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Prêtres, pour quelles missions ?

Extrait d’une intervention du Cardinal Vingt-Trois sur la vocation le 6 décembre 2008 lors de la Fête du Séminaire de Paris au Collège Stanislas



« Quand je parle avec des jeunes de la vocation de la vie du prêtre, ils me demandent : "Mais pour quoi faire ?". Voici un certain nombre de missions pour lesquelles j’ai besoin d’avoir des prêtres debout.

À Paris, il y a la prison de la Santé. Tous les ans, on m’explique qu’il y a de vastes projets de restructuration et de reconstruction et à chaque fois le démarrage des travaux est retardé. Donc cette prison existe, elle est habitée par des prisonniers. Au nom du Christ, je dois envoyer quelqu’un auprès d’eux. Il me faut donc un prêtre qui exerce son ministère avec une équipe de laïcs qui le secondent. Je ne sais pas si j’aurai ce prêtre dans dix ans !

Nous avons à Paris, des hôpitaux très importants (Robert-Debré, Georges-Pompidou, Cochin, la Pitié-Salpêtrière) et une multitude de petites maisons de retraite. Qui vais-je envoyer comme aumôniers dans ces hôpitaux et ces maisons dans les dix ans qui viennent ? Certes, il y a des laïcs qui y travaillent. Mais les gens ont besoin aussi de rencontrer des prêtres.

Il y a sur Paris, grâce à Dieu, une quantité importante et vivante de groupes scouts. On sait très bien que la vitalité et la fécondité d’une troupe scoute dépend évidemment de la présence d’un aumônier. Les jeunes qui sont engagés dans une troupe scoute doivent avoir l’occasion de rencontrer un prêtre, à l’occasion d’un camp ou d’un week-end, dans des conditions plus calmes et plus détendues que pendant l’année scolaire. Même si la médecine fait beaucoup de progrès et que la générosité n’ a pas de limites, il va quand même être difficile de demander à tous les prêtres septuagénaires de reprendre leur sac de couchage et de se mettre à refaire des camps scouts ! Il me faut des jeunes prêtres pour aller avec les groupes scouts.

Les aumôneries de lycées, d’établissements catholiques, les aumôneries d’étudiants, c’est pareil. On trouve toujours un prêtre de 70 ou 80 ans qui a le charisme particulier pour rencontrer des jeunes. Mais ce n’est pas parce qu’il en existe un, qu’ils sont tous comme ça. Il y a aussi une tranche d’âge où on n’est plus en phase, plus ouvert au dialogue avec les jeunes. On n’a plus la patience et la souplesse nécessaires.

Quelques paroisses parisiennes importantes n’ont plus un prêtre à plein temps. Tout un aspect de la mission de la paroisse dans un quartier, celui d’être une présence permanente ouverte et disponible, qui permette aux gens de venir rencontrer le prêtre, n’existe plus.

Nous avons là quelques éléments de la situation parisienne.

Mais passons le périphérique : le Cardinal Lustiger, il y a quinze ans, a fondé la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV), précisément pour appeler des prêtres à se constituer en équipes, pour aller exercer leur ministère dans des lieux particuliers et où l’annonce de l’Evangile est importante. Par exemple, en ce moment se construit en Seine et Marne une ville nouvelle, dans le secteur du Val d’Europe. Dans quelques années, il y aura là-bas 25 ou 30 000 habitants, avec des activités économiques, commerciales, scolaires, etc.… Il faut y envoyer des prêtres et constituer une équipe qui va s’impliquer dans la naissance de cette ville nouvelle. De même, le développement de Marne-la-Vallée n’est pas achevé. On projette aussi actuellement un nouveau plan d’aménagement sur le plateau de Saclay, avec de nouvelles grandes écoles, une concentration de chercheurs et d’étudiants, etc.… Il faut envoyer des équipes là-dedans. Pour les constituer, il faut que j’aie des prêtres. Nous avons aujourd’hui 40 prêtres de Paris qui sont dans des équipes de la FMPV. Cela signifie que nous acceptons de nous en passer pour les rendre disponibles pour ces missions.

Prêtre donnant un cours
© esprit-photo.com

Si nous restons sur le registre du travail intellectuel et de la recherche, pour avoir des formateurs qualifiés, non seulement pour les séminaristes qui sont ici ce soir, mais aussi pour les laïcs qui se forment, pour avoir des théologiens, des responsables de Séminaire, des canonistes, cela suppose qu’il y ait des prêtres qui soient engagés pendant des années dans un investissement intellectuel fort.

Autre registre, plus lointain mais aussi important : le service universel de l’Eglise. Chaque fois que je vais à Rome, je rencontre des gens de la Curie qui me disent : "Quand allez-vous envoyer des français pour travailler dans les services de l’Eglise universelle ?". Il y a aujourd’hui des congrégations romaines où la langue française n’est plus représentée par des français. Ca veut dire que notre présence dans cette partie vitale qu’est la mission universelle de l’Eglise, et notre capacité à être en communication avec les Eglises du monde, se réduisent. Dans les services des nonciatures, s’il y a trois ou quatre français, c’est le bout du monde.

Enfin, moins visible, mais peut-être plus important que tout le reste, à quoi servirait-il que j’invite les chrétiens à se confesser, s’il n’y a pas de confesseurs ? Il y a à Paris un certain nombre d’églises où on confesse toute la journée : Notre Dame de Paris, le Sacré-Cœur, St Louis d’Antin, St Sulpice,... Si vous avez un jour la curiosité d’entrer dans une de ces églises et d’avoir recours au ministère de ces prêtres qui accueillent, vous vous apercevrez certainement que la plupart sont âgés. Comment allons-nous assurer ce ministère d’accueil dans les dix ans qui viennent ?

Encore autre chose : je parlais tout à l’heure, comme d’un cheminement très important, de la découverte des talents que nous possédons. Or, pour parcourir ce chemin, il faut être accompagné. Il faut avoir des pères spirituels qui aident à voir clair par leur expérience, leur sagesse et le ministère qu’ils ont reçu. Ces prêtres, ont un charisme particulier. Tout le monde n’est pas nécessairement un père spirituel. Mais statistiquement, pour que ceux qui ont le don d’être des accompagnateurs spirituels existent, il faut qu’il existe des prêtres. Sinon, ceux qui en ont la capacité et la grâce ne pourront jamais être repérés. A qui va pouvoir parler un jeune qui se pose des questions sur sa vie ?

Prêtre discutant avec un jeune
© esprit-photo.com

J’ai énuméré simplement quelques têtes de chapitres pour que vous réalisiez qu’il est impossible que ceux qui s’engagent vers le sacerdoce, puissent un jour être victimes de l’oisiveté, c’est-à-dire se trouver équipés de tous les dons spirituels que donne l’ordination, mais ne plus savoir trop quoi en faire parce qu’il n’y a pas de travail. Cette perspective, je vous le dis clairement, est exclue ! Si, par grâce, il se trouvait que le diocèse de Paris regorge de prêtres, j’ai les moyens de les occuper, non seulement à Paris, mais ailleurs aussi !

Actuellement, nous avons une quinzaine de prêtres parisiens qui sont au service de l’Eglise à travers le monde. Certains sont âgés, d’autres sont plus jeunes : cela s’appelle des prêtres fidei donum. Ils partent pour deux, trois ou six ans, pour se mettre au service de l’Eglise au Pérou, en Chine, en Afrique, etc.… Je peux vous dire qu’il y a encore de la place, le réseau n’est pas saturé !

Je vais faire une entorse discrète au secret pontifical. Quand je vais à la réunion de la congrégation des Evêques, tous les mois, nous avons quatre dossiers, pour proposer au Pape la nomination de quatre Evêques. Dans chaque dossier, il y a une présentation du diocèse, de sa réalité géographique, sociale, historique, et tous les éléments d’information utiles pour que les béotiens comme moi, qui n’ont jamais mis les pieds dans ces pays, se fassent une idée de ce qu’est ce diocèse, s’il est rural, urbain, etc.… Il arrive très fréquemment, en Amérique Latine en particulier, que dans des diocèses qui ont à peu près la surface d’une bonne moitié de la France, et où il y a 400 à 500 000 catholiques, on affiche bravement 30 paroisses et 25 prêtres. Si on fait le rapprochement avec notre ratio parisien de fonctionnement, ça voudrait dire qu’on fonctionnerait avec 50 prêtres ! Actuellement, on fonctionne avec 600.

Tout ceci vous dit donc que l’espace est grand ouvert !
La question est alors de savoir comment nous laissons monter dans notre cœur la parole que rapporte l’Evangile : "Seigneur, que veux-tu que je fasse ?".

Plutôt que de se poser la question : "Suis-je fait pour être prêtre ?", il faut se poser la question : "Seigneur, qu’attends-tu de moi ?". Car c’est en répondant à cette question-là, qu’on saura si on est fait pour être prêtre.

Si je n’avais pas été encouragé à me poser cette question, non pas simplement une fois tous les cinq ans, mais régulièrement dans la prière, je n’aurais jamais trouvé la réponse. C’est une question extraordinaire parce que c’est nous qui posons la question, et c’est aussi nous qui trouvons la réponse. D’habitude, nous posons la question à quelqu’un et celui-ci répond. Là c’est nous qui répondons. En réalité, d’ailleurs nous ne répondons pas tout seul, nous répondons avec le Christ qui nous souffle la réponse de l’intérieur, en guidant notre liberté, si nous nous laissons conduire par l’amour. »

Extrait d’une intervention du Cardinal Vingt-Trois sur la vocation le 6 décembre 2008 lors de la Fête du Séminaire de Paris au Collège Stanislas

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