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Voici l'homélie prononcée par Mgr Gérard Daucourt pour l'ordination
sacerdotale de YANNICK DEMEY à la Cathédrale Sainte Geneviève
de Nanterre le 21 juin 2008
Nous avons entendu en 1ère lecture un passage du livre
d'Isaïe,
et nous savons que Jésus s'est appliqué à lui-même
ce que nous a dit le prophète : "L'Esprit du Seigneur est sur
moi et il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle." Nous savons
aussi que Jésus nous a communiqué cet Esprit à notre Baptême
et à notre Confirmation, pour que nous puissions remplir notre mission.
Il n'y a pas de mission au nom du Christ sans la présence et
l'action de l'Esprit Saint.
Yannick reçoit aujourd'hui la mission de prêtre. Notre
célébration n'est pas la cérémonie de la remise d'un diplôme habilitant à l'action
pastorale. Elle n'est pas une réunion pour donner des directives à l'un
d'entre nous qui accède à un nouveau poste. Elle est
une assemblée
de disciples du Christ, qui supplient l'Esprit Saint de combler Yannick de
tous les dons spirituels nécessaires pour vivre sa vie chrétienne
comme prêtre. Nous sommes des disciples qui croient que par la médiation
de l'Eglise, la médiation du peuple qui prie et l'imposition des mains
de l'évêque, l'Esprit va se saisir de tout l'être de Yannick
pour le donner comme prêtre à l'Eglise, pour le monde. Les paroles
d'Isaïe sont aussi pour toi, Yannick : l'Esprit du Seigneur est sur
toi. Il t'envoie porter la Bonne Nouvelle.
La route a été longue depuis ton baptême. Elle n'a pas
toujours été clairement balisée. Il t'a fallu chercher
avec ta foi, ton tempérament. Il y a eu des résistances, des
refus, temporaires peut-être, des lenteurs. De ta famille à Sainte-Marie
d'Antony, de la fac de Sceaux et de son aumônerie à une vie professionnelle
en divers endroits, du Séminaire des Carmes et de l'Institut Catholique
aux insertions et stages en paroisses, en particulier à Issy-les-Moulineaux
et à Asnières, jusqu'à ce jour, le chemin montait et descendait,
s'allongeait calmement ou redevenait tortueux. Il t'a fallu souvent changer
de braquet. Tu as avancé avec l'aide de l'Eglise… avancé parfois
lentement, ce qui peut paraître paradoxal pour un champion cycliste.
Mais le sport et la vie selon l'Esprit n'obéissent pas exactement aux
mêmes lois, en tout cas en ce qui concerne la vitesse. Saint Paul a su
cependant faire des rapprochements nourrissants, parlant de son ministère
et même de toute sa vie chrétienne comme d'une course, à condition
de ne pas courir à l'aventure et aussi comme un pugilat, à condition
de ne pas frapper dans le vide. (cf. I Cor. 9, 26)
 © esprit-photo.com Yannick, en persévérant toi-même dans l'entraînement
au combat spirituel, en courant vers le but, comme dit encore saint Paul (cf
Phil. 3, 12), tu dois devenir, comme tout baptisé, un
champion pour le Christ. Mais voici que par le ministère de
prêtre, tu deviens
un entraîneur spécialisé dans le sport de l'Evangile. En
plus, tu es chargé du ravitaillement tout au long de la course, par
la Parole et les Sacrements que tu donneras au nom du Christ. Parce que tu
en as fait toi-même l'expérience, tu sauras reconnaître
la vitesse de chacun, c'est-à-dire le rythme des gens, l'étape
qui est la leur dans leur marche de foi, leur course à la suite du Christ.
Ceux qui se contentent d'applaudir les coureurs qui passent ou de leur demander
des autographes, tu les encourageras à devenir plus actifs sur les chantiers
du Christ. Ceux qui ne font que regarder les courses et les compétitions
devant le poste de télévision, tu leur diras que le Christ les
aime, tu leur lanceras ses appels, tu les encourageras aussi et leur offriras,
avec les autres chrétiens, des communautés et des lieux pour
accueillir la Bonne Nouvelle. Tu es appelé à dire par
toute ta vie, avec un infini respect de toute personne, les paroles
de Paul que nous avons entendues dans la 2ème lecture : "Ce
n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus notre Seigneur.
Nous ne sommes que vos serviteurs à cause de Jésus". (II
Cor. 4,5)
Dans le service de pasteur qui nourrit, conduit et rassemble les disciples
de Jésus, le prêtre demeure un homme avec ses fragilités,
ses faiblesses. Mais de par sa vocation et son ordination, il a reçu
du Saint Esprit un tel pouvoir, que l'on peut dire paradoxalement que, pour
lui, il est bon d'être faible et fragile. C'est en tout cas ainsi que
je comprends ce que saint Paul nous a encore dit : "Ce trésor,
nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ; ainsi, on
voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de
Dieu". (II Cor. 4, 7) Dans cette même
Lettre aux Corinthiens, saint Paul ne dira-t-il pas aussi : "Je n'hésiterai
donc pas à mettre
mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en
moi." (cf. II Cor. 12, 9) ?
Yannick, une phrase de Nicolas Berdiaev t'a beaucoup marqué,
il y a longtemps : Il est possible que Dieu ruisselle de sang en voyant
combien les hommes comprennent servilement sa volonté et l'accomplissent
d'une façon purement formelle. C'est sans doute en lien avec cette
citation et parce que tu as expérimenté l'amour de Dieu pour
toi, que tu as choisi le passage de l'Evangile de saint Jean qui a été proclamé : "Demeurez
dans mon amour… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous… Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés… Vous êtes mes
amis… C'est moi qui vous ai choisis…" Oui,
tu connais l'amour de Dieu pour toi et pour tous les hommes. Tu sais que tu n'as aucun
droit à être
prêtre et que c'est Jésus qui en a eu l'initiative. Il
t'a choisi et t'a préparé à travers tant de médiations diverses.
Il t'a choisi, établi comme prêtre, Il te donne son Esprit pour
que tu portes du fruit en annonçant la Bonne Nouvelle.
N'oublie jamais tes bagages, ton équipement, tout ce que le Seigneur
te donne et te donnera pour que tu sois un prêtre plein de charité pastorale.
Il y a, me dit-on, des prêtres qui sont très préoccupés
de leur identité. Le signe indispensable de l'identité du prêtre,
c'est la charité pastorale. Sois un prêtre de plein vent dans
l'Eglise et dans la société d'aujourd'hui, mais qui défend
son identité par une vie totalement donnée au Christ et aux hommes.
Chers amis, nous avons entendu le Christ, saint Paul, le prophète
Isaïe. J'ai cité Berdiaev. Je termine en citant Yannick : "L'appel
du Christ nous précède et nous envoie en mission, pourtant il
nous faut Lui demander sans cesse de venir au secours de notre faiblesse".
C'est
ce que nous allons faire maintenant.
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