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Actualités des séminaristes de Nanterre

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Homélie de Mgr Brouwet pour l’ordination diaconale de Jean-Baptiste Perche


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Jean-Baptiste, dans quelques instants tu vas recevoir l’imposition des mains pour être consacré comme diacre pour le service de Dieu, pour le service de l’Eglise et en vue de ta prochaine ordination sacerdotale.

Mais avant de recevoir cette imposition des mains tu t’engages à faire deux choses qui sont deux folies aux yeux du monde : tu t’engages au célibat et à l’obéissance.

  • Le célibat
  • Pour quoi l’engagement au célibat est-il une folie dans la culture actuelle ?

Pour deux raisons :

  • D’abord parce que, quand on pense ‘célibat’, on pense ‘solitude’ ; on imagine un homme seul,
    • Un homme isolé qui n’a pas d’interlocuteur,
    • qui n’a pratiquement personne à qui parler, à qui se confier, avec qui partager,
    • un homme qui ne connaîtra pas le réconfort de l’amitié.
  • Parfois on imagine même un homme qui a choisi le célibat parce qu’il n’est pas doué pour la relation,
    • ou parce qu’il en a peur et qu’il préfère s’isoler plutôt que de prendre le risque de s’exposer en allant vers l’autre.
  • Il y a une deuxième raison pour trouver le célibat suspect à l’heure actuelle : c’est la tyrannie ou plutôt l’idolâtrie du désir sexuel.
    • Je dis l’idolâtrie parce qu’on a l’impression qu’un véritable bonheur humain ne peut se concevoir sans qu’il y ait une activité sexuelle à la fois intense, ludique et libérée de toute règle. C’est en tout cas ce qu’on laisse entendre, en particulier chez les jeunes.
    • Un peu comme si cette activité sexuelle était un passage obligé, la condition d’une vie réussie,
      • comme s’il fallait absolument en passer par là, y sacrifier, pour s’assurer un véritable équilibre humain et une crédibilité vis-à-vis des autres.
  • Mais alors pourquoi Jean-Baptiste s’engage-t-il dans le célibat ?

La raison fondamentale, c’est qu’il désire répondre à un appel :

  • Un appel qu’il a entendu dans le fond de son cœur,

un appel qu’il a mûri, réfléchi,
un appel qui a été confirmé par notre évêque au bout de six années de séminaire.

  • Et un appel à suivre le Christ célibataire, le Christ qui a gardé son cœur libre de toute attache particulière. Dans quel but ? Pour manifester que son cœur était ouvert à tous, sans préférence, sans exclusivité, dans une disponibilité totale à ceux et celles qui veulent aller à lui.
  • Le mariage, c’est choisir quelqu’un et s’engager à l’aimer de manière particulière, à un tel niveau de profondeur qu’on ne peut vivre cette relation qu’avec une seule personne. C’est un tel don de soi qu’on ne peut le faire qu’à une seule personne.
  • Le célibat consacré pour Dieu et pour le service de l’Eglise dit autre chose, signifie autre chose :
    • Il signifie : garder son cœur ouvert à tous, disponible à tous.
    • Certains sont appelés à se mettre à la suite de Jésus dans son célibat pour manifester que Dieu ne fait pas de préférence, qu’il accueille tout homme sans exclusivité.
    • C’est vraiment le sens de la parabole de Jésus. Tout homme est invité aux noces de son Fils par le Père. Tout homme est appelé à la joie du banquet, les mauvais comme les bons, pour se laisser aimer par le Seigneur d’un amour unique.
    • C’est dire si celui qui est appelé à suivre le Christ dans le célibat n’est pas condamné à la solitude, à l’isolement. Au contraire. Un diacre célibataire, un prêtre, parce qu’il n’est pas engagé dans un amour conjugal, garde ainsi une véritable liberté intérieure pour faire en lui une place pour tous ceux qui se présentent, pour tous ceux que le Seigneur met sur son chemin, à la manière de Jésus qui s’offre à tous sans partage.
    • Le célibat n’est pas du tout un enfermement, un isolement. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il peut offrir comme richesse de relation.
    • Et dans cette richesse, il y a de la place pour de vraies amitiés, pour de grandes amitiés qui ne sont pas exclusivement masculines. Mais ce sont des amitiés qui, parce qu’il n’y a pas de lien conjugal, ne se déploient pas, ne se communiquent pas dans un échange sexuel.
    • On peut avoir un grand équilibre humain, une vraie joie à se donner, une capacité à entrer en relation dans le célibat consacré à Dieu.


Pour pouvoir répondre à un tel appel, encore faut-il qu’on n’ait pas fait, dans sa jeunesse, un usage désordonné de la sexualité. Il y a des expériences que l’on peut faire à l’adolescence ou à 20 ans qui nous ferment définitivement les portes d’une telle vocation parce qu’on devient incapable d’imaginer des relations solides, profondes en dehors d’une intimité sexuelle. Ce qui est extrêmement réducteur pour notre vie relationnelle.

  • L’obéissance

Jean-Baptiste va s’engager également dans l’obéissance : il va, dans quelques instants, s’engager à obéir à Mgr Daucourt et à ses successeurs dans le diocèse de Nanterre.

  • Aux yeux de beaucoup, ce peut être la preuve d’une démission, d’une véritable aliénation de sa liberté. Comment ? Il ne va pas tout décider tout seul, quand il en aura envie et s’il en a envie ?
  • Pour certains, obéir est un mot indécent. Il fait partie d’un vocabulaire révolu, désuet, et même dangereux.
  • Mais, là encore, Jean-Baptiste retourne au centre, ou plutôt à la source :
    • au Christ qui l’appelle à le suivre,
    • au Christ qui vit dans une telle communion avec son Père,
      • que ce qui l’intéresse,
      • ce qu’il cherche jour après jour,
      • ce n’est pas d’abord, à montrer ses préférences, à mettre ses idées en pratique, ou même à imposer sa manière de voir ;
      • mais à entrer dans le projet de son Père,
      • à accomplir le dessein d’amour du Père, son dessein de salut pour chacun de nous.
      • Au point qu’il peut dire : « ma nourriture, c’est de faire la volonté de mon Père » (Jn 4, 34 ; 6, 38).
      • Jésus obéit à son Père, non de l’obéissance de l’esclave, de l’obéissance servile, mais de l’obéissance profondément libre de celui qui aime et qui dit : « que veux-tu faire ? J’aimerais le faire avec toi, le faire pour toi. Faisons-le ensemble ».
  • En faisant la promesse de l’obéissance à l’évêque, Jean-Baptiste montre qu’il est moins intéressé par l’ivresse d’une liberté qui revendiquera chaque jour l’accomplissement de ses désirs,
    • que par la joie de se livrer au Christ et de se laisser conduire par l’Esprit Saint pour répondre à l’invitation du Père.
    • La parabole de Jésus - sur les invités au repas de noce – nous montre ce qu’est l’alternative à cette réponse positive :
      • Soit de retourner à son champ ou à son commerce, c'est-à-dire se jeter dans l’action et se préoccuper de son confort pour ne pas avoir à faire face aux vraies questions, aux vrais enjeux de l’existence ; pour ne pas avoir à faire face au regard de Dieu.
      • Soit de recourir à la violence (« ils empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent ») pour étouffer en soi la voix de Dieu et imposer aux autres sa volonté de puissance.
  • Nous notons, à ce propos, que ce sont les serviteurs qui relaient l’appel du roi. Et cela a de l’importance. Précisément parce que Jean-Baptiste accepte que sa réponse au Christ passe par la médiation de l’Eglise, de l’évêque ; de tous ceux qui – bien pauvrement - ont la charge de la conduite de la communauté.
  • Et en obéissant, en choisissant radicalement d’obéir, Jean-Baptiste fait l’option de se décentrer de lui-même, de prendre du recul par rapport à ses désirs, à ses envies du moment pour accueillir la direction donnée par Dieu et manifestée par les orientations de l’évêque.
  • Et cette obéissance radicale lui permettra aussi de savoir discerner la volonté de Dieu révélée mystérieusement par les évènements, par les rencontres, par les échecs et les succès, mais aussi par les mouvements intérieurs de son âme.
  • Obéir, c’est être un pauvre qui reçoit en refusant d’être toujours dans le contrôle, toujours dans la puissance. Obéir c’est se mettre à l’écoute de Dieu dans ce qui fait la trame la plus quotidienne de notre existence. Et c’est une grande leçon de réalisme spirituel qui nous conduit à un amour profond de la vie que nous menons ; et donc à la joie.

Jean-Baptiste, c’est dans ces dispositions que tu vas être ordonné diacre ; que ta vie va prendre, pour toujours, la forme du service. Le célibat et l’obéissance te donneront davantage de liberté intérieure pour te mettre au service de Dieu en commentant sa Parole et en servant humblement tes frères.

Tu vas revêtir, dans quelques instants, la dalmatique, la tenue du serviteur. C’est toute ta personne, toute ton existence qui en seront revêtues. Pour que ta vie entière soit vécue dans l’esprit de service. Et cette tenue du serviteur, c’est aussi la tenue des noces. C'est-à-dire la tenue de celui qui a consenti à aimer. C’est la tenue de celui qui s’est livré sans retour au Christ et qui, en puisant dans son cœur à la source de la charité, fait de sa vie une offrande pour le service de ses frères.

Oui, que le Seigneur fasse de toi un diacre au cœur ardent et qu’il achève en toi ce qu’il a commencé.

 

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