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Page 3 sur 4 La veuve et ses deux piécettes Une autre figure. Lors de son dernier séjour à Jérusalem (Mc 12, 41-44), Jésus s'est assis dans le Temple où il enseigne ; il regarde les foules qui passent mettre des offrandes dans le trésor. Il remarque une veuve, pauvre, qui s’approche et dépose son obole dans le tronc : deux petites pièces. Jésus, appelant ses disciples, fait cette réflexion à haute voix, lui qui lit dans les cœurs et connaît le secret de chacun: "Cette femme, elle a donné plus que tous les autres. Car elle a pris de sa pauvreté pour mettre tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre". En réalité, avec toutes ses ressources, c'est toute sa vie qu'elle donne à Dieu. Voilà une femme dont on ne sait rien. Pourtant sa vie est la plus belle aux yeux de Dieu. Deux hommes en prière  © A.B. Un autre épisode, presque du même ton. Saint Luc (18, 9-14) le présente comme une parabole. Je suis persuadé que Jésus qui a un sens aigu de l'observation, ne l'a pas inventée de toutes pièces ; il a été témoin d'un fait et il le raconte ensuite sous forme de parabole. "Deux hommes montaient au Temple pour prier. L'un était publicain", c'est-à-dire que chargé de lever l'impôt, il en gardait une partie à son profit, légitimement d'ailleurs, mais en tirant au maximum sur les marges... En vérité il était exclu du peuple de Dieu parce qu'il était tenu pour un trafiquant qui abuse du pouvoir. "Et l'autre était un pharisien", quelqu’un qui cherchait à faire le mieux possible. Le publicain reste à distance, au fond et se frappe la poitrine en disant: "O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis". Le pharisien, debout, prie en lui-même: "O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes qui sont voleurs, malfaisants, adultères et encore comme ce collecteur d'impôts. Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme", en un mot, je fais bien toutes choses, je fais tout ce qu'il faut. Jésus dit : "Je vous le déclare, le premier rentre chez lui justifié (c'est-à-dire saint), le second, non."Cherchez l'erreur! Faut-il jouer la comédie et dire: "Je suis pécheur, je suis pécheur" sans savoir si on l'est vraiment, ni pourquoi on le serait ? Quelle est la faute du second et quelle est la justesse du premier ? Pourquoi le publicain est-il tenu pour saint auprès de Dieu et pourquoi le pharisien ne l'est-il pas? Le publicain, à qui s'adresse-t-il ? A Dieu et il lui demande d'agir: "Prends pitié de moi; sois miséricordieux avec moi, pécheur". C'est donc sur Dieu que se porte son regard, bien qu'il n'ose même pas lever les yeux vers le ciel. Il reste comme quelqu'un qui n'ose pas s'avancer vers Dieu, tout en le désirant ; comme quelqu'un qui se sait indigne de l'amour qu'il réclame et n'ose même pas le demander ; comme quelqu'un qui ne sait pas si Dieu va accepter de l'aimer malgré ce qu'il est ; si Dieu va l'aimer au point qu'il pourra l'aider à s'en sortir. Bref, il se tient comme un serviteur devant un maître aimé ; comme un enfant perdu devant le Père des cieux qu'il voudrait bien retrouver. L'autre qui fait bien toutes choses - et il a raison-, que dit-il à Dieu ? "Je te bénis, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes" et il se raconte: "Je fais ceci, je fais cela il fait sa comptabilité lui-même. Et que lui manque-t-il ? La colonne qu'il n'a pas remplie! "Qu'est-ce que tu ne fais pas ? Comment te comportes-tu à l'égard de Dieu ? Tu obéis aux commandements, oui ; mais regardes-tu celui qui te donne les commandements ? Tu agis aussi bêtement que le chien qui rapporte le bâton mais ne reconnaît pas celui qui le lui a jeté! Les commandements trouvent leur sens profond à partir de Celui qui nous les donne. Les commandements sont une loi d'amour. Les observer, c'est aimer celui qui les donne. Jésus lui-même l'a dit : "Si quelqu'un m'aime, il observera mes commandements, ma Parole" (Jn 14, 23). Pour observer les commandements, il faut donc d'abord aimer Jésus et, avec Jésus, aimer Dieu, "son Père et notre Père" (Jn 20,17). Et ne pas commencer par dire : "J'observe les commandements donc j'aime Dieu ; Dieu devrait bien le reconnaître puisque je fais ce qu'il me dit!" Dieu n'a pas besoin d'esclaves, il a besoin de fils. Jésus dit encore : "Je ne vous appelle plus 'serviteurs', je vous appelle 'amis' (Jn 15,15) et "libres sont les fils" (Mt 17,26). Le fils agit librement, par amour du Père; cet amour le rend libre. Car l'amour ne réside pas d'abord dans la conformité des gestes, mais dans le don de sa vie à Dieu qui est source de la vie. C'est parce que Dieu nous aime et que nous l'aimons que nous agissons selon sa volonté et que nous trouvons la vie. Les commandements sont une loi de liberté puisque c'est Dieu qui nous les propose et nous donne la force d'y obéir.
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