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En visite au Séminaire romain Majeur, Benoît XVI a répondu aux questions de six séminaristes. Nous publions ici deux réponses du pape pouvant aider les séminaristes… et les jeunes : comment Dieu parle-t-il concrètement ? et comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante ?
Comment Dieu parle-t-il concrètement ?
Votre Sainteté, notre année est la première des deux années consacrées au discernement, au cours desquelles nous nous appliquons à scruter en profondeur notre personne. Il s'agit d'un exercice difficile pour nous, car le langage de Dieu est particulier et seul celui qui est attentif peut le saisir parmi les mille voix qui retentissent en nous. Nous vous demandons donc de nous aider à comprendre comment Dieu parle, concrètement, et quelles sont les traces qu'il laisse en se manifestant en secret.
(Question d’un séminariste du diocèse de Oria, en première année de philosophie)
Je ne suis pas certain d'être en mesure d'éclaircir les points essentiels de la vie du séminaire, mais voilà ce que je peux dire.
Tout d'abord, cette première question : comment pouvons-nous discerner la voix de Dieu parmi les mille voix que nous entendons chaque jour dans notre monde. Je dirais que Dieu parle de façons très différentes avec nous. Il parle au moyen d'autres personnes, à travers nos amis, nos parents, le curé, les prêtres. Ici, à travers les prêtres auxquels vous êtes confiés, qui vous guident. Il parle à travers les événements de notre vie, dans lesquels nous pouvons discerner un geste de Dieu ; il parle également à travers la nature, la création, et il parle, naturellement et surtout, dans Sa Parole, dans l'Ecriture Sainte, lue dans la communion de l'Eglise et lue de manière personnelle en conversation avec Dieu.
Il est important de lire l'Ecriture Sainte d'une façon très personnelle, d'une part, et réellement, comme le dit saint Paul, non pas comme la parole d'un homme ou un document du passé, comme si nous lisions Homère, Virgile, mais comme une Parole de Dieu qui est toujours actuelle et qui parle avec moi. Apprendre à entendre un texte, historiquement du passé, la Parole vivante de Dieu, c'est-à-dire entrer en prière, et ainsi faire de la lecture de l'Ecriture Sainte un entretien avec Dieu.
Saint Augustin, dans ses homélies, dit souvent : j'ai frappé plusieurs fois à la porte de cette Parole, jusqu'à ce que je puisse entendre ce que Dieu me disait. Il y a d'une part cette lecture très personnelle, cet entretien personnel avec Dieu, dans lequel je cherche ce que le Seigneur me dit ; mais en plus de cette lecture personnelle, il est très important d'effectuer une lecture communautaire, car le sujet vivant de l'Ecriture Sainte est le Peuple de Dieu, l'Eglise.
Cette Ecriture n'était pas le caractère uniquement privé de grands écrivains – même si le Seigneur a toujours besoin de la personne, de sa réponse personnelle – mais elle s'est développée avec des personnes qui participaient au chemin du Peuple de Dieu et leurs paroles sont ainsi l'expression de ce chemin, de cette réciprocité de l'appel de Dieu et de la réponse humaine.
Le sujet vit donc aujourd'hui comme il vivait à cette époque ; c'est pourquoi l'Ecriture n'appartient pas au passé, car son sujet, le Peuple de Dieu inspiré par Dieu lui-même, est toujours le même, et la Parole est donc toujours vivante dans le sujet vivant. C'est pourquoi il est important de lire l'Ecriture Sainte et d'entendre l'Ecriture Sainte dans la Communion de l'Eglise, c'est-à-dire avec tous les grands témoins de cette Parole, en commençant par les premiers Pères jusqu'aux saints d'aujourd'hui, jusqu'au Magistère d'aujourd'hui.
C'est surtout une Parole qui devient vitale et vivante dans la Liturgie, je dirais donc que la Liturgie est le lieu privilégié où chacun de nous entre dans le "nous" des fils de Dieu, en conversation avec Dieu. Cela est important : le Notre Père commence par les paroles "Notre Père" ; ce n'est que si je suis inséré dans le "nous" de ce "Notre", que je peux trouver le Père ; ce n'est qu'à l'intérieur de ce "nous", qui est le sujet de la prière du "Notre Père", que nous entendons bien la Parole de Dieu. Cela me semble donc très important : la Liturgie est le lieu privilégié où la Parole est vivante, présente, et même où la Parole, le Logos, le Seigneur, parle avec nous et se remet entre nos mains ; si nous nous mettons à l'écoute du Seigneur dans cette grande communion de l'Eglise de tous les temps, nous le trouvons.
Peu à peu, il nous ouvre la porte. Je dirais donc qu'il s'agit du point sur lequel se concentrent tous les autres : nous sommes personnellement dirigés par le Seigneur sur notre chemin et, dans le même temps, nous vivons dans le grand "nous" de l'Eglise, où la Parole de Dieu est vivante.
D'autres points s'ajoutent ensuite, comme celui d'écouter ses amis, d'écouter les prêtres qui nous guident, d'écouter la voix vivante de l'Eglise d'aujourd'hui, en entendant ainsi également les voix des événements de notre époque et de la création, qui deviennent déchiffrables dans ce contexte profond.
Pour résumer, je dirais donc que Dieu nous parle de nombreuses façons. Il est important, d'une part, d'être dans le "nous" de l'Eglise, dans le "nous" vécu dans la Liturgie. Il est important de personnaliser ce "nous" en nous-mêmes, il est important d'être attentifs aux autres voix du Seigneur, de nous laisser guider également par des personnes qui ont l'expérience de Dieu, si l’on peut dire, et qui nous aident sur ce chemin, afin que ce "nous" devienne mon "nous", et que je devienne quelqu'un qui appartient vraiment à ce "nous". C'est ainsi que se développe le discernement et que se développe l'amitié personnelle avec Dieu, la capacité de percevoir, dans les mille voix d'aujourd'hui, la voix de Dieu, qui est toujours présente et qui nous parle toujours.
Comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante ?
Pour la plupart des personnes, nous pouvons apparaître comme des jeunes qui prononcent avec fermeté et avec courage leur "oui" et qui quittent tout pour suivre le Seigneur ; mais nous savons que nous sommes bien loin d'une véritable cohérence dans ce "oui". Avec une confiance de fils, nous vous confessons la partialité de notre réponse à l'appel de Jésus et la difficulté quotidienne à vivre une vocation que nous sentons nous entraîner sur une voie définitive et totale. Comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante que celle de pasteurs du peuple saint de Dieu, en ressentant constamment notre faiblesse et notre incohérence ?
(Question d’un séminariste de l’archidiocèse de Tarante, Gianpiero Savino, en 3ème année (1ère année de théologie))

C'est un bien que de reconnaître sa propre faiblesse, car ainsi nous savons que nous avons besoin de la grâce du Seigneur. Le Seigneur nous réconforte. Dans le collège des Apôtres il n'y avait pas que Judas, il y avait aussi de bons Apôtres ; toutefois Pierre a trahi et de nombreuses fois le Seigneur a reproché la lenteur, la fermeture du cœur des Apôtres, leur peu de foi. Cela nous montre donc qu’aucun d'entre nous n'est entièrement à la hauteur de ce grand "oui", à la hauteur de célébrer in persona Christi, de vivre de manière cohérente dans ce contexte, d'être uni au Christ dans sa mission de prêtre.
Le Seigneur nous a également donné, pour nous réconforter, les paraboles des filets avec les bons et les mauvais poissons, du champ où pousse le blé mais aussi l’ivraie. Il nous fait savoir qu'il est venu précisément pour nous aider dans notre faiblesse, qu'il n'est pas venu, comme Il le dit, pour appeler les justes, ceux qui prétendent être déjà complètement justes, ne pas avoir besoin de la grâce, ceux qui prient en se louant eux-mêmes, mais qu'il est venu pour appeler ceux qui sont conscients d’être imparfaits, pour inciter ceux qui savent avoir besoin chaque jour du pardon du Seigneur, de sa grâce, pour aller de l'avant.
Il me semble très important de reconnaître que nous avons besoin d'une conversion permanente, que nous ne sommes jamais simplement arrivés au but. Saint Augustin, au moment de sa conversion, pensait être désormais arrivé sur les hauteurs de la vie avec Dieu, de la beauté du soleil qui est sa Parole. Il a ensuite dû comprendre que le chemin, après la conversion, demeure encore un chemin de conversion, qu'il demeure un chemin où ne manquent pas les grandes perspectives, les joies, les lumières du Seigneur, mais où ne manquent pas non plus les vallées obscures, où nous devons aller de l'avant avec confiance, en nous reposant sur la bonté du Seigneur.
Le sacrement de la Réconciliation est donc également important. Il n'est pas juste de penser que nous devrions vivre sans jamais avoir besoin du pardon. Accepter notre fragilité, mais continuer à avancer, ne pas renoncer mais aller de l'avant et, à travers le sacrement de la Réconciliation, nous convertir toujours à nouveau pour un nouveau début et, ainsi, grandir, mûrir pour le Seigneur, dans notre communion avec Lui.
Il est également important de ne pas s'isoler, de ne pas penser pouvoir aller de l'avant tout seul. Nous avons justement besoin de la compagnie d’amis prêtres, également d'amis laïcs, qui nous accompagnent, qui nous aident. Pour un prêtre il est très important, dans la paroisse, de voir que les personnes ont confiance en lui et de faire l'expérience de leur confiance, également de leur générosité en pardonnant ses faiblesses. Les véritables amis nous lancent des défis et nous aident à être fidèles sur ce chemin. Il me semble que cette attitude de patience, d'humilité, peut nous aider à être bons avec les autres, à être compréhensifs face aux faiblesses des autres, à les aider, eux aussi, à pardonner comme nous pardonnons. Je pense ne pas être indiscret si je dis que j'ai reçu aujourd'hui une belle lettre du cardinal Martini : je lui avait envoyé mes félicitations pour son 80e anniversaire – nous avons le même âge – ; en me remerciant, il m'a écrit : je remercie surtout le Seigneur pour le don de la persévérance. Aujourd'hui – écrit-il – le bien s'accomplit plutôt ad tempus, ad experimentum. Le bien, selon son essence, ne peut être accompli que de façon définitive; mais pour l'accomplir de manière définitive, nous avons besoin de la grâce de la persévérance ; je prie chaque jour – conclut-il – afin que le Christ me donne cette grâce.
Je reviens à saint Augustin : il était heureux au début de la grâce de la conversion, puis il découvrit qu’une autre grâce était nécessaire, la grâce de la persévérance que nous devons chaque jour demander au Seigneur ; mais étant donné que – je reviens à ce que dit le cardinal Martini – "jusqu'à présent le Seigneur m'a donné cette grâce de la persévérance ; il me la donnera, je l'espère, également au cours de la dernière étape de mon chemin sur cette terre". Il me semble que nous devons avoir confiance dans ce don de la persévérance, mais que nous devons également, avec ténacité, humilité et patience, prier le Seigneur pour qu'il nous aide et nous soutienne par le don de ce qui est véritablement définitif ; qu'Il nous accompagne jour après jour jusqu'à la fin, même si notre chemin doit passer à travers des vallées obscures. Le don de la persévérance nous donne la joie, il nous donne la certitude que nous sommes aimés du Seigneur et cet amour nous soutient, nous aide et ne nous abandonne pas à nos faiblesses.
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