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Retrouvez ici 5 témoignages d’anciens chefs et cheftaines qui se sont mis à la suite du Christ sans oublier tout ce qu’a pu leur apporter le scoutisme !
"Plus tard, je serai moine". Je lui réponds du tac au tac : "Moi aussi" “La foudre a frappé
cette nuit : regarde le sillon
dans le sol", me lança la
cheftaine alors que nous
allions chercher de l’eau
pour la toilette matinale.
Si elle savait ! La veille, un coup
de foudre avait frappé mon cœur.
C’était mon premier camp de
louveteaux et nous venions de
visiter l’abbaye bénédictine de
Saint-Wandrille. Au cours du
repas du soir au camp, François,
assis à mon côté, se tourne vers
moi et me dit : "Plus tard, je serai
moine". Je lui réponds du tac au
tac : "Moi aussi". En prononçant
ces mots, mon cœur fut illuminé
par un éclair et embrasé d’un feu
qui ne s’est jamais éteint depuis.
J’avais dix ans. Je ne connaissais
évidemment rien de la vie
monastique ; je comprenais
seulement qu’un moine est
quelqu’un qui adore Dieu et
j’avais ressenti une paix très
profonde dans l’abbaye. Au cours
des années suivantes, cet appel
s’est orienté progressivement vers
la vie cartusienne (1).  © D.R.
Le désir de vivre entièrement pour
le Seigneur brûlait de plus en plus
mon cœur et je ressentais comme
un grand vide que rien ne pouvait
combler ; seul le scoutisme fut la
grande joie de ma jeunesse. Les
neuf années passées avec les Scouts de France de la Vème Le Havre
– de louveteau à compagnon –
m’ont beaucoup profité tant au
plan humain qu’au plan spirituel.
J’y ai appris la vie dans la nature
et la débrouillardise, et aussi
l’exercice de la responsabilité
personnelle dans un esprit de
service et d’attention aux autres.
Les eucharisties et les temps de
prière, la bénédiction des repas
ont aidé ma foi à s’insérer dans la
trame de la vie quotidienne pour
la vivifier. Je me souviens en
particulier de ces camps de
Pâques où nous assurions la
célébration de la liturgie de la
Semaine Sainte dans une paroisse
rurale isolée : ce fut une
merveilleuse initiation au mystère
pascal.
Charles de Foucauld, patron de
notre troupe, a exercé une
influence secrète : comme lui,
j’aspirais à devenir "frère universel".
Je ne pouvais me satisfaire d’être
utile à seulement quelques uns.
En me retirant dans la solitude
d’une chartreuse, c’est le monde
entier que j’embrasse dans ma
prière.
Et François ? Nous n’avions jamais
reparlé de notre fameuse
conversation et nous nous étions
perdus de vue depuis l’adolescence.
J’avais appris indirectement qu’il
était devenu officier dans la
marine nationale. Imaginez ma
surprise et ma joie lorsque,
quelques jours avant ma profession
solennelle, je reçois un
faire-part annonçant qu’il ferait
sa profession simple dans une
congrégation religieuse en la
même fête de la Présentation du
Seigneur. Le Seigneur a de la suite
dans les idées ! Dom Jean Babeau, moine chartreux à Parkminster (Angleterre) (1) Vie Cartusienne : la vie des chartreux
"Restons toujours prêts"
Le 1er août dernier, avec
plusieurs sœurs de ma
communauté et de nombreux
scouts et anciens scouts, j’ai
renouvelé ma promesse. Ce fut
pour moi l’occasion de me
remémorer la part que le
scoutisme avait pu prendre dans
mon cheminement vers la
vocation religieuse.
 © D.R.
Louvette, guide, guide-aînée, puis
cheftaine, toute mon enfance et ma
jeunesse ont été accompagnées
par l’idéal de Baden-Powell. Si ma
famille, profondément chrétienne,
a éveillé en moi la foi, c’est
notamment dans le cadre du
scoutisme que ma relation à Dieu s’est développée peu à peu pour
devenir plus personnelle.
L’initiation à la prière sous l’égide
de saint François comme louvette,
les longues heures de marche avec les guides sur le chemin de
Notre-Dame de Chartres,
l’émerveillement devant la
création pendant mes routes
guides aînées furent autant de
rencontres avec le Seigneur.
Pendant l’adolescence en particulier,
le scoutisme fut une aide précieuse
pour garder le cap vers le Ciel !
Toutes ces années m’ont permis
de faire grandir en moi des
valeurs qui me sont encore
aujourd’hui précieuses dans la vie
communautaire : le sens de
l’effort, de la responsabilité, du
service, l’oubli de soi, l’attention
aux autres… En un mot, le
scoutisme m’a appris à incarner
ma foi dans la vie concrète.
L’expérience de cheftaine, quant
à elle, m’a donné la joie d’éveiller
chez d’autres le désir d’une
relation intime avec le Seigneur
pour se mettre en route à sa suite
et grandir sous son regard. Outre
les responsabilités d’organisation,
de gestion d’un groupe, de
préparation matérielle qui
incombent à la cheftaine, il lui
revient ce rôle éducatif et
missionnaire qu’elle ne peut
assumer sans l’aide de la grâce
divine.
Le scoutisme m’a ainsi appris à
développer les différentes facettes
de ma personnalité et m’a
préparée, à travers l’engagement
de ma promesse, à me rendre
disponible pour un engagement
plus grand.
C’est en mars 2001, lors d’une
veillée pénitentielle à laquelle je
participais en tant que cheftaine
de compagnie chez les scouts
d’Europe, qu’un prêtre m’a parlé
pour la première fois de l’abbaye
Sainte-Marie de Boulaur. J’y ai fait
ensuite différentes retraites qui
m’ont permis de percevoir l’appel
du Seigneur.
Entrée dans la communauté en
octobre 2002, j’y poursuis
actuellement mon temps de
noviciat. Notre vie cistercienne à l’école de saint Benoît - saint
patron du scoutisme européen -
par sa simplicité, la vie commune
qu’elle propose, son idéal de
service et d’humilité, me permet
de prolonger ce que le scoutisme
avait fait germer en moi pour
l’accomplir en plénitude.
Lorsque je médite aujourd’hui sur
le texte de la loi scoute, je réalise
à quel point le chemin qu’elle
propose est un guide sûr pour
avancer vers une vie adulte de
baptisé. Quelle que soit notre
vocation dans l’Église, vivre dans
la fidélité à notre promesse, est
un magnifique chemin vers la
sainteté. C’est ce que le Seigneur
attend de nous, alors "restons
toujours prêts" ! Une moniale de l’abbaye de Boulaur
"Ce que je recevais était plus important encore que ce que je donnais"
 © D.R. J’ai été invitée, il y a
quelques semaines, à la "Parole
de feu" (engagement de guide
aînée) de deux jeunes étudiantes,
et j’ai été très émue de constater
une fois de plus à quel point ce
que je vivais aujourd’hui dans la
communauté apostolique
Saint François-Xavier -
à laquelle j’appartiens -
prenait appui sur ce que
j’avais reçu comme
guide et, plus tard, en
tant que cheftaine.
J’ai encore le souvenir
très précis, pendant les
camps, des retours des
trois jours d’exploration
et de la joie qui se lisait
sur le visage des
guides : joie d’être allées
jusqu’au bout de la
marche, d’avoir construit
et vécu cette "explo" en
équipe, d’expérimenter, très jeunes,
une liberté responsable, de pouvoir
nous raconter leur aventure et,
surtout, joie parce que nous leur
avions fait confiance. Joie d’un
dépassement de soi, mais aussi
d’une fidélité qui tient bon et
s’appuie sur la fidélité des autres.
Un des fondements de la pédagogie
du mouvement n’est-il pas cette
éducation dans la confiance qui
éveille le sentiment d’être
responsable et d’avoir à se prendre
en charge, et pour les aînées à
prendre en charge les plus jeunes ?
Chacune a sa place dans une
Compagnie de guides. Chacune
est accueillie pour ce qu’elle est,
avec ses dons, ses richesses, avec
ses limites aussi, sans jugement de
la part des autres. Elle peut être
simplement elle-même.
La dernière arrivée, la plus petite,
celle qui débarque et à qui il faut
tout apprendre a beaucoup à
apporter aux autres. La diversité
est ici une richesse. Une expérience
qui apprend l’importance de chaque être humain et qui
développe le sentiment de faire
partie d’un corps, dans la société
et dans l’Église, un corps à servir,
à faire grandir.
Comme cheftaine j’étais au service
des guides et j’éprouvais souvent
la joie de me dépenser pour elles.
Je leur donnais, c’est vrai,
beaucoup de temps et beaucoup
d’énergie. Je faisais surtout
l’expérience, malgré moi, que ce
que je recevais était plus important
encore que ce que je donnais.
A la fin du camp, je recevais la
promesse des guides qui étaient
prêtes à s’engager. La veillée des
promesses reste pour moi un des
plus beaux moments de la vie
d’une cheftaine de Compagnie.
En effet, chacune disait haut et
fort, devant toutes, le texte de la
promesse. Et moi, en recevant
cette promesse, j’étais témoin
privilégié de leur "oui".
Certaines d’entre elles m’ont
demandé d’être leur marraine de
confirmation. J’ai alors découvert,
avec elles, que l’Esprit Saint était
un véritable maître intérieur.
Et quand le Seigneur m’a demandé
"d’avancer en eaux profondes et
de jeter le filet", quand il m’a
appelée à lui donner toute ma vie
comme apôtre pour le service
de mes frères dans notre
communauté, j’ai eu la certitude
que je pouvais lui faire confiance,
puisqu’il m’avait déjà donné la
grâce d’être témoin de son action
dans le cœur des jeunes qui
m’étaient confiées.
Caroline Nicolle
Communauté apostolique
Saint François-Xavier
"La joie du don de soi m’entraînera logiquement à dire oui à l’appel de Dieu"
 © D.R. Etre scout, comme jeune
d’abord puis chef et responsable
départemental ensuite, a été pour
moi une étape marquante dans
mon parcours de vie et de
chrétien. A 20 ans, j’étais presque
scout à plein temps, pour mon
plus grand bonheur et un peu au
détriment de mes études ! Mais
j’avais trouvé là un lieu où je
pouvais vivre ma foi à fond avec
cet esprit de service et
d’engagement propre à ce
mouvement. Je disais alors :
"Ma paroisse, c’est le scoutisme".
J’y ai découvert la joie du don de
soi qui, quelques années plus tard,
m’entraînera logiquement à dire
oui à l’appel de Dieu et de l’Église
dans la vie de prêtre. Aujourd’hui
encore les apports du scoutisme
restent essentiels dans mon
ministère.
P. Olivier Roy
Supérieur de la Maison Charles
de Foucauld (année de fondation spirituelle pour
des futurs séminaristes dans la
Province de Rennes)
Scout et prêtre au Havre
En 1934 je suis entré à la
2ème Le Havre. Deux mois plus
tard, je faisais ma promesse et je
devenais successivement second,
chef de patrouille puis assistant
chef de troupe. Ce que j’ai toujours
considéré comme un service
auprès des garçons fut interrompu
par un "séjour" en Allemagne
(STO) (2). J’ai alors réalisé tout ce que le scoutisme m’avait apporté,
notamment en consolidant ma
foi : j’étais adulte et j’avais à
témoigner de mon engagement
auprès de mes camarades de
camp. Par sa grâce, Dieu m’a aidé
à soutenir que toute personne est
créée libre. Durant ce temps de
captivité, le Fils de Dieu a soutenu
le fils du Père que je suis.
Revenu en France, j’ai repris mes
activités scoutes dès juin 1945
comme CT à la 6ème Le Havre :
saint Thomas d’Aquin, berceau du
scoutisme havrais. Il fallait, Dieu
aidant, redresser un scoutisme qui
avait beaucoup souffert de
l’Occupation et je m’y suis
totalement donné de 1945 à
1948. Petit à petit, grâce à la très
grande confiance de mes
"boys" et à travers des contacts
nombreux, j’ai perçu l’appel du
Seigneur au "plus haut service". Les Raiders lancés par M. Menu
ont confirmé ma vocation et je
suis resté aumônier dans le
scoutisme pendant plus de
cinquante ans.
Dieu m’a bien appelé à travers le
scoutisme, le sens du service,
la nécessité, pour moi, de faire
coïncider la foi, le témoignage et
l’engagement. Mon parcours s’est
fait avec eux, tous ces scouts que
j’ai croisés, parfois guidés, et avec
Lui qui me montre le chemin. Abbé Bernard Pierre) (2) STO : service de travail obligatoire. Pendant la seconde guerre mondiale, des centaines de milliers de français furent envoyés contre leur gré dans des camps de travail en Allemagne
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