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Arnaud, jeune séminariste, était en 2006 à la maison St Augustin. Il donne ici un très beau témoignage sur cette année, qui n'est pas une "prépa-séminaire", mais une année privilégiée de fondation spirituelle, humaine et fraternelle.
"Vous n'êtes pas séminaristes." C'est par ces mots que nous a accueillis notre évêque le jour de notre entrée à la maison Saint Augustin. C'est un peu déconcertant quand on vient de quitter un travail, une famille et des projets néanmoins cette phrase résume assez bien cette année précédant le séminaire. C'est en effet une année de fondation spirituelle, il s'agit de construire une base saine pour bâtir ensuite ce que le Seigneur nous proposera.
Comme beaucoup de fondation le travail se fait en profondeur et on ne voit donc rien de l'extérieur. Il faut s'appuyer sur la foi et mettre en place différentes pierres selon des plans qui ne sont pas toujours ceux auxquels on pensait.
De l'extérieur, on ne voit effectivement pas grand chose et il est toujours difficile d'expliquer à nos proches ce qui remplit nos journées. Peu de cours, pas d'examen en fin d'années, pas de grande réalisation... l'année Saint Augustin n'est pas une année d'étude et encore moins une "prépa-séminaire". Pourtant on ne s'y ennuie pas et l'année passe rapidement. Rythmées par la liturgie, laudes, messe et vêpres, les journées sont remplies par les visites en hôpital, un temps personnel d'oraison, les divers services d'une vie de communauté, du sport et la lecture quotidienne de la Bible. Certes on ne court pas, mais c'est justement le but. Il s'agit de profiter d'une année sans échéance, sans pression extérieure et de prendre enfin du temps pour soi. Pour cela, on prend aussi une certaine distance par rapport à la famille et aux amis en réduisant les sorties, le téléphone et Internet.
C'est effectivement cette coupure de l'extérieur qui nous permet de bâtir sur le roc et de vivre en véritable baptisés. Car il ne s'agit pas de se tourmenter pendant neuf mois sur notre vocation mais simplement d'essayer de vivre en disciple du Christ. En retrait par rapport au monde, à travers une vie saine et nourrie par les sacrements, on a pour seul but de vivre en chrétien pour ensuite mieux découvrir notre vocation.
Toutefois, il ne s'agit pas de s'enterrer et de se protéger du monde, il faut aussi construire et pour cela se cimenter aux autres pierres. La vie communautaire est souvent source de joie : soirées en équipes, quelques sorties et de bons fous-rires animent régulièrement la communauté mais il faut aussi apprendre à vivre ensemble. Chaque année les quinze ou vingt Augustiniens qui vivent ensemble sont tous différents les uns des autres. L'âge, la formation, l'éducation mais aussi la spiritualité sont souvent très variés. C'est toujours une richesse, mais on ne la voit pas toujours tout de suite. Entrés à Saint Augustin pour suivre Celui qui est Amour, on commence donc par apprendre à aimer des frères que l'on n'a pas choisis.
Et puis, pour s'ajuster correctement, ces pierres demandent un chef de chantier : une communauté de frères a besoin d'un père. Et l'on apprend l'obéissance... Là non plus, quand on sort d'une vie étudiante assez libre ou quand on a eu des responsabilités professionnelles parfois conséquentes, il n'est pas évident de demander la permission pour aller à une fête de famille ou d'accepter un service qui ne nous plaît pas. Mais c'est certainement à travers cette obéissance dans les petites choses que l'on apprend le plus à se donner au Christ et que l'on mesure le mieux ce que c'est que faire sa volonté . La vie communautaire, par tous ses aspects, est donc sûrement l'élément le plus formateur de la Maison Saint Augustin. C'est ce qui nous apprend le mieux à vivre en véritable chrétiens et surtout ce qui nous apporte le plus de joie.
Pour être complet dans cette description il faudrait encore aborder le mois que l'on passe dans un foyer de l'Arche et la retraite de 30 jours en fin d'année, deux moments très forts. Mais on ne pourra jamais tout dire car l'année Saint Augustin est avant tout une année de surprises. Quoique l'on sache du programme, on est toujours surpris par ce qu'on y vit, surpris par ce qu'y vivent les autres, surpris par soi-même en apprenant à se connaître et surpris par l'amour de Dieu, toujours plus grand que ce que l'on croyait.
L'année Saint Augustin est un véritable cadeau du Ciel, un don gratuit, exigeant mais riche.
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