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Page 2 sur 4 Le Bon larron Une phrase m'est venue à l'esprit : Dieu fait des saints avec des pécheurs. Mais le Diable tente de faire des pécheurs avec les saints! Nous sommes dans un siècle - et le temps qui vient ne diminuera pas cette tendance - où on valorise la réussite. Après tout, cela se comprend- la réussite aux yeux des hommes, celle du savoir, du pouvoir, de la richesse, de la force physique, de la beauté apparente, de la bonne renommée. Bref, tout ce qui flatte le regard que l'homme porte sur lui-même. Lorsque, dans une béatification ou une canonisation, l'Église propose comme exemple et comme modèle de sainteté tel homme ou telle femme qui a vécu par le passé, nous serions tentés de penser que la canonisation est l'équivalent de Paris-Match pour les vedettes, la réussite suprême : devenir une idole pour les cathos!  © A.B. S'il en est ainsi, le Seigneur n'avait pas pris de leçons de publicité ! En effet, quel est le premier dont la canonisation est absolument assuré ? Le premier qui, à un jour qu'on pourrait dater, a été accueilli dans la communion et l'amour de Dieu avec le Christ ? Nous le connaissons bien, c'est le Bon Larron (Lc 23, 39-43).Un condamné de droit commun ; on ne sait pas ce qu’il a fait; mais il est condamné par la justice romaine, ce n'est pas rien ! Ils étaient deux condamnés, crucifiés avec Jésus. Vous vous souvenez de la dispute entre ces deux bandits à côté du Seigneur au Golgotha. L'un insultait Jésus en disant: "N'es-tu pas le Messie? Sauve-toi toi-même et nous aussi!". L'autre de le reprendre: "Tais-toi ! Pour nous, c'est juste; nous recevons ce que nos actes ont mérité (c'est dur, mais c'est comme ça!) mais lui, n'a rien fait de mal" (c'est un innocent, donc respecte-le). Puis il se tourne vers Jésus et il lui dit: "Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume". C'est le plus bel acte de foi qui ait jamais été prononcé. Vous rappelez la réponse de Jésus : "En vérité, je te le dis, aujourd'hui avec moi, tu seras en paradis" c'est-à-dire ce lieu auprès de Dieu dans l'attente de la résurrection. Cet homme sur la croix, à qui, avant Pierre, avant Marie, avant tout le monde, de telles paroles ont été adressées, est le premier de notre humanité pécheresse à recevoir l'assurance de cette communion pleine et totale et de cette vie en Dieu que le Seigneur sur la croix lui promet. Pourquoi ? Alors que cet homme est un condamné, justement condamné, il l'a reconnu lui-même (la justice avec le droit romain est une institution des plus respectables, source de progrès et de civilisation dans les sociétés humaines). Pourquoi donc ? Parce que sa vie, une vie perdue, une vie fichue, une vie finie, ne s'achève pas par ces actes qu'il a accumulés et qui l'ont mené à cet échec radical. On ne sait même pas le nom de cet homme ! Sa liberté n'est pas emprisonnée par tout ce qu'il a fait, sa liberté n'est pas close. Dans son cœur, il peut encore poser un geste d'amour qui dépasse tous les refus d'aimer de sa vie, un geste de liberté qui le délivre de toutes les contraintes dont il était lui-même l'auteur, de tous les esclavages dont il a été la source pour lui-même. Il peut encore obtenir de Dieu le pardon des fautes qu'il a commises. Et ce pardon lui donne la plénitude de la vie. La sainteté, c'est précisément cela. Il faut réfléchir à ce que représente cette histoire du Bon Larron pour vous, au point où vous en êtes. Bien sûr, vous n'êtes pas condamnés de droit commun ! Il est probable que vous n'avez pas commis de crimes graves contre la loi, n'êtes pas recherchés pour des trafics ignobles, n'êtes pas sur le point d'être exécutés parce que la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays! Mais vous vous posez peut-être la question : "Que vais-je faire de ma vie ? Vais-je la réussir? Dès à présent, n'ai-je pas l'impression que ma vie est ratée et que je fais partie du lot des perdants ?" Beaucoup peuvent le penser; même ceux qui, en certains domaines, ont déjà fait la preuve qu'ils étaient capables de réussir. En effet, tout être humain est incertain de lui-même et on peut toujours se demander: "Où vais-je prendre mon assurance ? Que vais-je faire pour tenter de réussir ma vie?" Pensez au souci des parents : "Si tu ne réussis pas tes études, quel métier auras-tu ? Si tu t'engages comme ceci, que vas-tu faire de ta vie?" Aux yeux des hommes, il n'y a pas de réponse à ce sentiment d'une vie à moitié ratée, aux trois-quarts ratée, qui est à côté de ce qu'elle aurait pu être ; de sorte que tôt ou tard, certains portent en eux une nostalgie inguérissable ou la blessure d'une humiliation impossible à consoler. Aux yeux de la foi, il n'y a pas de vie ratée, il n'y a pas de vie perdue, il n'y a pas de vie détruite au point qu'elle ne puisse aboutir à sa plénitude. Dieu qui vous aime, chacun, tels que vous êtes, quel que soit le chemin que vous prenez présentement, Dieu veut que vous ne désespériez pas et que vous ambitionniez la plus haute réalisation qu'un être humain puisse ambitionner dans sa vie : être habité par la plénitude de l'amour comme une grâce, comme un don gratuit et sans mesure, qui comble, au-delà de tout, nos désirs les plus fous, nos aspirations les plus grandes et nous délivre de toute servitude.
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