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Sœur Lucia est Missionnaire de l’Immaculée, branche féminine de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères, en Italie. Elle vit son apostolat dans la ville de Mumbai, en Inde, au centre Vimala qui accueille des personnes touchées par la lèpre.
Lorsque l’on me demande comment j’ai atterri là, j’aime répondre que je suis devenue religieuse parce que j’ai quitté mon petit ami ! En Inde, les gens pensent qu’on entre en religion parce que l’on n’a pas pu se marier. Ils sont toujours surpris de m’entendre dire que je suis religieuse parce que j’ai voulu l’être.
A seize ans, mon cœur est tombé en arrêt devant une image de saint Damien, l’apôtre des lépreux. J’ai demandé qui il était. Son histoire, le don de lui-même jusqu’à la fin, pour les lépreux de l’île Molokai, m’a fascinée. Dès lors, un profond désir a grandi en moi : je voulais ressembler à saint Damien, être moi aussi missionnaire, aller soigner les lépreux en Asie. J’ai même confié mes aspirations à ma mère. Elle avait une grande foi, pourtant elle a beaucoup ri, me faisant remarquer que je n’avais pas un caractère très facile pour vivre en communauté, et que soigner les lépreux n’était pas une mince affaire. J’ai rétorqué que tout était possible si Dieu me donnait la force.
 © D.R. Les années ont passé. J’ai eu un petit ami. Mais je sentais au fond de moi que le mariage ne me comblerait pas. Un jour, un père de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères, de passage dans mon village, m’a parlé des religieuses Missionnaires de l’Immaculée. Je n’avais jamais entendu parler de cette congrégation, cependant j’ai su immédiatement que c’était la communauté que je voulais rejoindre. Après un seul contact téléphonique avec les Sœurs, j’ai décidé d’aller à Milan faire mon noviciat. Evidemment, personne ne m’a encouragée dans mon entourage. Mon père surtout a très mal réagi. Son opposition était si catégorique que je trouvais son refus disproportionné. A la rigueur, j’aurais compris son choc si j’avais dit que je voulais devenir prostituée ! Peu avant ma profession solennelle, il n’avait répondu à aucune de mes lettres
depuis deux ans. Je l’ai menacé de couper les ponts pour toujours et, à mon grand soulagement, il est venu assister à la cérémonie !
Depuis, j’ai été envoyée en Inde soigner les lépreux, comme j’en rêvais depuis mon adolescence. J’ai appris l’hindi et le marathi. A Mumbai, nous avons 400 patients, dont une centaine seulement vivent sur place, tandis que les autres ne viennent que pour des soins ponctuels. Le gouvernement de Mumbai nous a donné son accord pour ouvrir un centre, à condition que nous nous engagions à couvrir intégralement une zone déterminée, appelée le Ward ouest. Pour dépister les maladies, nous allons régulièrement visiter les quartiers pauvres et les bidonvilles de cette zone. Nous sommes bien sûr soumises à des règles d’hygiène très strictes. Néanmoins, la lèpre n’est pas si contagieuse.
La vocation de notre congrégation est de parler du Christ à travers les œuvres. Notre devise est "Va et proclame". Dans notre centre, les catholiques sont minoritaires. Pourtant, le soir, beaucoup se joignent à notre communauté pour chanter les psaumes. Le plus émouvant, c’est que les personnes lépreuses refusent d’aller dans les nouveaux hôpitaux laïcs ouverts après nous par l’État. Musulmans ou hindous, ils préfèrent être soignés par des sœurs catholiques !
Jamais, vous m’entendez, jamais je n’ai regretté - même un seul jour de ma vie -, mon engagement dans la mission. Que désirais- je en effet ? Servir les lépreux en Asie : j’ai bien choisi, et reçu… la meilleure part.
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