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"Le Christ s'est donné pour nous; comment puis-je en vivre?" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal Billé - Catéchèse donnée aux JMJ de Rome   
Sommaire de l'article
Le Christ s’est donné...
... pour nous
Vivre du don de Jésus

... pour nous

A ce point de notre démarche, une question pourrait nous venir aux lèvres : "Très bien, mais qu'est-ce que ça change?" Question un peu difficile à poser peut-être... Ose-t-on poser une telle question à propos de quelqu’un qui sacrifie sa vie pour sauver un homme qui se noie ? Question qu'il faut quand même poser, puisqu'il ne faut pas oublier que c'est "pour nous" que "Christ s'est donné lui-même". Il nous faut maintenant commencer à explorer ce "pour nous".

ImageIl me semble que la première chose à dire, c'est qu'en se donnant lui-même, Jésus nous dévoile, nous révèle l'Amour du Père, de Dieu son Père. Il peut y avoir des manières de parler de la mort de Jésus qui laisseraient entendre que, pour apaiser sa colère, Dieu aurait exigé sa mort. Comment peut-on alors dire que Dieu est amour? Il ne faut pas se méprendre sur une expression du genre: "Dieu a sacrifié son Fils." Oui, Dieu nous a donné son Fils, mais ce Fils s'est laissé donner par son Père, et ce don manifeste l'amour absolu et gratuit que Jésus reçoit de son Père et dont il nous aime. Le don de Jésus révèle le don de Dieu. Il ne va pas vers la mort pour satisfaire une volonté de vengeance de Dieu, mais par un amour qui a la puissance d'aller jusqu'au bout de lui-même.

On parle quelquefois de la Croix comme si elle contredisait Dieu. Elle ne le contredit pas, elle le dit vraiment. Mais, bien sûr; elle dit que le vrai Dieu n'est pas n'importe quel Dieu. C'est un Dieu qui ne se révèle que sous le signe du don de lui-même. Oui, il est tout puissant, mais sa puissance est celle de l'Amour qui se dévoile dans la faiblesse de la condition humaine. Cette puissance est plus grande que toutes les puissances. C'est elle qui se révélera dans la Résurrection de Jésus.

Essayons de progresser un peu. Dans le Credo, nous employons l'expression: "Pour nous les hommes et pour notre Salut." Que veut donc dire "pour nous" ? Cela veut d'abord dire que Jésus s'est donné "en notre faveur", pour notre bien. Il a vécu, il est mort, il est ressuscité pour que nous vivions. Nous recevons notre vie de sa mort. Est-ce que le "pour nous" pourrait vouloir dire aussi "à notre place", selon un des sens possibles de cette expression ? Nous savons déjà que si Jésus a partagé notre mort, il ne nous dispense pas de mourir. Mais il est vrai que Jésus a comme pris notre place dans le chemin de retour vers le Père. Il faudrait dire plus exactement non qu’il est à notre place, mais qu'il est à notre tête. A nous qui sommes son Corps, il ouvre, précisément parce que le premier il s'est donné, un chemin de don qui est un chemin de vie. Autrement dit, en se donnant pour nous, et en nous aimant, il nous ouvre la possibilité de faire de notre vie un chemin d'amour.

Dans la Bible, et dans la tradition chrétienne, le mystère dont nous parlons (j'y ai fait allusion en commençant) nous est livré à travers des mots dont chacun traduit un aspect, une part de la réalité. Ces mots peuvent nous être difficiles pour deux types de raisons : d'abord, nous ignorons souvent largement leur enracinement dans l'histoire, dans la vie du peuple de Dieu. A cause de cela, nous risquons de les comprendre un peu de travers.

Je pense par exemple à un mot comme "rédemption", qui peut évoquer chez certains je ne sais quelle idée de marchandage, alors qu'à l'origine, le rédempteur, c'est celui qui prend sur lui les intérêts de ceux qu'il considère comme siens et qui veut leur liberté. La rédemption, c'est en somme la solidarité vécue.

Je pense aussi au mot "sacrifice", que l'on a tendance à comprendre non dans une perspective biblique et chrétienne, mais en fonction des théories élaborées par les spécialistes de l'histoire des religions, qui vont nous dire par exemple que le sacrifice est une action destinée à se concilier une divinité malveillante ou qui ne veut pas donner ce qu'elle pourrait donner. Ce mot très important du langage chrétien dit, entre autres, que Jésus s'est livré volontairement, que sa Passion et sa mort étaient l'offrande de tout son être. Il dit encore qu'en se donnant lui-même, Jésus nous a mis en communion avec Dieu et nous a donné accès au véritable bonheur.

ImageOn peut penser aussi au mot "alliance", que Jésus emploie lors de son dernier repas et que nous retrouvons dans la célébration de la messe, lorsque nous entendons le prêtre dire: "Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle". Là encore, on ne peut comprendre qu'en revenant à l'Écriture. Le sang, c'est la vie. Une alliance scellée dans le sang est le signe que deux vies sont liées l'une à l'autre. Parler d'alliance, c'est dire que quand Jésus donne sa vie et donc verse son sang, nous sommes bien le peuple du Dieu de l'Alliance, le peuple dont Dieu fait son allié.

Un dernier mot à retenir : le mot même de "salut". Le salut, c'est le fait de sauver. C'est ce qui résulte de l'action de sauver. Une première approche permet de comprendre. On va dire de quelqu'un : "Il a été sauvé de justesse." Ou encore: "On n'a pas pu le sauver." Être sauvé, c'est l'inverse de "être perdu". Or l'homme est un être qui perd sa vie, et qui a besoin de salut. Tout cela est vrai, et il est important de pouvoir répondre à la question: "En se donnant lui-même pour nous, de quoi Jésus nous sauve-t-il?" La réponse est claire: il nous sauve du péché et de la mort, et de tout ce qui a rapport au péché et à la mort. Il nous sauve du mal qui vient de nous, il nous sauve du mal que nous subissons.

Mais il est plus important de regarder le salut de l'autre point de vue et de répondre à la question : en étant sauvés, vers où allons-nous ? En vue de quoi sommes-nous sauvés?

Seule la réponse à cette question-là nous permet de saisir ce qu'est vraiment le salut, don d'une vie que nous ne pouvons pas imaginer, une vie dans l'amour, la justice et la paix. Cette vie, qui ne peut venir que de Dieu, elle est la vie des enfants de Dieu. Tel est finalement le salut, tel est le don qui nous est fait par Jésus. Par le don de sa vie, nous devenons enfants de Dieu.

Ici, il faudrait parler de celui que Jésus nous donne en se donnant : l'Esprit Saint. Nous pourrions relire la fin, dans l'Évangile selon saint Jean, du récit de la Passion: "Jésus dit: 'Tout est achevé' et, inclinant la tête, il remit l'esprit." Par sa mort, Jésus donne au monde l'Esprit de la création nouvelle. Nous pourrions relire saint Paul: "Ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu... Cet Esprit atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu."


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