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Interview de Mgr Brouwet : "Il faut du temps"


Le séminaire est une période de fondation indispensable. Mais des questions se posent sur la forme et le fond de cette formation.
Monseigneur Nicolas Brouwet, ancien Évêque auxiliaire de Nanterre, y répond.


Séminariste étudiant
© Séminaire de Paris
Les jeunes hommes qui entrent aujourd’hui au séminaire ont en moyenne plus de 25 ans. Pourquoi doivent-ils attendre sept années avant de devenir prêtres ?

Il ne s’agit pas d’un temps d’attente mais d’un temps de préparation au ministère sacerdotal.

Tout d’abord pour discerner : on entre au séminaire parce qu’on a pressenti un appel du Seigneur. Mais cet appel doit être authentifié par l’Église. Un jeune a besoin d’être aidé à voir si cet appel qu’il a entendu vient bien de Dieu. Or cela ne peut se faire que dans le temps. Dieu parle au plus profond du coeur de l’homme. Il faut du temps pour se rendre présent à cet appel ; il faut du temps pour se mettre vraiment à l’écoute de ce que Dieu dit. Un jeune ne découvre que peu à peu la manière dont Dieu veut conduire sa vie. Il va apprendre à lire l’appel du Seigneur à travers ses désirs, à travers tous les sentiments qui montent en lui, paix, tristesse, joie, peur, comme à travers un véritable travail de l’intelligence pour poser raisonnablement les termes de son choix.

Et il lui faut également du temps pour mûrir son ‘oui’, mûrir son consentement à l’appel du Seigneur. Il lui faut du temps pour se rendre disponible à ce que le Seigneur veut accomplir en lui. Progressivement, au cours de ces sept années, il va apprendre à s’ouvrir toujours davantage au Christ, à se laisser conduire par l’Esprit Saint et à devenir en vérité fils de l’Église : l’Église réelle, celle d’aujourd’hui, une Église concrète, celle de son diocèse.

Mais à côté de ce discernement personnel, il y a un discernement de l’Église confié par l’évêque au supérieur du séminaire et à son conseil. Ce travail de discernement s’opère dans la vie la plus quotidienne. On voit si un garçon est heureux au séminaire, s’il a une vie de prière, s’il prend le temps de l’étude, s’il est animé du souci d’évangéliser, s’il a un esprit de service, s’il est apte à la collaboration, s’il se plaît dans ses activités apostoliques…Tout cela demande du temps.

Enfin il faut du temps pour la formation intellectuelle qui a une double fonction : enraciner un futur prêtre dans la connaissance du Christ, de l’Écriture et de la Tradition, et le préparer à sa mission d’enseignement, de formation, au sein des communautés auxquelles il sera envoyé. Son intelligence a besoin de s’ouvrir à la foi ; et sa foi a besoin du travail de la raison pour qu’il puisse "rendre compte de l’espérance qui est en lui" (1P 3, 15).


Prier
© Esprit-photo
Quelle est la finalité profonde de ces années au séminaire ?

De conformer le coeur d’un séminariste au coeur du Christ, le Bon Pasteur. Chacun arrive au séminaire avec son histoire, sa formation, son éducation, ses expériences, ses préférences, ses idées, son tempérament. Il y a souvent une grande richesse dans une telle communauté. Et la formation au sacerdoce n’est pas "uniformisante" ; elle ne coule pas tous les séminaristes dans un même moule. Si Dieu les a appelés avec leurs différences et les a mis ensemble, ce n’est pas pour que les années de formation éteignent leur personnalité et les richesses de l’Esprit qu’ils portent en eux.

Pourtant l’ordination va tous les configurer sacramentellement au Christ pasteur ; par l’ordination, ils vont recevoir la grâce d’être signe, au milieu des hommes, du Christ qui conduit son peuple, qui annonce la Bonne nouvelle du salut et qui donne la vie de Dieu dans les sacrements. Cela ne pourra se réaliser véritablement que si le coeur du prêtre est totalement offert au Père et animé d’un amour profond pour les hommes et les femmes auxquels il est envoyé. Voilà pourquoi son coeur, c’est-à-dire le centre de tout son être, est appelé à devenir semblable au coeur du Christ : parce qu’il va apprendre progressivement à remettre sa vie et ses activités entre les mains du Père et à porter, sur ceux qu’il rencontre, le regard du Christ, un regard d’espérance, de miséricorde, de confiance et de paix.


Les candidats sont des chrétiens déjà croyants, priants et généreux en entrant au séminaire. A quelle disposition nouvelle doivent-ils parvenir pour recevoir l’ordination et exercer le ministère de prêtre ?

D’abord à une disponibilité réelle et totale d’eux-mêmes au Seigneur. Consciemment ou non, on arrive au séminaire avec des projets, des images du ministère de prêtre, des idées sur sa mission future ; c’est tout à fait normal et légitime. Mais il faudra apprendre à entrer dans le projet de Dieu qui correspond rarement à ce qu’on avait envisagé. Il faudra ouvrir son espace personnel de liberté à la liberté de Dieu ; c’est cela l’amour. Il n’y a pas d’autre chemin.

Eglise
© Esprit-photo
Par ailleurs, si un jeune entre dans ce chemin, il sera confronté inévitablement au mystère de la croix. C’est-à-dire à l’offrande totale de lui-même à Dieu dans la confiance, y compris dans les moments les plus inattendus, ces moments d’obscurité qui nous déstabilisent, où l’on a envie de reprendre le contrôle des évènements de manière purement humaine parce qu’on a peur de l’avenir. Face à une épreuve ou un échec, on peut se révolter ou s’aigrir. Mais on peut aussi entrer dans le mystère de la croix en renouvelant sa consécration au Seigneur, en lui redisant sa confiance, en tirant humblement les leçons de son échec et en faisant un acte d’espérance pour l’avenir.

Enfin il est important de grandir dans l’amour de l’Église, de sorte que la mission du prêtre ne soit pas seulement la réalisation de projets personnels mais une vraie collaboration à la mission de l’évêque. C’est ainsi que le ministère d’un prêtre devient vraiment fécond, de la fécondité de l’Esprit Saint "qui est Seigneur et qui donne la vie".

 



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