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L’année de fondation spirituelle

Claire Burkel

La formation d’un séminariste est une étape fondamentale pour préparer sa future vie de prêtre. La première année de ce parcours est celui de la "fondation spirituelle".

L'année de fondation spirituelle

L'année de fondation spirituelle est une période si riche que les images employées pour la décrire et l’expliquer sont nombreuses.

Elle est comparable à :

Une construction

Pèlerinage de Chartres
© Maison Charles de Foucauld
C’est l’année pour creuser des fondations avant de poser les pierres de l’édifice que sera la vie de séminariste puis de prêtre ; donner sa cohérence à l’ensemble que l’on s’apprête à édifier ; tenir bon le fil à plomb de la Parole de Dieu ; être à l’écoute du chef de chantier.

Un plongeon dans l’inconnu

On n’avait jamais vu de si près l’Église ; on s’immerge dans la Parole de Dieu, qui devient une source où s’abreuver pour la vie entière, un bain bienfaisant.

Un chemin

Sur ce chemin, il y a des passages difficiles et d’autres plus aisés ; cette année est aussi une mise en jambes avant le séminaire. On n’y marche pas seul, mais avec une communauté de marcheurs et son chef de route ; c’est un itinéraire de foi.

Une image maternelle

C’est l’Église qui enveloppe dans la sollicitude de Marie ceux qui répondent à l’appel de son fils. Elle prend soin de leur liberté, de leurs progrès dans le discernement.

Les patronages

Chaque maison de fondation spirituelle est placée sous le patronage d’une figure de sainteté. Charles de Foucauld et son amour de la solitude doublé d’un acharnement à l’étude. François de Sales, évêque et fondateur attentif aux plus pauvres. Madeleine Delbrêl, levain dans la pâte d’un monde qui croit n’avoir pas besoin de Dieu. Augustin, chercheur de Dieu, toujours aiguillonné par la quête de la vérité. Jean Baptiste, précurseur du Christ qui invite à préparer son coeur au Royaume qui se fait proche. Certaines maisons ont déjà plus de vingt ans d’existence, d’autres sont plus récentes, mais toutes répondent à un réel besoin. Car les jeunes qui désirent entrer au séminaire sont loin d’avoir tous le même bagage ecclésial. L’exhortation apostolique sur la formation des prêtres Pastores dabo vobis de Jean Paul II, parue en 1992, avait bien pris en compte cette complexité : "Il est utile qu’il y ait une période de préparation humaine, chrétienne, intellectuelle et spirituelle pour les candidats au séminaire."

Le contenu de l’année

Il est dans l’Evangile : "Seigneur apprends-nous à prier." (Lc 11, 1)
Tout disciple de Jésus reconnaît que le premier apprentissage est celui de la prière : par la participation aux sacrements, l’office quotidien, les journées de retraite, la prière intime, la vie liturgique, le jeune se met à la suite du Christ qui prie avec l’Écriture, prie son Père, intercède pour le monde, exulte de joie à la vue des signes de la puissance de la miséricorde. "Maître, où demeures-tu ? Venez et vous verrez." (Jn 1, 38-39)

Cours de chant
© D.R.
C’est une année pour demeurer avec le Seigneur, le voir dans l’Écriture, dans le service des pauvres ou la visite des malades, dans la vie fraternelle. Au coeur de la communauté formée durant neuf mois, le candidat au sacerdoce va s’enrichir des contributions de chacun, rencontrer de nombreux prêtres et leurs différents ministères et va pouvoir situer son propre cheminement. "Maître dans la Loi, quel est le grand commandement ? […] Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. […] Et tu aimeras ton prochain comme toi-même." (Mt 22, 36-39).

Le juste amour de soi exige une bonne connaissance de son itinéraire, un regard lucide sur soi-même, un accueil de la miséricorde de Dieu qui vient au secours de toutes faiblesses. "Venez derrière moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes." (Mc 1, 7) Est-ce vraiment le Seigneur qui m’appelle à célébrer son offrande pour le monde ? Pour approfondir l’appel de Dieu, exercer sa liberté de réponse et comprendre le chemin par lequel Dieu veut mener son disciple, il n’est pas trop d’une année durant laquelle le jeune va expérimenter le service des frères, accepter sa vocation au célibat pour le Royaume, faire grandir son amour pour l’Église dans l’obéissance au supérieur de maison et à l’évêque, se préparer à être tout entier consacré à Dieu. Viendra le temps de l’étude, du travail au service de l’intelligence de la Parole de Dieu. Mais cette année, dans sa gratuité, manifeste que la formation du prêtre ne se réduit pas à l’étude.

 

 

Témoignage d'un ancien séminariste :

Père Nicolas Troussel
© esprit-photo.com
« En relisant mes notes de l’année Saint-Augustin, je suis surpris de voir combien tout était déjà là présent, caché, en germe : les joies, la sensibilité à telle ou telle figure de sainteté, les peurs, les difficultés, les tentations ; mais surtout la manière dont Dieu vient, parle, se cache pour que je le reconnaisse. La maison Saint- Augustin, c’est peut-être d’abord cela : c’est une année où Dieu prend l’initiative et donne de pouvoir répondre librement, à celui qui décide de se rendre disponible, et de se laisser saisir par celui qu’il aime et veut aimer. Concrètement cela passe par la prière, la liturgie, la vie fraternelle, le foot, le service à l’hôpital, l’écoute attentive de la Parole de Dieu, quelques cours... Qu’à l’appel de Dieu j’aie envie de répondre "Pas moi, Seigneur, j’ai la bouche pâteuse", à la manière de Moïse, ou "Me voici, envoie-moi" comme Isaïe, la joie profonde est de reconnaître comment il a posé sa main sur moi. »

Père Nicolas TROUSSEL "Augustinien" en 2001-2002, ordonné prêtre en 2008

 

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