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Page 1 sur 3 Notre réflexion de ce matin va se situer au point de rencontre de deux mystères qui sont comme déjà contenus dans le titre même de cette matinée : "Christ s'est donné" et "pour nous". Dans la première grande lettre qu'il a écrite après être devenu Pape, Jean-Paul II écrivait que "le devoir fondamental de l'Église est de diriger le regard de l'homme, d'orienter la conscience et l'expérience de toute l'humanité vers le mystère du Christ, d'aider tous les hommes à se familiariser avec la profondeur de la Rédemption qui se réalise dans le Christ Jésus.
En même temps, on atteint aussi la sphère la plus profonde de l'homme, nous voulons dire la sphère du cœur de l'homme, de sa conscience et de sa vie." C'est bien ce que nous essayons de faire ce matin: diriger notre regard d'êtres humains vers le mystère du Christ. Nous retrouvons d'ailleurs dans ces paroles de Jean-Paul II le double mystère: "Christ s'est donné" - "pour nous".Quel mystère que celui de Jésus qui se donne jusqu'à la mort! Il vous est certainement arrivé de célébrer le Vendredi Saint ou de participer à un Chemin de Croix. Et nous avons sans doute fait cette expérience: il arrive un moment où on perd pied… où on est pris d'une sorte de vertige... où on est comme dépassé en regardant Jésus, le Fils de Dieu, qui va vers la mort et qui n'y va pas n'importe comment. On peut ajouter que lorsque nous entendons parler de cette mort de Jésus, elle est souvent entourée d'un langage qui peut être pour nous difficile, avec des mots comme: offrande, sacrifice, Rédemption, Salut, libération, agneau de Dieu, péché… que sais-je encore. Mystère de Jésus qui se donne ! Si l'on ajoute "pour nous", cela veut dire qu'on ne peut pas entrer dans ce mystère de Jésus qui se donne sans penser au mystère qu'est l'homme à lui-même. Pour peu que nous réfléchissions sur notre vie, nous nous trouvons vite devant des questions du genre : "Où est-ce que je vais ?", "Cela vaut-il la peine de vivre, et pourquoi?", "Pourquoi vaut-il mieux continuer à vivre?". Si nous réfléchissons un peu plus, les questions se radicalisent. Nous savons bien qu'au bout du compte, l'homme se retrouve seul face à lui-même, et que la mort est présente à chaque jour de sa vie. Non seulement nous sommes sensibles au mal et à la souffrance que l'homme subit, mais nous ne pouvons pas ignorer de quel mal il est capable, ignorer la force du mal qu'il a la terrible capacité de vouloir. Comment alors ne pas poser d'autres questions: "Y a-t-il un pardon?" "D'où pourrait-il bien venir?", "L'espérance est-elle décidément possible?", "Y a-t-il quelqu'un qui puisse conduire l'homme au-delà de la violence et de la haine?" Bien sûr, ce matin, nous ne pouvons tout dire, nous ne pouvons expliciter tout cela, mais il valait la peine, me semble-t-il, au départ, de situer les enjeux, les enjeux du : "Christ s'est donné lui-même pour nous". A ces mots il faut tout de suite en ajouter un autre qui est la clef de tout : "par amour". Si nous avons du mal à comprendre, si certaines choses nous semblent trop difficiles à admettre, il nous faut toujours revenir à cela: ce dont nous parlons, c'est une affaire d'amour. Pas de n'importe quel amour, bien sûr, mais vraiment d'amour. Le Christ s'est donné... Il nous arrive de parler de telle ou telle personne en employant des expressions significatives, du genre: " Il est tout entier consacré à sa mission", "Sa vie est vraiment donnée aux autres", "Cette mère de famille s'est vraiment sacrifiée pour ses enfants". Ouvrons l'Évangile, et nous voyons que, tout du long, Jésus est quelqu'un qui se donne. Il se donne à sa mission, il se donne aux autres hommes, il se donne à son Père. On peut dire que toute la vie de Jésus est don de lui-même. Lorsque viendra, pour lui, le moment de donner sa vie en acceptant de mourir, il n'y aura pas de discontinuité entre ce que Jésus aura vécu au long des jours, et ce qui se passera alors. Une de ses paroles est là-dessus tout à fait intéressante : "Le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. "Quand Jésus sert ses frères en humanité, il donne sa vie. Et quand il donne sa vie en mourant sur la Croix, il nous rend le plus grand service qu'il puisse nous rendre, en nous aimant jusqu'au bout, d'un amour dont nous recevons la vie.
S’il n'y a pas discontinuité, il n'empêche qu'il y a bien ce moment où Jésus se donne jusque dans la mort. En même temps, cette mort est l'aboutissement de toute une vie, une vie de fidélité absolue à la mission qui est la sienne, une vie orientée vers Dieu et, en retour; la mort de Jésus authentifie sa vie tout entière, elle manifeste que, de part en part, cette vie était une vie donnée. Nous reviendrons tout à l'heure sur l'épisode du lavement des pieds, dont la lecture nous permettra de tout reprendre, d'une autre manière. Mais dès maintenant, j'attire votre attention sur quelques mots de l'Evangile selon saint Jean : "Jésus, sachant que son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père, lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout." "Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime." Ou encore, toujours en parlant de sa mort, Jésus dit: "De la sorte, le monde saura que j'aime mon Père". Impossible d'enlever cela de l'Évangile. Dans sa mort, Jésus se donne. Il se donne à son Père, il s'abandonne à lui, il lui fait confiance. Dans sa mort, il se donne à ses frères les hommes. Et ce don est vraiment un acte de toute sa personne, un engagement de toute sa liberté. Certes, il subit sa Passion et sa mort, mais, en même temps, il assume, en vivant sa mort comme un acte d'Amour pour Dieu et les hommes, manifestant et accomplissant cet amour qu'a pour nous le Père qui l'a envoyé.
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