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Page 2 sur 2 Les vœux religieux sont l'expression de ce don définitif. Tout ce qui est grand est définitif : le mariage est définitif, le sacerdoce est définitif, la vie religieuse est définitive. Penser qu'on puisse n'être un prêtre, un époux ou un religieux que pour un certain temps, c'est la négation même du don ; dans ces conditions, on se prête, on ne se donne pas. C'est-à-dire qu'on reste son propriétaire, puisqu'on se réserve le droit de se reprendre quand on en aura envie. Ce qui est essentiel dans les vœux religieux, c'est justement, par un engagement définitif, de mettre la décision d'être totalement au service de Dieu à l'abri des possibilités éventuelles de mises en question et de tentations. C'est la manière, en quelque sorte, d'être sûrs que, quels que soient les troubles qu'on puisse éprouver, on a vraiment mis sa vie au service du dessein infini de l'Amour. Cette vie, donc, totalement livrée à Dieu, réalise déjà, de façon inchoative, la fin même du dessein de Dieu, la vie selon l'Esprit. [...]
La vie des religieux et religieuses est essentiellement de tendre à être tout entier(e) sous l'action de l'Esprit ; deuxièmement, on ne peut être sous l'action de l'Esprit d'une manière durable que si on s'en donne les conditions, c'est-à-dire une Règle ; enfin, les religieux et religieuses apportent à l'Église quelque chose d'incomparable et qui lui est absolument nécessaire. La première leçon, la première fonction de la vie religieuse est de témoigner, non pas de ce dont l'homme est capable, mais de ce dont Dieu est capable, suivant le mot de l'Évangile : "En vous voyant, ils rendront grâce à Dieu". Je veux dire qu'il y a des choses dont les hommes sont capables ; par exemple, la vertu, le courage, la générosité. Et quand des hommes les réalisent, on les rapporte à l'homme et on admire ce dont l'homme est capable. Mais le propre de la sainteté, le propre de la vie spirituelle authentique, c'est qu'elle n'est pas l'œuvre des hommes, c'est qu'elle est l'œuvre de l'Esprit. C'est d'ailleurs très encourageant, parce que cela veut dire que la sainteté n'est conditionnée par rien d'autre que la foi, et c'est pourquoi elle est possible à tous. Il n'est pas nécessaire d'avoir des aptitudes humaines particulières, il suffit d'avoir une foi totale et de se livrer au Saint-Esprit. Et nous voyons qu'il y a eu parmi les saints des hommes qui se sentaient eux-mêmes fragiles, - saint Jean de Brébeuf disait qu'il ne pouvait supporter l'idée de se faire une piqûre d'épingle, mais qu'il était prêt à affronter les supplices que les Iroquois pourraient lui faire subir, parce qu'il savait qu'à ce moment-là la grâce de Dieu le soulèverait. C'est pourquoi la mission de la vie religieuse est de faire toucher ce domaine propre de la réalité qu'est l'ordre de la sainteté, c'est-à-dire l'ordre de ce que l'Esprit-Saint seul accomplit dans les cœurs. Il y a dans une âme vraiment spirituelle une humilité - parce qu'elle sait qu'elle n'y est pour rien et que c'est l'Esprit qui accomplit tout, - une docilité à l'Esprit, un goût des choses spirituelles qui suscitent, beaucoup plus qu'on ne le croit, le sentiment qu'il y a là quelque chose qui vient de Dieu. Et c'est en quoi la vie religieuse porte un témoignage de la fécondité de la grâce de Dieu dans une âme, des merveilles que Dieu peut accomplir dans l'âme de ceux qui se livrent à lui.
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