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Peut-on garder des liens d’amitié dans la croissance d’une vocation ?
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Homélie pour l'ordination épiscopale de Mgr Brouwet Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre   

 

Homélie prononcée par Mgr Gérard Daucourt pour l'ordination épiscopale de Mgr Nicolas Brouwet en l'église Saint Pierre de Neuilly le 29 juin 2008

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Jésus leur demanda : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?
Pour participer pleinement à cette liturgie, il nous faut répondre chacun personnellement à cette question : qui est Jésus pour moi ? Peut-être que certains d'entre vous sont ici par amitié, mais ne partagent pas la foi chrétienne. C'est important, l'amitié. Le nouvel évêque auxiliaire aura bien besoin de l'amitié des catholiques et des autres chrétiens, des croyants et de ceux qui ne professent pas une religion.
Mais pour nous qui avons reçu les sacrements du Baptême et de la Confirmation, qui est le Christ ? Est-ce que nous nous joignons à Simon Pierre pour affirmer : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, et en tirons-nous les conséquences pour une relation vivante avec ce Fils du Dieu vivant, une vie à sa suite et un témoignage rendu à son Evangile dans la société d'aujourd'hui ? Si nous ne reconnaissons pas Jésus pour le Fils de Dieu, si nous ne le croyons pas ressuscité et vivant aujourd'hui, si nous n'avons pas de relation avec Lui, s'Il n'est pas le Seigneur de nos vies, savez-vous ce que nous dirons : "Cela ne doit pas être facile d'être évêque par les temps qui courent… Il a l'air plutôt comme ça… Ah non, moi j'ai entendu dire qu'il était plutôt comme ceci… Vous savez ma fille le connaît bien puisqu'elle est à l'aumônerie et elle m'a dit que… Ah ? Eh bien mon fils m'a dit exactement le contraire…" Ce sont des bavardages, pas nécessairement méchants et qu'on ne peut totalement empêcher, mais prenons garde qu'ils nous éloignent de l'essentiel : aujourd'hui, parce qu'il a reçu la grâce d'affirmer que Jésus est le Messie, le père Brouwet est appelé par ce même Jésus à prendre place parmi les successeurs de ses Apôtres ; aujourd'hui, à cause de Jésus qu'il veut continuer de suivre, il répond oui ; aujourd'hui, il est consacré et envoyé par l'Esprit de Jésus. Avec celui qui, dans quelques instants, deviendra évêque, je vous invite à raviver en vous le don de la foi qui vous fait dire : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant" et à raviver aussi ce que vous avez reçu au Baptême par l'Esprit qui vous a consacrés et envoyés.

C'est bien pour vous aider à vivre de ce double don dans l'Eglise et pour le monde que l'évêque accomplit la triple fonction de sanctifier, gouverner et enseigner le peuple de Dieu. Il faut que l'évêque sache, écrivait Jean-Paul II, que sa tâche est de faire en sorte que dans l'Eglise puissent naître et se développer toute vocation, toute élection de l'homme de la part du Christ, même la plus humble.

A mes côtés comme évêque auxiliaire, le père Nicolas Brouwet va donc être le serviteur de la vocation de chacun d'entre vous pour permettre que, par le témoignage de chaque chrétien et de l'Eglise, nombreux soient ceux et celles qui découvrent et accueillent l'amour de Dieu tel que Jésus nous l'a révélé et nous le donne.

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Avec vous, prêtres, diacres, laïcs et avec moi, le père Nicolas Brouwet sera missionnaire dans ce département que recouvre notre diocèse, département où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Nous sommes ensemble envoyés à tous, aux riches et aux pauvres, pour leur proposer l'Evangile qui, quand on le prend au sérieux, est à la fois consolation et provocation, don d'amour et dénonciation du mal en nous et autour de nous, mise en valeur de la dignité de tout être humain et condamnation de l'injustice, du mépris et de l'égoïsme et enfin, moyen de discernement de l'action de l'Esprit Saint agissant dans et en dehors des limites visibles de l'Eglise.

Des milliers de baptisés proposent cette Bonne Nouvelle dans notre département, en paroles mais aussi en actes, par des engagements de toutes sortes dans la société et d'innombrables services dans l'Eglise. Le père Nicolas Brouwet connaît bien cette vitalité de la communauté catholique des Hauts-de-Seine qui ne cesse de m'émerveiller, vitalité que, par les relations œcuméniques, nous percevons bien aussi chez tant de nos frères et sœurs des autres communautés chrétiennes. Dans notre Eglise, l'Esprit Saint entretient cette vitalité d'une manière particulière par le ministère des prêtres dont la vraie fécondité est souvent cachée, par le ministère des diacres et le service des laïcs en charge ecclésiale, par les membres des Equipes d'Animation Pastorale et par le témoignage de ceux et celles qui ont été appelés à la vie consacrée. Pour cet élan missionnaire, il a fallu aussi le ministère épiscopal. Celui de Mgr Delarue, notre 1er évêque de 1966 jusqu'en 1982. Par votre ministère, cher père Favreau que je salue avec affection et reconnaissance, en rappelant qu'il y a seize ans, vous ordonniez prêtre celui qui aujourd'hui devient évêque. A cause du Christ, pour le bien de la société et la gloire de Dieu, nous voulons continuer, sachant qu'il y a tant de besoins et conscients que s'il y a vitalité, il y aussi faiblesse, manque et fragilité.

Pour cela, cher Nicolas, j'ai besoin de toi, non pour que j'en fasse moins, "pour être soulagé", comme on me l'a dit parfois, mais pour en faire plus, pour que la grâce du service épiscopal soit en plus grande proximité et qu'un plus grand nombre puisse en bénéficier. Une telle mission dépasse les seules forces humaines ; mais, tu l'as dit, tu l'as écrit : l'espérance nous porte à croire fermement que le Seigneur nous donnera les moyens d'accomplir ce qu'Il nous demande. Et Il nous donne à la fois la mission et la grâce de la mener à bien. Avec de telles convictions, tu t'inscris dans la lignée des deux grands apôtres que l'Eglise fête aujourd'hui et qui, comme le dira la Préface de cette liturgie, ont travaillé l'un et l'autre, chacun selon sa grâce, à rassembler l'unique famille du Christ. Pierre et Paul ont tenu jusqu'au bout dans cette espérance et sont allés jusqu'à verser leur sang pour Jésus et son Evangile. Tout au long de leur mission - nous l'avons entendu dans les deux premières lectures de la Parole - ils ont pu compter sur le Seigneur qui les a fait échapper à tout ce qu'on faisait pour leur nuire. Ils l'ont reconnu, alors que l'un et l'autre étaient prisonniers à cause du Christ. Avec Paul, dont le pape Benoît XVI ouvre aujourd'hui l'année jubilaire du bimillénaire de la naissance, tu peux dire, quoi qu'il arrive, le Seigneur me sauvera et me fera entrer au ciel dans son Royaume.

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Certains, regardant les choses de l'extérieur, ont pu te dire que tu as reçu une promotion. Le philosophe Fabrice Hadjadj a précisé que pour l'épiscopat, il s'agit effectivement d'une promotion sur l'échelle de la Croix. L'évêque ne doit pas pour autant se prendre trop rapidement pour un martyr. Il ne le fera pas s'il sait d'abord souffrir de la souffrance des autres. Les épreuves seraient-elles plus grandes pour lui que pour nos frères et sœurs persécutés pour leur foi ? Ou que pour tant d'hommes et de femmes accablés par la maladie, le deuil, la faim, le chômage, les séparations familiales et toutes sortes d'injustices ? Certes non. Mais il y a des souffrance inhérentes au ministère épiscopal, parce que c'est spécifiquement un ministère de communion. J'espère que le Nonce apostolique et la Commission des évêques chargée de présenter au Pape un prêtre pour le ministère épiscopal s'inquiètent de la capacité d'avaler du futur évêque. Il y a en effet des couleuvres à avaler. Tout disciple du Christ rencontre l'épreuve de l'incompréhension ou de l'opposition, mais les couleuvres les plus difficiles à avaler pour un évêque sont les "couleuvres catholiques", je veux parler des épreuves que rencontre celui qui est chargé de faire l'unité dans la diversité, les épreuves qui viennent de l'intérieur de l'Eglise. A leur niveau, les prêtres, qui partagent avec les évêques le ministère apostolique de communion, les rencontrent aussi. C'est pourquoi d'ailleurs nous, les évêques, nous avons à soutenir et à défendre les prêtres comme a priori. Non parce qu'ils seraient sans défaut ou auraient toujours raison, mais parce qu'ils sont parfois trop éprouvés par ceux qui veulent que leurs idées, leurs projets, leurs demandes soient toujours acceptées. Prêtres et évêques, nous avons à discerner, mais nous savons que notre seul modèle est le Christ et, comme Lui, nous devons donner notre vie pour rassembler les enfants de Dieu dispersés. La grâce de Dieu ne nous fait jamais défaut. Elle nous vient par la Parole et les sacrements, par la fraternité sacramentelle du presbytérat ou de l'épiscopat, par la collaboration avec tous les fidèles, par l'attachement affectif et effectif au successeur de Pierre, qui nous garde dans la communion universelle de la foi et de la charité. Avec notre pape Benoît XVI et tous les évêques du monde, tu deviens, cher Nicolas, en charge de la responsabilité première de l'évangélisation du monde, mais dans la force de l'Esprit Saint.

"Marchons sous la conduite de l'Esprit". C'est la devise épiscopale que tu as choisie dans l'épître aux Galates. Nous comptons sur toi pour marcher avec plus d'ardeur sous la conduite de Celui qui nous rend libres et nous conduit vers la vérité tout entière. Il se donne à toi une nouvelle fois au cours de cette ordination parce qu'une nouvelle fois, Il t'a appelé pour un nouveau service. Nous prions pour que tu accueilles tous ses dons et pour que ton ministère épiscopal en porte les fruits. Que l'Esprit te garde libre et joyeux et te fasse goûter chaque jour l'amour du Christ. Puisses-tu expérimenter ce que saint Jean Chrysostome a écrit de saint Paul : "Ce qu'il tenait pour supérieur à tout, c'était l'amour du Christ. Avec cela, il estimait qu'il était le plus heureux des hommes."
Ne lâche pas la main de Jésus qui t'a saisi depuis ton baptême ! Tu seras alors, comme tout chrétien, mais comme évêque, aux jours de grand soleil comme aux jours de grande tempête, le plus heureux des hommes, parce que tu tiens l'amour du Christ pour supérieur à tout.

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