|
Page 1 sur 4 Le Père Bernard Peyrous nous présente une brève histoire de la vie consacrée à travers les siècles, des origines chrétiennes à nos jours.On peut dire, de manière très résumée, que l'histoire de la vie consacrée comprend quatre périodes différentes.
La première période va principalement des origines chrétiennes au IVe siècle. C'est le temps de la découverte et de la mise en place de la vie consacrée. Rappelons d'abord que, dans l'Antiquité grecque et romaine, le don absolu d'une femme à Dieu dans le célibat est considéré comme anormal et incompréhensible. Il y a bien sûr le cas des vestales romaines, mais c'est plutôt un contre-exemple dans la mesure où elles sont maintenues par la force dans cet état jusqu'à l'âge de quarante ans. Dans le monde juif, ce qu'on demande à une femme, c'est d'être mariée et d'avoir des enfants, spécialement des garçons, afin de perpétuer la famille. Il est impensable qu'une femme demeure célibataire et, pour une femme mariée, ne pas avoir d'enfant est considéré non seulement comme un déshonneur, mais comme une malédiction de Dieu. Tout change avec le Christ et la Vierge Marie. Jésus est demeuré célibataire dans un don absolu au Père d'une part et aux hommes d'autre part. Sa mère, Marie, dès avant l'Annonciation, a reçu un appel de Dieu à se consacrer à lui dans la virginité. C'est la raison pour laquelle, quand l'ange lui apparaît et lui annonce qu'elle mettra au monde le Sauveur, elle lui fait cette objection : "Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ?" Cela sous-entend que Marie souhaite le rester, puisque cette demande lui a été faite antérieurement par Dieu. La virginité est comme constitutive de Marie, elle est la manifestation de son don complet au Seigneur. Or, dès la première génération chrétienne, comme nous le voyons dans saint Paul, des jeunes filles désirent vivre cet état de virginité. Elles le font certes parce qu'elles attendent, au début, la venue imminente du Royaume, mais aussi parce que l'exemple du don de Marie les encourage. Et c'est ainsi que naît la virginité consacrée dans la primitive Église. Celle-ci est aussitôt reconnue par l'Église. On la protège, on la met à l'honneur, par exemple en lui donnant une place d'honneur dans les cérémonies liturgiques ; on lui consacre des traités, dont les plus connus sont ceux de Tertullien et de saint Ambroise. Des hommes, appelés les "continents", vivent rapidement le même charisme. Leur exemple inspirera plus tard le célibat sacerdotal.
Pour bien comprendre l'importance de la virginité (et plus largement de la chasteté) consacrée, il faut ici faire une remarque. Dieu utilise à certains moments, pour faire avancer les hommes, tel ou tel type de sainteté. C'est comme une locomotive qui tracte le reste du train. Aux origines chrétiennes, les grands modèles sont les saints martyrs, les saints évêques, les vierges consacrées. Ils ont comme une valeur prophétique. Il est certain que la virginité consacrée est tellement inattendue dans le monde antique, tellement éloignée de la sexualité environnante, qu'elle a une force de provocation. Qu'une jeune fille accepte de rester vierge, le désire même de tout son cœur, c'est incompréhensible pour les païens. Alors une question se pose à eux : si ces femmes sont heureuses comme cela, quelle est la source de leur bonheur ? Vivre avec Jésus, "épouser le Christ", peut donc donner un sens si fort à la vie ? Le Christ serait-il vraiment vivant ? Par leur seule existence, les vierges consacrées ont donc joué un rôle très fort dans le témoignage et dans l'évangélisation du monde antique.
|