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Complémentarité des vocations : nous avons besoin des autres Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Anne-Marie Pelletier   


Il faut penser les vocations dans un lien réciproque : consacrés et personnes mariées ont besoin les uns des autres pour avancer vers le Christ.

"Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous", rappelle saint Paul aux chrétiens d'Ephèse, avant d'ajouter : "Chacun d'entre nous a reçu le don de la grâce comme le Christ nous l'a partagée." (Ep 4, 5-7)

Ainsi, l'unique vocation baptismale se vit dans une diversité d'états : mariage, sacerdoce ministériel, célibat consacré ou non, vie contemplative ou vie apostolique. Spontanément, nous voyons ces diverses vocations placées les unes à côté des autres, simplement juxtaposées. Chacun suivrait son chemin selon l'appel reçu, ses dispositions, ce qu'il a consenti à engager dans la suite du Christ et le service des frères. Nous mettons aussi entre ces vocations des hiérarchies dont les critères spirituels ne sont d'ailleurs pas toujours bien clarifiés. Enfin, selon un réflexe bien connu, nous nous prenons d'envie, parfois, pour la vocation du voisin qui serait plus facile ou plus haute, ou plus désirable. Mais ces pensées très humaines sont loin d'épuiser le mystère de communion qui se joue dans l'Église. "Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous […] Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps." (1 Co 12, 7. 27)

Ensemble vers la sainteté

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© esprit-photo.com
Les multiples manières qu'ont les chrétiens de vivre la vie baptismale ne sont pas des routes parallèles destinées à ne se rejoindre qu'à l'infini des jours. Il ne suffit même pas de les déclarer complémentaires : le mot peut rester très abstrait ou ne désigner, de manière fonctionnelle, qu'un partage des tâches.
De façon beaucoup plus profonde, les diverses vocations sont appelées à se parler, à rendre témoignage chacune, de façon privilégiée, d'un aspect de la vie chrétienne que tous ont à vivre. Elles sont appelées à s'éclairer et à se porter mutuellement jusqu'à la sainteté.
Le pape Jean Paul II n'hésitait pas à placer ce dialogue, de façon radicale, au sein de la première différence qui nous marque : celle qui sépare l'homme et la femme. "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa." (Gn 1, 27) En ravivant la référence mariale et en éclairant la grandeur de la condition féminine, le pape invitait les hommes à recevoir le signe d'une féminité essentielle de l'Église qu'ils ont à apprendre et à vivre. De même, s'adressant aux femmes, il mettait en vis-à-vis les consacrées et les femmes mariées en les appelant les unes les autres à s'instruire de leurs vocations singulières.

La prophétie de l'éternité

Cette logique de communion et de témoignage doit certainement être prolongée plus loin encore. Ainsi, il est clair que le sacerdoce ministériel est ordonné au service des chrétiens laïcs, et donc, en particulier, de la vie des couples. Mais ce serait penser trop court que de ne pas imaginer que les prêtres ont un témoignage à recevoir des couples mariés pour vivre en plénitude leur propre consécration. Si l'union de l'homme et de la femme est bien le "grand mystère" dont parle saint Paul, comment se dispenser de recevoir la lumière que la vie conjugale projette sur l'Alliance dont le Christ est la perfection et l'accomplissement ? "J'ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations." (Is 42, 6)

De la même façon, la vie consacrée a besoin que des couples lui rappellent que seul l'amour complètement vécu, dans la durée parfois obscure des jours, sanctifie une vie. En retour, c'est en regardant la vie consacrée que le mariage peut se déprendre de liens humains trop absolus qui oublieraient que la relation à Dieu précède et fonde toute autre relation. Garde-fou contre l'idolâtrie qui peut se glisser aussi dans la manière de vivre la vie conjugale et familiale…
Et encore, la vie chrétienne dans le monde menace de s'étioler dès lors qu'elle ne sait plus reconnaître dans la vocation monastique le sens concentré de toute vie baptismale, ainsi que la prophétie de notre éternité.

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