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"La sainteté aujourd'hui; comment être chrétien dans une société inhumaine?" Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par le Cardinal Lustiger - Suite de la catéchèse donnée aux JMJ de Rome   
Sommaire de l'article
Comment peut-on être chrétien dans une société inhumaine?
Impossible aux hommes...
... mais tout est possible à Dieu !

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© A.B.
"Mais, direz-vous, c'est impossible qu'il en soit ainsi !" Il faut bien qu'une hiérarchie soit établie dans une société, ne serait-ce que du point de vue pratique. Par exemple, dans ce stade il y a heureusement un capitaine des pompiers qui donne des ordres pour répartir judicieusement ceux qui vous arrosent à temps afin que vous ne soyez pas complètement rôtis par le soleil ! Mais si le capitaine est un vrai disciple du Christ, comment agira-t-il ? Réfléchissez. Même en donnant énergiquement des ordres, il doit agir en serviteur.

L'Évangile nous fait participer à la vie de Dieu ; l'Esprit Saint nous donne la force et la grâce d'être à contre-courant, non pas tant pour le plaisir de s'opposer, mais pour travailler au salut de l'homme, alors même qu'il est l'auteur de sa propre perte. Si les hommes se détruisent, Dieu, lui, veut les faire vivre. Et pour les faire vivre, leur donner d'obéir à sa loi d'amour en opposition avec la loi de la horde ! Mes amis, comme disciples de Jésus, vous serez obligés d'être en rupture, d'une manière ou d'une autre.

C'est en vivant dans l'amour de la pauvreté, avec la capacité de donner de sa richesse et de son surplus qu'on aide une société qui produit des biens abondants à ne pas être une société injuste et égoïste. Vous gagnerez votre vie; vous aurez de l'argent; il faudra que vous n'en soyez pas esclaves, que vous le partagiez pour qu'il serve à vos frères à l'exemple de Zachée (Lc 19,1-10). Pour voir Jésus qui va passer à la sortie de Jéricho, il grimpe dans un sycomore, car il était de petite taille. Jésus lève les yeux, le fait vite descendre: "Il me faut demeurer dans ta maison." Comme Zachée l'accueille, tous murmurent: "Il est allé loger chez un pécheur !". Alors Zachée dit au Seigneur: "Je donne la moitié de ce que je possède aux pauvres ; et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple" (ce n'est pas si mal!) -"Aujourd'hui, dit Jésus, le salut est venu pour cette maison."

Disciples de Jésus, nous sommes appelés à être à contre-courant de toute société. "Mais, objecterez-vous, n'y a-t-il pas eu des époques où la société était chrétienne ?" Certes. Cependant, lorsque Saint François a épousé Dame Pauvreté en se dévêtant complètement devant l'évêque d'Assise, signifiant ainsi qu'il ne voulait rien garder de la richesse paternelle, son geste a causé quelque émoi parmi les gens bien nantis de l'Ombrie, et d'abord pour son papa !

L'amour de la richesse, l'ambition, bref, toutes les idoles dont parle Jésus sont constamment là qui captivent le cœur de l'homme et lui enlèvent de sa liberté. Mais prenez bien garde ! Toute notre vie, nous aurons à lutter pour que la foi triomphe en nous du refus de croire et de nous fier en la puissance de Dieu, pour que la vie triomphe en nous de la fascination de la mort, pour que l'amour triomphe en nous du refus d'aimer et l'emporte sur notre désespoir quand nous péchons, pour que l'amitié et le pardon soient plus forts que le ressentiment. Pour que nous acceptions de suivre le Christ jusqu'au bout et, s'il nous en donne la grâce, de vivre la dernière des Béatitudes: "Heureux êtes-vous lorsqu'on vous insulte, vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux" (Mt 5,11). "Et vous serez les fils du Très Haut" (Lc 6,35).

Mes amis, disciples de Jésus, quelle que soit la manière dont vous, vous inscrivez votre vie dans la vie de l'Église, Jésus nous désigne, tous ensemble, comme "le sel de la terre" (Mt 5,13). C'est là l'un des plus beaux noms de l'Église ! Et il ajoute : "Si le sel perd de sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien, on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes".

"Le sel de la terre" : voilà notre mission. Nous sommes ceux qui doivent empêcher que la porte de l'égoïsme du monde et de l'homme ne se referme sur l'homme, et garder grande ouverte la porte de la liberté, de l'amour, de la générosité. Si vous en restez à des mots et des discours, cela ne sert à rien. Si vous vous efforcez de garder cette porte ouverte, cela veut dire, à la suite du Christ, souvent donner sa vie.

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© A.B.
Surtout, n’ayez pas peur. Ne dites pas: "Moi, je n'ai pas l'étoffe d'un héros, je ne vois pas comment je pourrais faire pour avoir une conduite de ce genre". Le Seigneur lui-même vous dit: "Ne vous inquiétez pas. Si jamais vous êtes mis dans cette situation, l'Esprit du Père que je vous enverrai parlera en vous, vous dira que dire, vous donnera la force de le faire (cf. Mt 10,19-20).

Si nous nous fions à notre propre richesse, si nous nous traçons de nous-mêmes ce programme d'action, nous ne pouvons qu’être terrorisés. Comme le jeune homme riche dans l'Évangile (Mc 10, l7sq). En courant, il vient voir Jésus sur la route et, se jetant à genoux, lui demande : "Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ?" -"Tu connais les commandements" - et Jésus les énumère. "Tout cela, je l'ai observé dès ma jeunesse". Alors Jésus le regarda et se prit à l'aimer il reconnut en lui cet amour du Royaume de Dieu. Et il lui dit: "Une seule chose te manque : va, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel, et puis, viens, suis-moi".

Suivre Jésus, c'est obéir à l'amour de Dieu, tout donner à Dieu. Dans cette voie, "celui qui cherche sa vie, la perdra, dit Jésus celui qui la perd à cause de moi la trouvera" (Mt 10,39). En trouvant Dieu, nous recevons plus encore que nous n'abandonnons.

Alors, cet homme s'en va tout triste, car il a de grands biens, il n'arrive pas à s'en délivrer. Et Jésus, regardant ses disciples, a cette phrase : "Qu'il sera difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le Royaume des cieux !" Ce n'est pas seulement ni d'abord une question d'argent ; le riche de l'Évangile, c'est celui qui est possédé par sa richesse. On peut être riche en ce sens avec peu d'argent, avec simplement son orgueil, sa suffisance, sa peur ; on peut être riche avec ce qui vous habite, ce qui vous possède et vous empêche d'être libre ! Pauvre richesse ! Les apôtres sont effrayés et de plus en plus déconcertés. Jésus redit: "Mes enfants, qu'il est difficile d'entrer dans le Royaume des cieux ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu !" Cette image très forte signifie que c'est littéralement impossible. D'où la réaction des disciples: "Alors, qui peut être sauvé?"


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