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 Il faut penser les vocations dans un lien réciproque : consacrés et personnes mariées ont besoin les uns des autres pour avancer vers le Christ.
"Il n'y a qu'un seul Seigneur, une
seule foi, un seul baptême, un
seul Dieu et Père de tous",
rappelle saint Paul aux chrétiens
d'Ephèse, avant d'ajouter :
"Chacun d'entre nous a reçu le
don de la grâce comme le Christ
nous l'a partagée." (Ep 4, 5-7)
Ainsi, l'unique vocation
baptismale se vit dans une
diversité d'états : mariage,
sacerdoce ministériel, célibat
consacré ou non, vie
contemplative ou vie apostolique.
Spontanément, nous voyons ces
diverses vocations placées les unes
à côté des autres, simplement
juxtaposées. Chacun suivrait son
chemin selon l'appel reçu, ses
dispositions, ce qu'il a consenti à
engager dans la suite du Christ et
le service des frères. Nous mettons
aussi entre ces vocations des
hiérarchies dont les critères
spirituels ne sont d'ailleurs pas
toujours bien clarifiés. Enfin, selon
un réflexe bien connu, nous nous
prenons d'envie, parfois, pour la
vocation du voisin qui serait plus
facile ou plus haute, ou plus
désirable. Mais ces pensées très
humaines sont loin d'épuiser le
mystère de communion qui se
joue dans l'Église. "Chacun reçoit
le don de manifester l'Esprit en
vue du bien de tous […] Vous êtes
le corps du Christ et, chacun pour
votre part, vous êtes les membres
de ce corps." (1 Co 12, 7. 27) Ensemble vers la sainteté  © esprit-photo.com Les multiples manières qu'ont les
chrétiens de vivre la vie baptismale
ne sont pas des routes parallèles
destinées à ne se rejoindre qu'à
l'infini des jours. Il ne suffit même
pas de les déclarer
complémentaires : le mot peut
rester très abstrait ou ne désigner,
de manière fonctionnelle, qu'un
partage des tâches. De façon
beaucoup plus profonde, les
diverses vocations sont appelées
à se parler, à rendre témoignage
chacune, de façon privilégiée,
d'un aspect de la vie chrétienne
que tous ont à vivre. Elles sont
appelées à s'éclairer et à se porter
mutuellement jusqu'à la sainteté.
Le pape Jean Paul II n'hésitait pas
à placer ce dialogue, de façon
radicale, au sein de la première
différence qui nous marque : celle
qui sépare l'homme et la femme.
"Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu il le créa,
homme et femme il les créa."
(Gn 1, 27) En ravivant la référence
mariale et en éclairant la grandeur
de la condition féminine, le pape
invitait les hommes à recevoir le
signe d'une féminité essentielle de
l'Église qu'ils ont à apprendre et
à vivre. De même, s'adressant aux
femmes, il mettait en vis-à-vis les
consacrées et les femmes mariées
en les appelant les unes les autres
à s'instruire de leurs vocations
singulières.La prophétie de l'éternité Cette logique de communion et
de témoignage doit certainement
être prolongée plus loin encore.
Ainsi, il est clair que le sacerdoce
ministériel est ordonné au service
des chrétiens laïcs, et donc, en
particulier, de la vie des couples.
Mais ce serait penser trop court
que de ne pas imaginer que les
prêtres ont un témoignage à
recevoir des couples mariés pour
vivre en plénitude leur propre
consécration. Si l'union de
l'homme et de la femme est bien
le "grand mystère" dont parle
saint Paul, comment se dispenser
de recevoir la lumière que la vie
conjugale projette sur l'Alliance
dont le Christ est la perfection et
l'accomplissement ? "J'ai fait de
toi mon Alliance avec le peuple et
la lumière des nations." (Is 42, 6)
De la même façon, la vie
consacrée a besoin que des
couples lui rappellent que seul
l'amour complètement vécu, dans
la durée parfois obscure des jours,
sanctifie une vie. En retour,
c'est en regardant la vie consacrée
que le mariage peut se déprendre
de liens humains trop absolus qui
oublieraient que la relation à Dieu
précède et fonde toute autre
relation. Garde-fou contre
l'idolâtrie qui peut se glisser aussi
dans la manière de vivre la vie
conjugale et familiale…
Et encore, la vie chrétienne dans
le monde menace de s'étioler dès
lors qu'elle ne sait plus reconnaître
dans la vocation monastique le
sens concentré de toute vie
baptismale, ainsi que la prophétie
de notre éternité. |