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A l'occasion de l’ordination diaconale de frère Adrien Gonzales, Légionnaire du Christ, et de Richmond Niamké, séminariste du diocèse d’Abidjan, le 28 mars 2009 à Méry sur Marne, Mgr Nicolas Brouwet revient sur les exigences du célibat sacerdotal.
Vous le savez, on peut remettre pratiquement en cause sa promesse de célibat
et le vœu religieux de chasteté au cours de son existence. Et
en plus, pour mille raisons compréhensibles (en disant compréhensibles,
je ne dis pas qu'on puisse les justifier ; je dis qu'on peut en comprendre
la genèse).
Un sentiment extrême de solitude et même d'abandon, lorsque,
après avoir pris des initiatives pastorales, on n'est pas suivi ; quand
un conflit a éclaté dans une communauté et que personne
ne nous soutient ; quand on est en conflit avec son supérieur ; quand
on ne se plaît pas dans une nouvelle mission, connaissant mal la langue
du pays ou étant mal intégré dans la nouvelle équipe…)
Tout cela peut nous amener à vouloir trouver du réconfort moral,
psychologique, dans les bras de quelqu'un.
On peut aussi remettre en cause son appel au célibat en revenant sur
son passé, pensant qu'on a manqué de liberté en entrant
en religion, qu'on manquait d'expérience, que nos parents ont eu la
vocation à notre place ; réalisant qu'on a des blessures d'amour
qui n'ont jamais été reconnues, travaillées et guéries :
manque d'affection à la maison, une éducation très rigide
où les sentiments n'ont jamais eu de place, méconnaissance totale
des femmes, parce qu'on a grandi dans un milieu exclusivement masculin.
On peut encore rêver d'une autre vie, face à la lassitude, au
train-train, aux problèmes de gestions, aux conflits, face à une
certaine déception sur le ministère.
On perd une vision surnaturelle de la mission, un regard d'espérance
sur l'Eglise et nos communautés concrètes et on finit dans une
forme de déprime, de désespérance, voire de cynisme.
Dans ces moments-là, on peut imaginer trouver son bonheur – et
même un certain accomplissement de sa vie chrétienne – en
fondant un foyer dont on se dit qu'il sera chrétien.
Enfin, il y a aussi le manque de prudence, une certaine naïveté qui
fait que l'on se retrouve dans des situations impossibles dont on n'arrive
plus à se sortir : une relation pleine d'ambiguïtés
avec une femme ; par exemple quelqu'un qu'on a voulu aider, soutenir,
porter à bout de bras… Et puis c'est un entraînement dans
une relation amoureuse qu'on finit par ne plus maîtriser.
Il faut nous rappeler quelques principes :
Le célibat est un état de vie auquel on est appelé par
le Seigneur "Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne." (Mt
19, 12). Et à cet appel correspond une grâce particulière :
c'est cela la vertu d'espérance.
Mais la grâce appelle notre collaboration active. "Redoublez d'efforts
pour confirmer l'appel et le choix dont vous avez bénéficié ;
en agissant ainsi, vous ne risquerez pas de tomber." (2 P 1, 10).
Comment ?
Dans l'humilité : en reconnaissant notre faiblesse, notre péché,
notre pauvreté, surtout dans le domaine de la chasteté, parce
que c'est un lieu fragile de notre organisme spirituel. Pourquoi fragile ?
Parce qu'il touche à notre relation à l'autre ; à ce
qu'il y a de plus important pour nous : à l'amour, l'amour de l'autre
et l'amour de soi.
C'est un lieu de fragilité parce que c'est un lieu de grandeur, grandeur
de l'amour pour l'autre, grandeur du désir de se donner à l'autre,
grandeur de l'amour dont nous sommes aimés.
Ce qui touche à notre vocation la plus profonde, la vocation à aimer à l'image
de Dieu, est aussi le lieu de plus grandes fragilités et de plus grands
combats.
L'humilité consiste d'abord à reconnaître ses fragilités.
Mais surtout à oser mettre les mots dessus : dans le sacrement
de la réconciliation et dans l'accompagnement spirituel.
Dès qu'on en parle dans l'ouverture du cœur à son confesseur
ou son accompagnateur, on doit reconnaître devant l'Eglise sa faiblesse
et sa pauvreté. On est ainsi amené à confesser son inaptitude,
son manque d'ajustement à l'appel reçu. Et c'est difficile, parce
que c'est comme si on disait à l'Eglise qu'on n'est pas à notre
place. Comme si on donnait à l'Eglise des arguments pour remettre en
cause la mission reçue. C'est là qu'intervient le démon
muet. Le démon qui nous presse de ne rien dire, de minimiser ce qui
s'est passé : "Personne ne te comprendra …Ne dis rien ;
c'est ta vie qui va en être bouleversée …Ne parle pas ;
personne ne peut rien pour toi. On te fera la morale et tu n'y gagneras rien".
Mais voilà : il y a des moments, dans une
vie consacrée,
où tout doit être remis entre les mains de Dieu par le ministère
de l'Eglise. On n'échappe pas à ces moments-là, à prendre
le risque de tout confier, sans savoir ce qui nous sera répondu, le
conseil ou l'ordre qui nous sera donné. Ce sont les moments les plus
intenses de notre vie de foi quand, dans l'humilité, nous nous dépossédons
de tout pour confesser notre peu d'aptitude à continuer à servir.
Nous y faisons l'expérience de nous dessaisir de tout pour apprendre à nous
laisser saisir, à la suite de Paul : "J'ai moi-même été saisi
par le Christ Jésus". (Ph 3, 12)
C'est dans l'humble confession de notre faiblesse que nous apprenons à accueillir
la grâce qui, seule, peut nous ajuster à l'appel de Dieu et nous
donner de répondre à notre vocation. En
acceptant le combat, c'est-à-dire prenant les moyens d'une vraie chasteté.
Mais ces moyens sont inutiles s'il n'y a pas l'humilité d'abord. Sinon,
c'est un combat qu'on livre tout seul, appuyé sur ses propres forces,
et donc dans un état de toute puissance qui nous enferme sur nous-mêmes
et qui nous ferme donc à la grâce.
Pureté dans l'intention primum in mente. Dans les relations,
y compris pastorales, il peut y avoir la tentation de posséder l'autre,
de s'en rendre maître, de l'avoir sous sa coupe. Dans une relation d'autorité qui
n'est pas bien assumée, dans une relation de séduction – en
particulier avec les jeunes et avec les femmes, dans une relation de chantage
affectif, dans une relation en concurrence ou de dépendance.
La chasteté commence dans une grande clarté vis-à-vis
de soi : sur le type de relation qu'on met en place. La
pureté d'intention,
c'est la conscience vive de ce qu'on est en train de faire et des conséquences
que cela induira dans notre comportement.
Pureté dans le regard, monde d'images, monde de pub, monde de sollicitations… |