu pousse ! Quel que soit le nombre des "sympathisants" qui s’enfuient alors que l’on semblait avoir réussi ; quels que soient les efforts consentis en vain, la Parole mûrit aujourd’hui encore. Aujourd’hui encore, ce n’est pas en vain qu’il y a des hommes qui osent annoncer la Parole et vivre de la Parole ; qui osent s’opposer au courant de l’orgueil, de la convoitise, du laisser-aller. D’une façon ou d’une autre, leur graine mûrit dans le silence. Rien n’est vain. Dans le secret, le monde vit parce qu’il y a toujours en lui des gens qui croient, qui espèrent et qui aiment.

(…) Le prêtre éprouvera au-delà de toutes sortes de désillusions, la joie profonde de savoir que, dans le tréfonds de leur être, les hommes vivent de son misérable service et que c’est de cela que le monde vit. Et qu’au milieu de semailles parfois décourageantes, la moisson de Dieu pousse malgré tout."

(Extraits d’une homélie prononcée en 1962, lors de la première messe d’un jeune prêtre, en Rhénanie)

Découvre-t-on seul sa vocation ?

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"La pêche abondante déchire les filets. Pierre et ses compagnons ne peuvent en venir à bout. Par la suite, on nous dit qu’ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de s’approcher et de saisir les filets. Ils le firent et remplirent les deux barques qui étaient sur le point de couler (Lc 5, 7). L’appel de Jésus est en même temps (…) un appel à la coopération, à la solidarité, à l’entraide, à la réunion de deux barques. On trouve la même chose chez Jean. André ne peut cacher sa découverte lorsqu’il revient de l’entretien avec Jésus. Il amène son frère Simon à Jésus, et celui-ci amène Philippe qui, à son tour, appelle Nathanaël (Jn 1, 41-45). La vocation conduit à la solidarité. Elle conduit au groupe des disciples et elle pousse à transmettre à son tour ce qu’on a reçu. A toute vocation appartient également un élément humain : la dimension de la fraternité, le fait d’être encouragé par un autre. En méditant sur son propre chemin, chacun d’entre nous se rendra compte que l’éclair de Dieu n’a pas pénétré directement en lui, mais qu’il a fallu d’une certaine façon que d’autres qui ont la foi l’interpellent, le portent. (…) Conduits par des frères, c’est Jésus lui-même que nous trouvons (Jn 4, 42). Les deux choses sont nécessairement liées : d’une part le fait de diriger les autres, de leur adresser la parole et de leur transmettre ce que l’on croit, d’autre part le fait de "venir et voir" soi-même. (…) Cette collaboration fait partie de la dimension humaine de la foi."

(Extrait d’une méditation pour un jubilé d’or sacerdotal en 1983)

Devenir prêtre est-il un "droit" ?

"Le sacerdoce n’est pas quelque chose qu’on se procure soi-même. On ne peut pas se l’imaginer comme une sorte d’assurance pour la vie, de gagne-pain, un moyen d’atteindre une position sociale. (…) Le sacerdoce justement compris, on ne peut pas se le donner à soi-même, ni même le rechercher pour soi. Ce ne peut être qu’une réponse à Sa volonté, à Son appel.

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Toujours, il exige de nous que nous sortions de notre volonté propre, de l’idée spontanée d’une autoréalisation, de ce que nous pourrions faire de nous-mêmes et voudrions avoir, et que nous entrions de nous-mêmes dans une autre volonté pour nous laisser guider par elle, et même conduire là où nous ne voulons pas. Là où manque cette volonté fondamentale d’entrer dans une autre volonté pour ne faire qu’un avec elle, de se laisser mener là où on ne l’avait pas escompté, on n’est pas engagé dans la voie de la prêtrise, et celle-ci ne pourrait aboutir qu’à un résultat funeste."

(Extraits d’une homélie prononcée en 1986, au grand séminaire de Balberg)

"Jésus appela ceux qu’il voulait" (Mc 3, 13). "Le sacerdoce n’est possible que si l’on a appris à écouter sa voix. Il repose sur une relation dialogale. Mais il dépend avant tout de son initiative. La formulation de l’Evangile de Marc est très insistante : il appela ceux qu’il voulait, et non pas simplement ceux qui le désiraient. Il n’existe pas de droit à la prêtrise. On ne peut pas la choisir comme on choisit n’importe quelle autre profession. On ne peut qu’être choisi par lui pour ce travail. Le droit à la prêtrise n’entre pas dans la liste des droits de l’homme et personne ne peut l’obtenir par ses protestations. Il appelle qui il veut. (…) Mais il y a un droit du Seigneur de choisir ceux qu’il veut. Pour celui qui a reçu cette vocation, cela veut dire : il me veut. Jésus a un dessein à mon égard. Je dois entrer dans ce dessein, mûrir en lui. Il est l’espace de ma vie. La vie sera d’autant plus remplie, d’autant plus libre, que nous ne ferons qu’un avec ce dessein qui contient la vérité la plus profonde de notre moi.

Contentons-nous d’un bref regard sur les mots qui suivent : il en institua douze. Cette expression souligne une fois de plus le fait que le sacerdoce est "institué" par Jésus. (…) Personne ne peut prononcer de son propre chef les paroles qui n’appartiennent qu’au Christ : "Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang". "Je vous pardonne tous vos péchés". Aucune communauté ne peut habiliter quelqu’un pour faire cela. Jésus seul peut le faire. (…)

C’est justement ce dépassement de tout ce pouvoir qui est le nôtre qu’attend notre cœur, qu’attend toujours à nouveau l’histoire : les pleins pouvoirs de pardonner, ces pouvoirs qui changent le passé ; les pleins pouvoirs pour faire naître un amour indestructible."

(Extraits d’une homélie écrite en 1984, en vue d’une visite de grands séminaires aux Etats-Unis)

Qu’est-ce que suivre Jésus dans le sacerdoce ? Que faut-il pour être témoin ? Que doit faire le témoin ?

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"Le sacerdoce suppose qu’on ait le courage de dire oui à une autre volonté, de répondre à l’appel de l’autre, et cela bien sûr pour y découvrir peu à peu et toujours plus la certitude absolue qu’en entrant dans cette volonté nous ne sommes pas anéantis, détruits, mais que, quelles que soient les entraves auxquelles se heurtent en nous les indications reçues, c’est ainsi seulement que nous pénétrons dans la vérité de notre être propre. Car ainsi nous sommes plus près de nous que lorsque nous ne faisons que nous attacher à nous-mêmes. Suivre Jésus, dire ce oui : "Je suis là, je suis prêt", c’est donc toujours un événement pascal, c’est lié au fait de prendre la Croix et de suivre, de sortir de soi-même (…)."

(Extraits d’une homélie prononcée en 1986, au grand séminaire de Balberg)

"Que faut-il pour être témoin ? La première condition fondamentale ressort clairement du récit de la pêche : les apôtres rentrent chez eux. Sur la rive, se trouve un inconnu. Le disciple que Jésus aimait le reconnaît : "C’est le Seigneur." Pierre se lève d’un bond, s’habille et se jette à l’eau pour se hâter à sa rencontre. Voilà la première condition pour être témoin du Christ : l’avoir vu et le reconnaître. Mais comment cela peut-il se faire ? L’amour le connaît, nous dit l’évangile. Jésus se tient sur la rive ; dans un premier temps, nous ne le reconnaissons pas, mais nous l’entendons à travers la voix de l’Eglise : c’est lui. C’est à nous de partir, de le chercher et de nous approcher de lui. Dans l’écoute de l’Ecriture, dans la vie sacramentelle, dans la rencontre de la prière personnelle avec lui, dans la rencontre de ceux dont la vie est remplie de Jésus, dans différentes expériences de notre vie, et de bien d’autres manières, nous le rencontrons ; il nous cherche, et c’est ainsi que nous apprenons à le connaître. (…) Le témoin doit donc tout d’abord, avant de faire quelque chose, devenir ami de Jésus Christ, s’il ne veut pas se contenter de transmettre des connaissances d’un autre, mais être un véritable témoin.

Mais alors se pose la question : que doit faire le témoin ? L’évangile nous fournit trois réponses qui, à vrai dire, n’en forment qu’une. Avant que Pierre ne se voie confier la charge de pasteur, Jésus lui demande : "m’aimes-tu ?" Il faut qu’il aime Jésus. Puis il lui dit : "Pais mes brebis." Il doit remplir les tâches de berger. Et à la fin il lui dit : "Lorsque tu étais jeune, tu allais où tu voulais. Maintenant, c’est un autre qui te fixe ton chemin et qui te conduit. Ce n’est plus ta volonté qui décide de ton chemin mais la volonté d’un autre." Il doit suivre. Suivre le Christ, cela fait partie du service du disciple : ce service est un chemin."

(Extraits d’une homélie prononcée en 1986 au Saint-Augustin’s Seminary, à Toronto au Canada)

En quoi consiste la mission apostolique et sacerdotale ?

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"Les apôtres sont envoyés pour annoncer la Parole et ils ont les pleins pouvoirs pour chasser les esprits mauvais. Annonce de l’Evangile et pleins pouvoirs – Parole et sacrements : telles sont les deux colonnes fondamentales du service sacerdotal. Elles le resteront pour toujours. Dans la vie quotidienne du prêtre, ces deux tâches revêtent des formes variées. Il y a de nombreuses manières d’annoncer la Parole, depuis le sermon et l’enseignement jusqu’à l’entretien personnel. Le sacrement ne se limite pas à l’instant de sa réalisation liturgique. Il exige que celui qui l’administre se prépare intérieurement ; il exige une préparation de ceux qui le reçoivent. Mais il est important de ne pas nous laisser détourner de ces tâches essentielles."

(Extraits d’une homélie écrite en 1984, en vue d’une visite de grands séminaires aux Etats-Unis)

Quand suivre Jésus ?

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"Le oui à l’appel de Jésus est prioritaire, et requiert un engagement total. (…) On ne peut se contenter d’offrir une part de soi-même, une partie de son temps et de sa volonté. En agissant de la sorte, on ne répond pas à l’appel, tellement grand que c’est une exigence remplissant vraiment toute une vie, mais qui justement ne la remplit que quand on l’accepte dans sa totalité.

Mais cela signifie précisément aussi qu’il y a un moment où Jésus-Christ appelle, et qu’on ne peut le retarder en faisant le calcul suivant : "Oui, je veux bien, mais c’est encore trop dangereux pour moi maintenant. Auparavant, je veux faire ceci ou cela." On peut laisser passer le moment de sa vie et, en usant de réserves de la sorte, manquer l’essentiel de sa vie, en se mettant dans l’impossibilité de le rattraper par la suite. Il y a une heure pour l’appel, l’heure où la décision se présente, et alors elle est plus importante encore que tout ce que nous avions imaginé, ou que ce qui est en soi absolument raisonnable. La raison de Jésus et son appel sont prioritaires ; ils passent en premier lieu."

(Extraits d’une homélie prononcée en 1986, au grand séminaire de Balberg)


Cet article est composé d’extraits d’homélies prononcées par le Saint-Père Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger, rassemblées en 1988 dans un livre intitulé "Serviteurs de votre joie, méditations sur la spiritualité sacerdotale", édition Fayard, 1990. Les questions sont de mavocation.org

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